Lettres: Dénigrement de l'Église et de Benoît XVI

Au Québec, le retour du balancier fait qu'il est de bon ton actuellement de dénigrer l'Église et de s'en prendre à ses représentants.

C'est ce à quoi s'adonne Pierre Desjardins dans son article sur Benoît XVI paru dans la page Idées du Devoir du 19 juillet dernier. À cette fin, M. Desjardins se situe à deux niveaux: certains des actes censément posés par Benoît XVI dans le cours de sa vie et certaines de ses prises de position. Hélas, dans les deux cas, Desjardins préfère utiliser des procédés vicieux.

Au chapitre des soi-disant actes posés, il utilise le détestable et injuste procédé qui consiste à faire de l'histoire à rebours. Ce procédé consiste à juger le passé par le présent et à ne pas tenir compte des circonstances atténuantes qui pourraient, sinon excuser, du moins rendre compréhensible que les gens de l'époque aient agi comme ils l'ont fait, alors même que nous aurions probablement agi de la même façon dans le même contexte historique. Ce procédé permet donc à qui l'utilise de faire ce qu'il recherchait au départ: condamner sévèrement plutôt que de compatir à l'égard de ceux qui ont pu être victimes des erreurs du passé. Quant aux prises de position de l'Église et de Benoît XVI sur des questions comme l'euthanasie et le mariage homosexuel ou Harry Potter, Desjardins ne fait aucunement état de leur contenu et évite ainsi d'en faire ou d'esquisser la moindre critique qui vaille. Il se contente simplement de miser sur une partie de la croyance populaire qui, sans se soucier de justification, voit dans ces positions rigidité plutôt que rigueur.

Desjardins aurait par contre fait montre d'autonomie et de courage intellectuels en commentant les récents propos de Benoît XVI sur le sens des vacances estivales. Il a préféré aller dans le sens du courant à la mode en utilisant une démarche contraire à la réflexion philosophique et indigne du titre de professeur de philosophie qu'il s'alloue. On est bien loin du modèle légué par Socrate. L'article de Pierre Desjardins fait déshonneur à cette profession que j'exerce moi-même et qui [...] est constamment remise en question par suite du mauvais usage qu'en font certaines gens du métier. Heureusement que le genre d'hommage rendu au philosophe Laurent-Michel Vacher (Le Devoir du 12 juillet) à l'occasion de son décès a de quoi faire contrepoids.

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