Lettre ouverte à Gilles Duceppe et Bernard Landry - Dix priorités et 30 actions souveraines

Dernier de deux textes

La mobilisation sans précédent de toutes les composantes de la nation québécoise derrière l'objectif de l'indépendance est une condition primordiale du succès du projet souverainiste.

7. Mobiliser toutes les composantes de la nation

Préparée dès le lendemain du congrès du Parti québécois, une dix-septième action souveraine devra être réalisée par les forces souverainistes: le développement autour de l'actuel Conseil de la souveraineté d'une grande coalition citoyenne pour la souveraineté.

Cette coalition arc-en-ciel regroupera tous les partis et toutes les organisations souverainistes de la société civile qui comprennent la nécessité d'un gigantesque effort commun. Elle aura pour mandat d'organiser le soutien populaire aux actions souveraines du gouvernement.

Menant son propre plan d'action en faveur de la souveraineté, elle déploiera une activité internationale auprès des sociétés civiles des autres pays afin d'obtenir leur solidarité. Elle servira de chien de garde vigilant de la démocratie. Enfin, elle préparera une riposte populaire à un éventuel coup de force de l'État canadien. En appui à cette coalition, le gouvernement réalisera une dix-huitième action souveraine en lui versant, dès sa création, tous les moyens financiers nécessaires à son fonctionnement.

Qui plus est, afin de soutenir l'effort de mobilisation citoyenne, le nouveau gouvernement réalisera une dix-neuvième action souveraine en mettant en oeuvre une opération spécifique de promotion de la souveraineté auprès de la minorité anglaise, des communautés culturelles et des nations autochtones. À cette fin, le gouvernement procédera à la nomination de souverainistes issus de ces groupes à des postes clés de l'État. Relevant du secrétariat national à la souveraineté, trois secrétariats seront mis en place pour agir auprès de ces groupes avec les ressources appropriées pour contester, voire neutraliser, l'influence indue qu'exerce sur eux l'État canadien.

Par ailleurs, vingtième action souveraine, le gouvernement donnera le mandat et les moyens aux délégations du Québec de susciter rapidement la création et la mise en activité d'associations de Québécois à l'étranger.

8. Réaliser une campagne d'information sans précédent

Toutefois, cette mobilisation extraordinaire de l'État québécois et de la société civile peut être contrée par le contrôle qu'exercent les fédéralistes sur la plupart des médias. Les référendums de 1980 et de 1995 ont démontré que les fédéralistes n'hésitaient pas à faire jouer en leur faveur cette influence décisive.

Le nouveau gouvernement devra par conséquent agir avec force pour assurer une couverture médiatique adéquate au projet souverainiste. Aussi réalisera-t-il une vingt et unième action souveraine en nommant un souverainiste à la tête de Télé-Québec et en lui donnant le mandat et les moyens de doter cette télévision d'un bulletin de nouvelles et d'émissions d'affaires publiques. Il lui confiera aussi le mandat de se préparer à prendre en charge les infrastructures de Radio-Canada au lendemain de la proclamation de l'indépendance.

Le gouvernement réalisera aussi une vingt-deuxième action souveraine en créant un bureau d'information publique sur la souveraineté et en le dotant du budget nécessaire pour communiquer directement aux citoyens l'information pertinente sur les actions gouvernementales préparant la souveraineté. Le bureau subventionnera également les activités de la coalition citoyenne pour la souveraineté. Vingt-troisième action souveraine, le gouvernement confiera au même bureau le mandat de mener à bien une campagne d'information internationale sur la souveraineté du Québec.

Enfin, vingt-quatrième action souveraine, la coalition citoyenne lancera un hebdomadaire souverainiste à grand tirage. Subventionné par l'État québécois, par ses organismes et ses sociétés, mettant à contribution les figures de proue du mouvement souverainiste, cet outil d'information contribuera puissamment à contrebalancer l'influence des médias fédéralistes.

9. Tenir un référendum dans un délai d'un an

Un an après leur arrivée au pouvoir, portée par l'ensemble de ces actions, la question de la souveraineté du Québec sera au coeur du débat politique. L'État canadien et les fédéralistes seront sur la défensive. La mobilisation des forces souverainistes aura atteint son niveau optimal. Les citoyens auront alors acquis la conviction que les souverainistes sont déterminés à réaliser l'indépendance et capables de la réussir. On peut espérer qu'une majorité d'entre eux aura alors rejointe le mouvement. Le moment sera donc venu de tenir un référendum.

En vue de préparer celui-ci et prenant acte que l'expérience a prouvé que plusieurs fédéralistes ne se considèrent pas tenus de respecter la Loi québécoise sur les consultations populaires, le nouveau gouvernement aura réalisé une vingt-cinquième action souveraine en faisant adopter par l'Assemblée nationale des modifications à cette loi.

Dans un souci d'équité démocratique, ces modifications viseront notamment à dissuader les personnes qui n'en ont pas le droit de participer au référendum en rendant plus explicites les règles d'inscription au registre des électeurs et en instaurant des peines sévères pour les contrevenants. Elles viseront aussi à interdire à toutes les entreprises ou associations dont le siège social n'est pas établi au Québec d'intervenir dans une campagne référendaire et à instaurer des peines sévères (par exemple, la privation pendant dix ans de toute subvention ou de toute aide fiscale de l'État québécois) pour les contrevenants.

