Les Pays-Bas renforcés dans leur rejet du traité

Amsterdam — «Joli!», s'exclame Hans. Planté devant le kiosque à journaux de la gare d'Amsterdam, ce quinquagénaire barbu aux longs cheveux blonds scrute la carte toute rouge de la France du non qui dévore la une du grand quotidien néerlandais NRC Handelsblad. Pour ce chercheur au look baba cool, le rejet de la Constitution par les Français est «une bonne nouvelle mais pas une surprise».

Alors que les Pays-Bas ont enclenché hier le compte à rebours des dernières 48 heures avant leur propre référendum du 1er juin, le vote français a douché les derniers (maigres) espoirs des partisans du traité. Selon l'institut de sondage Maurice de Hond, le non, crédité samedi de 57 % des intentions de vote, pourrait dépasser les 60 % demain lors du premier scrutin populaire jamais organisé aux Pays-Bas.

«Régents de La Haye»

«Le combat n'est pas terminé! Les Néerlandais devraient donner une leçon aux Français en votant oui», plaide Jozias van Aartsen, le chef du groupe parlementaire libéral VVD, partenaire de la coalition de droite au pouvoir. «Nous ne sommes pas une province française, ni une province européenne, mais un pays indépendant», renchérit le ministre de l'Économie, Laurens Jans Brinkhorst. «Il est encore plus important de dire oui après le non français [...]. Peut-être qu'au contraire, les gens se diront: "Pourquoi devrions-nous faire comme les Français?"», veut croire le ministre des Affaires européennes, Atzo Nicolaï. Argument de dernière minute, qui semble bien faible au regard des sondages inlassablement convergents en faveur du non.

En butte à une défiance populaire généralisée à l'encontre des «régents de La Haye», comme on appelle ici la classe politique, comment le premier ministre démocrate-chrétien Jan Peter Balkenende pourrait-il remonter la pente avec une cote de popularité tombée à 17 %? «Le gouvernement a fait une campagne maladroite, nous menaçant d'un désastre économique et même d'un retour de la guerre», critique Hans, le chercheur, outré d'un clip télévisé du Parti libéral «montrant des images de Dachau et Srebrenica sur fond de musique dramatique». Quant au ministre des Affaires étrangères, Bernard Bot, il a fait scandale la semaine dernière en appelant à rester chez eux les électeurs qui ne comprennent pas le traité ou qui voudraient se défouler contre le pouvoir en place.

Pour Eddy Habben Jansen, vice-directeur de l'institut d'études politiques IPP, «le non français va certainement inciter beaucoup de partisans du oui à ne même pas se déplacer le 1er juin». S'il avait été soumis au seul vote du Parlement, le traité européen (soutenu par l'ensemble des partis de gouvernement, de droite comme de gauche) était assuré d'une majorité de 85 %. Le référendum, arraché contre l'avis du parti chrétien-démocrate par trois députés des partis vert, travailliste et D-66 (centre gauche), n'est théoriquement que consultatif. Mais la plupart des partis se sont engagés à en respecter la décision si la participation dépasse les 30 %, hypothèse plus que probable.

Suspicieux

Parmi les rares partis à dire non à la Constitution, le Parti socialiste (SP, extrême gauche) pavoise, tout comme les populistes de la Liste Pim Fortuyn et le député d'extrême droite Geert Wilders. Saluant ce «jour historique» du 29 mai, ce dissident du Parti libéral s'est félicité dimanche du «début de la fin du super-État européen». Suspicieux des technocrates de Bruxelles, mécontents de la hausse des prix attribuée à l'euro, angoissés par la croissance de la population musulmane sur leur sol, les Néerlandais hostiles à la Constitution ont le coeur beaucoup plus léger depuis dimanche. On ne pourra plus nous traiter d'«idiots du village européen», se réjouit Harry Van Bommel, du Parti socialiste.

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Libération

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