Lettres: Le souverainisme vous fait-il si peur?

Vu de France, et vécu par un Français amoureux du Québec, le dernier congrès historique du Parti québécois ressemble à la fin d'une époque. Celle qui vit les idéalistes en politique s'offrir le luxe de vaincre par le discours et la rhétorique les obstacles à l'adhésion d'un rêve.

En ce sens, Bernard Landry est le dernier des disciples de Lévesque. Celui qui aura, jusqu'au bout tenté de mettre ses militants devant leurs responsabilités. Un homme pour qui le Verbe porte en lui-même suffisamment de conviction et d'humanité pour travailler au corps des partisans déçus par les formes que prennent les contours de la politique contemporaine.

Ce qui signifie, a contrario, que le Parti québécois en a terminé avec son originalité. La cause du souverainisme est un combat qui ne peut se satisfaire d'un programme économique rationnel ni d'orientations calculées, elle est d'abord l'incarnation d'un homme qui porte l'histoire à lui tout seul. Au fond, de l'autre côté de l'Atlantique, on peut vraiment s'interroger sur ce désir des Québécois de devenir un peuple libre.

La démission de Bernard Landry sonne le glas d'une certaine conception de la politique que d'aucuns récusent comme étant archaïque, mais qui, en réalité, n'est rien d'autre que la traduction «gaulliste» de la vie publique. Une morale. Une vision. Une exigence démocratique.

C'est précisément cette exigence démocratique qui fait l'objet de toutes les conjectures. La démocratie ne consiste pas toujours à chercher partout une simple majorité pour gagner. Bien au contraire, il est des causes ou des enjeux qui, parce qu'ils sont supérieurs aux autres, nécessitent une adhésion populaire, radicale, énergétique. Aveugle. [...]

De deux choses l'une: ou bien Bernard Landry n'était pas le leader qu'il fallait à son parti, et dans ce cas il ne fallait pas l'élire. Ou bien il est le chef et, compte tenu d'un contexte politique aussi favorable, il fallait au contraire parier sur son expérience pour rafler la mise.

Cette noble et respectable démission en dit long sur la capacité d'un parti politique à oeuvrer pour conquérir le pouvoir. Ce n'est pas particulier au Québec. Le cas du Parti socialiste français est à cet égard tout aussi inquiétant. Non seulement ce parti de gauche n'est plus porteur d'espérance, mais les querelles de personnes lui enlèvent tout espoir de parvenir gagnant aux futures échéances électorales.

Chez nous, même quand on perd, on reste. Alors, quand, au Québec, on a la chance de se battre pour une cause et d'avoir à sa tête un leader contesté mais légitime, on réfléchit deux fois avant de jeter le bébé avec l'eau du bain.

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