Par ailleurs, en vue de faciliter la reconnaissance internationale de ses résultats, le gouvernement prendra les dispositions pour que ce référendum fasse l'objet d'une surveillance par des observateurs internationaux.

De plus, en vue de prémunir la démocratie québécoise contre toute tentative de déstabilisation, le gouvernement réalisera une vingt-sixième action souveraine en déclarant, à la veille de la campagne référendaire, que, tout en respectant strictement la liberté d'expression des citoyens, il ne tolérera aucune action mettant en danger la paix sociale, mettant en péril l'économie québécoise ou mettant en cause l'intégrité territoriale du Québec. Il donnera mandat à la Sûreté du Québec d'agir en conséquence.

Les conditions étant réunies pour que le référendum se tienne avec toute la sérénité souhaitable, le gouvernement déclenchera une campagne référendaire de courte durée en réalisant une vingt-septième action souveraine. Il fera adopter par l'Assemblée nationale une question référendaire courte, simple et claire: voulez-vous que le Québec devienne un pays souverain?

S'engagera alors une étape cruciale du combat souverainiste. Dès les premiers jours de cette campagne, le gouvernement réalisera une vingt-huitième action souveraine en diffusant dans tous les foyers un document rappelant les principales raisons de répondre OUI et dévoilant le plan d'accession à l'indépendance.

Finalement, en vue de clarifier les enjeux de la campagne référendaire par une démonstration incontestable de détermination, le premier ministre du Québec, les ministres ainsi que les députés souverainistes à l'Assemblée nationale et à la Chambre des communes réaliseront une vingt-neuvième action souveraine en déclarant qu'ils mettent tous leurs sièges en jeu dans ce référendum et qu'ils démissionneront en cas de victoire du NON.

10. Proclamer rapidement l'indépendance

Dès que les résultats du référendum seront connus et que la victoire du OUI sera confirmée, quelle que soit l'importance de la majorité obtenue, le gouvernement réalisera non pas dans les jours ou les semaines mais dans les heures qui suivent une trentième action souveraine décisive en faisant adopter par l'Assemblée nationale la déclaration d'indépendance du Québec.

Il est vital de procéder rapidement. Les nations québécoise et canadienne seront en état de choc. Au Canada comme au Québec, des éléments extrémistes seront tentés de refuser le verdict démocratique. Les marchés financiers seront sur le qui-vive, les nations étrangères dans l'expectative. Il importe donc d'assumer sans ambiguïté la réalité de la rupture politique entre la nation québécoise et l'État canadien. À ce stade, toute hésitation constituerait un aveu de faiblesse ouvrant la porte aux dérapages.

Le premier ministre s'adressera alors aux citoyens québécois pour les inciter à accueillir avec responsabilité et solidarité la naissance de leur pays. Il invitera la nation canadienne à prendre acte sereinement de la nouvelle réalité politique et à reconnaître sans délai le nouveau pays, lui tendant la main pour assurer la transition dans le respect des valeurs et des intérêts des deux parties. Il invitera les autres nations à reconnaître sans délai le nouveau pays.

S'engagera alors une période cruciale de mise en oeuvre du plan opérationnel de réalisation de l'indépendance. L'objectif de la présente réflexion n'étant pas d'élaborer ce plan, je me contenterai de souligner à quel point il est essentiel que le gouvernement ne perde pas alors de vue certaines priorités:

- assurer la paix sociale sur le territoire québécois et conserver pleinement le contrôle de celui-ci, de sorte qu'aucun prétexte ne soit fourni à un coup de force de l'État canadien et que soit facilitée la reconnaissance internationale du nouveau pays; être en mesure, au besoin, de riposter par la mobilisation populaire à toute tentative de coup de force;

- acquérir, avec le soutien de la France, une reconnaissance immédiate du nouveau pays par un certain nombre d'États et engager le processus d'adhésion aux institutions internationales;

- obtenir la neutralité des États-Unis et leur soutien à une résolution pacifique de la crise;

- négocier rapidement avec le gouvernement canadien, en échange de la prise en charge d'une partie du service de sa dette, une reconnaissance de l'indépendance, un partage équitable du patrimoine commun, la libre circulation des biens et des personnes entre les deux pays et un appui à l'adhésion du Québec à la zone de libre-échange nord-américaine.

***

La mise en oeuvre de cette stratégie d'action souveraine permettra, j'en suis intimement convaincu, de mériter et d'obtenir l'appui majoritaire de la nation québécoise au projet souverainiste, de réaliser enfin l'indépendance du Québec.

Aujourd'hui plus que jamais, Gilles Duceppe, Bernard Landry et tous les souverainistes ont le devoir de donner vie, par leurs décisions et leurs actions, aux paroles de Gaston Miron, notre grand poète national: «Je n'ai jamais voyagé vers autre pays que toi, mon pays.»

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