Lettres: Un départ brusque et bougon

«Tout ce qui est exagéré est insignifiant» a dit Talleyrand et porte à abaisser le parti qu'il exalte.

De la part d'un homme respectable et respecté, donc en principe exemplaire, on aurait attendu et compris une sortie moins radicale qui tient plus de la saute d'humeur que du geste réfléchi. Passons sur l'excuse du pourcentage, ridicule quant on argue — avec raison — qu'un vote est majoritaire à 50 % plus un des voix et ne l'est plus à 75 % en faveur en faveur du chef! Mais pourquoi, du même élan, abandonner son siège de député de Verchères? Parce qu'il n'est plus le chef?

La moindre politesse eût été d'annoncer que, même si sa décision était irrémédiable, tout en restant au caucus du parti, il allait «consulter ses électeurs» — en réalité les organisateurs pour savoir si ça nuit localement au parti dont il se dit encore militant, ne fût-ce que pour le «qui» et le «quand» — de son avenir politique. Après tout, si certains chefs sont partis brusquement aux antipodes (Pierre-Marc Johnson et Jean Doré ) d'autres sont restés simples députés (Ed Broadbent) et même ont été ministres de leur successeurs (Claude Ryan).

En dehors des raisons invoquées qui vont apporter bien du plaisir à ses successeurs, on peut faire des conjectures sur les raisons «raisonnables» (Derrida, si tu nous lis...!) du départ de Bernard Landry: 41 ans de vie politique, ça use, ça cloisonne, ça étouffe. À 63 ans, quoi de plus normal que de vouloir savourer sa vie de patriarche; on n'a plus rien à prouver. Les sondages en faveur de la cause n'ont jamais été aussi hauts. C'est partir en beauté.

Hélas, c'est un départ brusque et bougon, style «Je suis un incompris»! digne d'un Jean Charest à qui on le souhaite, mais pas d'un Bernard Landry dont on le regrette. Après tout, il arrive dans la vie que, dans son «quant-à-soi», la façon de partir vaille mieux que ce que l'on quitte. L'élégance est plus efficace que l'exagération.

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