Du Watergate à la Crise d'octobre - Les crimes de Nixon et de Trudeau 30 ans après

Tous les médias canadiens et québécois ont consacré une couverture importante à la décision de Mark Felt, ancien numéro 2 du FBI, de s'identifier comme étant «Deep Throat», la source de Woodward et Bernstein qui a largement contribué à la chute de Nixon, l'homme le plus dangereux à avoir accéder à la présidence américaine après George W. Bush.

Pourtant, à ma connaissance, personne n'a relevé que des crimes politiques semblables ont été commis ici au Québec au cours de cette même période du début des années 70. Mais alors qu'aux États-Unis les malfaiteurs étaient d'ex-barbouzes sans statut officiel, les «plombiers du président», ici, les criminels étaient des membres en règle de la police fédérale en service commandé.

Section spéciale

Le gouvernement Trudeau voulait alors empêcher par tous les moyens la montée en puissance du nationalisme québécois. Une section spéciale du service de sécurité de la Gendarmerie royale du Canada était précisément chargée de surveiller et d'infiltrer le Parti québécois. La raison inventée par Marc Lalonde pour réclamer le ciblage du PQ par la GRC était un prétendu financement secret du parti par la France.

Il était pour le moins cocasse qu'un dirigeant du Parti libéral du Canada, qui tirait alors 75 % de ses revenus de subsides de multinationales américaines, s'inquiète des sources de financement étrangères du PQ. Notons que malgré des investigations approfondies, la GRC n'a jamais trouvé le moindre fondement à ce bobard.

Les sbires de Trudeau ont eu recours aux mêmes coups fourrés, aux mêmes dirty tricks que les plombiers de Nixon. Avec les mêmes objectifs: discréditer l'adversaire politique, semer la zizanie, provoquer des luttes internes, des scissions dans les partis et les groupes jugés hostiles à la Maison-Blanche aux États-Unis ou au fédéralisme au Québec.

Ici, on lésinait encore moins sur les moyens qu'à Washington. Non seulement les flics de Trudeau s'adonnaient à des écoutes illégales et à des cambriolages comme les hommes de Nixon aux États-Unis, ils ont aussi eu recours, au Québec, à l'incendie criminel, au vol de dynamite, aux menaces, à l'intimidation, à l'enlèvement et à la séquestration. Et à d'autres crimes qui n'ont jamais été découverts.

Robert Samson

Ici, ce sont les révélations du caporal Robert Samson, de la GRC, qui ont fait éclater le scandale. Samson a été arrêté après qu'une bombe qu'il allait poser chez le propriétaire d'une chaîne de marchés d'alimentation lui eut sauté au visage. À l'enquête du commissaire aux incendies, il devait déclarer, en parlant de la GRC: «J'ai déjà fait pire pour la force.» L'agent secret arrondissait ses fins de mois en accomplissant la nuit, pour la mafia, les mêmes sales boulots qu'il faisait le jour pour la GRC de Trudeau. Comme aujourd'hui dans le scandale des commandites, les méthodes mafieuses étaient courantes pour défendre le fédéralisme et les «hommes d'honneur» frayaient avec les policiers et les politiciens.

Les révélations de Samson allaient entraîner la création par René Lévesque de la commission Keable pour enquêter sur les crimes de la GRC au Québec. Afin de contrer la commission d'enquête québécoise, Trudeau, de son côté, a mis sur pied la commission Macdonald.

À Washington, la Cour suprême allait contraindre Nixon à remettre aux enquêteurs du Congrès des bandes magnétiques et des documents incriminants. Ici, en bonne chienne de garde du fédéralisme, la Cour suprême a refusé aux deux commissions d'enquête l'accès aux directives du cabinet fédéral à la GRC en ce qui concerne sa lutte contre l'affirmation nationale du Québec. On n'a donc jamais pu remonter la filière hiérarchique jusqu'à l'instigateur des actes criminels de la police fédérale.

Ordres d'en haut

J'ai eu l'occasion de recueillir, aux cours des années, les confidences d'hommes qui ont relayé les ordres de commettre certains de ces crimes. Il ne s'agissait pas d'initiatives d'éléments incontrôlés ou d'agents zélés opérant hors cadre à l'insu de leurs supérieurs. Les ordres venaient des plus hautes autorités politiques et policières. Et les états d'âme des «coeurs saignants», M. Trudeau, on le sait, n'en avait rien à cirer.

Un homme intègre, John Starnes, a été «démissionné» comme patron des services secrets de la GRC parce qu'il ne voulait pas que ses agents deviennent les exécuteurs des basses oeuvres du Parti libéral fédéral. Il avait osé protester contre l'immixtion dans ses services de Marc Lalonde, qui jouait alors auprès de Trudeau le rôle qu'Haldeman et Ehrlichman jouaient auprès de Nixon.

Starnes refusait de collaborer avec l'organe de renseignement et d'action que Lalonde pilotait au sein du Parti libéral du Canada. Lalonde exigeait que la police secrète de l'État travaille directement avec celle du parti. Exit Starnes. À sa place, Trudeau a nommé le général Michael Dare, chef des services secrets militaires, disposé, lui, à accomplir toutes les sales besognes politiques que Trudeau et Lalonde exigeaient de leur police secrète.

C'est sous ses ordres que la GRC réussira son coup le plus fumant et le plus ignoble: mettre sur sa liste de paie Claude Morin, le ministre de René Lévesque chargé de préparer le référendum de 1980. Les hommes de main antiquébécois les plus odieux de la bande à Trudeau, Marc Lalonde, André Ouellet et Jean Chrétien, pouvaient rire dans leur barbe. Ces deux dernières mines rébarbatives se retrouvent aujourd'hui dans le scandale des commandites. De quoi faire une belle photo de famille avec leur garde rapprochée constituée de Gagliano, Morselli, Wajsman, Guité et Pelletier.

Aucune sanction

Combien de membres du gang vont voir leur joli minois immortalisé sur une photo d'identité judiciaire? Très peu, je le crains. Cependant, toujours aussi naïf, je ne désespère pas encore totalement de la GRC.

Dans le scandale du Watergate, plus de 30 politiciens, conseillers politiques, ex-flics et ex-barbouzes ont été reconnus coupables et condamnés à diverses sanctions pénales. Treize d'entre eux se sont retrouvés derrière les barreaux, dont John Mitchell, l'attorney général (ministre de la Justice) des États-Unis.

Ici, aucun des flics criminels et de leurs capos politiques n'a été puni. L'omerta n'a jamais été rompue par un Deep Throat. Au contraire, ils ont obtenu, jusqu'à leur retraite, promotions et récompenses pour services rendus au fédéralisme canadien et au PLC. Et l'instigateur des crimes de la Police montée, lui, a eu un aéroport nommé en sa mémoire. De quoi en faire des gorges chaudes!

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.