La France a dit non au néolibéralisme

À lire deux des principaux chroniqueurs du Devoir, Christian Rioux et Michel Venne, le non français au projet constitutionnel européen est le rejet d'un traité s'inscrivant sous le signe du progrès social.

Ce constat pour le moins arbitraire n'est pas le fait particulier de nos intellectuels québécois dits de gauche; non, il s'insère parfaitement dans le souffle du complexe médiatico-politique français, qui a combattu le non en lui assignant une identité strictement fascisante. De connivence, journalistes, politiciens et intellectuels français ont répété à maintes reprises durant toute la campagne référendaire que la France ne devait pas succomber à l'isolement et à la retraite, qu'elle devait voter oui pour s'ouvrir au monde, aux autres, bref, que voter non signifiait avant tout se perdre dans les dédales d'un nationalisme chauvin.

Seul un soulèvement massif d'une minorité politique de la gauche dite extrémiste (communiste, altermondialiste, etc.), lequel a été récupéré par le fin stratagème politique de Laurent Fabius, du Parti socialiste, a pu rééquilibrer l'espace du débat public à la mesure des inquiétudes de la majorité française. S'il y a victoire aujourd'hui en France, c'est la victoire de cette gauche qui a su déjouer tout ce complexe médiatico-politique en persuadant la population que le progrès social tant chanté n'était qu'un tapage idéologique perfide.

Un écart inquiétant

Car s'il y a à s'inquiéter du bloc unanime de la classe politique derrière ce projet constitutionnel régi avant tout par une realpolitik économique désireuse de faire contrepoids aux États-Unis, il est encore plus troublant de constater l'écart entre politiciens, journalistes et intellectuels, d'une part, et la population française soucieuse d'une Europe sociale, d'autre part. Qu'on appelle cela un complexe idéologique à la sauce du XXIe siècle ou le bon sens d'une élite porteuse d'un savoir inaccessible au petit peuple, il demeure, dans un cas comme dans l'autre, un malaise démocratique. Et quel malaise!

Alors que 90 % de la classe politique ainsi que presque tous les journaux de gauche comme de droite, de Libération jusqu'au Figaro en passant par Le Nouvel Observateur, appelaient à voter oui, l'électorat français a voté à 55 % contre le projet constitutionnel.

Cette quasi-exclusion du non de la sphère publique a de quoi laisser songeur, non seulement du point de vue de ce déséquilibre entre l'élite et la population mais aussi du point de vue de la manière par laquelle on a voulu réduire le non à une peur irrationnelle de l'autre. On doit au contraire admettre que c'est en grande partie contre le néolibéralisme que le non a gagné.

Cette crise politique française doit nous faire réfléchir sur l'état de la situation politique et médiatique au Québec. Compte tenu du fait que nos journalistes progressistes ont soutenu ce projet constitutionnel, il ne serait pas étonnant que, si un tel événement politique survenait au Québec, tous les autres éditorialistes de la province les suivraient en majorité, de même que toute la classe politique. À une question politique majeure répond toujours une révélation majeure.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.