Lettres: Quand on demande son avis au peuple

Ces derniers mois, la presse française et plusieurs journalistes québécois ont traité comme des débiles mentaux les partisans français du non à la Constitution de l'Union européenne.

Si le non l'emportait au référendum du 29 mai, cela allait être parce que l'électorat ne lisait pas la question ou le projet de Constitution, voulait censurer le gouvernement Raffarin et le président Chirac, se trompait de débat, etc. Que des mauvaises raisons.

Par contre, si le oui l'avait emporté, il faut croire que cela aurait été grâce à une majorité de citoyens rationnels et avertis qui auraient voté pour un bon texte constitutionnel. Cool.

Les partisans du non craignaient stupidement la concurrence du plombier polonais alors que les partisans du oui savaient pertinemment que «le libre-échange, c'est un système qui permet aux pays pauvres de participer au commerce mondial dans lequel chacun doit faire un effort», comme l'a dit Jacques Delors, célèbre partisan du oui, sur France Europe Express. Génial!

Or c'est peut-être surtout pour avoir continuellement refusé d'envisager les hésitations fondamentales des nations de l'Europe face à la tendance unificatrice sur le continent que le non l'a emporté en France et risque encore de l'emporter dans d'autres pays.

Les partisans du oui ont répété que si le non l'emportait, l'Europe en resterait avec le traité de Nice et que l'«Europe sociale» n'avancerait pas.

Mais quand les peuples ont-ils voté pour le traité de Nice? Jamais. Il y a eu en France un référendum sur le traité de Maastricht en 1992, et le oui l'avait emporté de justesse. Mais dans la plupart des autres pays, il n'y a même pas eu de référendum sur les traités constituant l'Union parce que les gouvernements craignaient la réponse populaire.

Et de notre côté à nous, Québécois, quand est-ce qu'on a répondu majoritairement oui à une question «claire» sur notre inclusion dans la fédération canadienne?

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