Libre opinion: Où veulent nous mener les « renforçateurs » de la loi 101?

La loi 101, et singulièrement l'idée de faire du français la langue commune, est née du grand projet de faire du Québec un vrai pays, mais comme l'indépendance manque toujours à l'appel, les progrès que cette loi a permis restent fragiles.

À ceux qui songeraient à la «renforcer», il faut rappeler que c'est seulement le jour où le français pourra s'appuyer sur la souveraineté qu'il sera assuré de continuer à marquer des points dans la vie de tous les jours, mais d'abord dans les coeurs et les esprits de tous ceux qui vivent ici, notamment auprès de ceux dont ce n'est pas la langue maternelle.

Dans ce futur pays, en effet, il y aura un État et un seul, une langue officielle et une seule. Il y aura un territoire, et un seul, et, sur ce territoire, une population non plus morcelée en langues et en ethnies mais enfin rassemblée autour d'une appartenance et d'une citoyenneté nouvelles.

Dans ce futur pays, les écoles (même celles de langue anglaise) nous apprendront à le distinguer de tous les autres, cette partie bleue de l'Amérique rouge, tandis que les médias nous rapporteront sa voix depuis l'ONU, l'UNESCO et l'ALENA.

Dans ce futur pays du Québec, c'est l'État de ce pays, et nul autre, agissant au nom du peuple du Québec et de nul autre qui, après avoir choisi, accueilli et aidé l'étranger venu frapper à nos portes, lui donnera, comme à tous les citoyens, sécurité judiciaire, protection sociale et droits politiques. Comment les habitants de ce pays, les vieux comme les nouveaux, pourraient-ils choisir de s'exclure plutôt que de participer et de le faire en s'appropriant la langue de ce pays par tous les moyens mis à leur disposition, notamment ceux qui leur fournissent les écoles de ce pays? Et les cégeps — pourquoi pas un seul réseau collégial francophone au Québec?

Une étape indispensable

Vue sous cet angle, la souveraineté apparaît bien comme l'étape décisive vers le règlement de notre lancinante question linguistique.

Certains, impatients d'agir ou incertains d'aboutir, voudraient aujourd'hui nous faire sauter l'étape. Savent-ils qu'ils ne régleront rien mais retarderont tout? Parce qu'ils reviennent à une manière de pensée — le nous contre les autres — qui caractérisait la situation minoritaire des «Canadiens français» des années 50 et 60. À l'époque, c'était compréhensible; aujourd'hui, ça l'est moins.

Le pays du Québec est à portée de main; nos débats et nos politiques, linguistiques et autres, devraient se faire en fonction de ce pays et de toute sa population, y compris cette cohorte importante de jeunes diplômés des réseaux scolaires et universitaires anglais qui, plus de 25 ans après la loi 101, sont mieux préparés pour travailler à Toronto qu'à Montréal mais qui ne semblent pas exister dans l'esprit des «renforçateurs» de la loi 101.

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