Bilan d'une visite - Les échéances de Mahmoud Abbas

Le président de l'Autorité nationale palestinienne Mahmoud Abbas vient de repartir d'Ottawa après une visite éclair et après avoir séjourné à Washington, où il a rencontré le président Bush. La situation d'Abbas est certes précaire. Si des progrès ont été enregistrés pour remettre en ordre la «maison palestinienne», la situation sociale et économique qui place la grande majorité des Palestiniens dans la misère continue de sévir.

Entre-temps, les négociations avec Israël piétinent alors que le «retrait» annoncé de Gaza par Ariel Sharon se présente de plus en plus comme une manière de consolider l'occupation de la Cisjordanie.

Le président palestinien peut être crédité d'avoir arrêté l'implosion de l'Autorité nationale palestinienne qui était en train de survenir sous Yasser Arafat. De même, diverses négociations ont permis de calmer le jeu des factions, y compris au sein du Fatah, où la dissidence des Brigades des martyrs al-Aqsa risquait de s'étendre. Le plus important accomplissement d'Abbas a été d'inclure le Hamas dans le processus politique tout en obtenant du mouvement islamiste un engagement qualifié à respecter le cessez-le-feu.

Tout cela a suscité de l'espoir en Palestine, en Israël et dans le monde. Les leaders occidentaux se sont empressés de présenter le leader palestinien, confirmé par l'élection présidentielle de février, comme un interlocuteur apte à ressusciter le processus de paix. Les États-Unis en particulier se sont commis à accentuer leur appui à l'administration palestinienne, entre autres pour l'aider à resserrer la vis sur les factions militantes. Un général américain, William Ward, a été envoyé sur le terrain officiellement pour assister les Palestiniens dans le renforcement de leurs services de sécurité.

Beaucoup d'incertitude

En dépit de ces processus en cours, la situation sur le terrain se détériore. De durs affrontements sont survenus à Gaza, où des Palestiniens ont tiré des obus de mortier sur des colonies, notamment Gush Qatif, qui isole le nord de la bande de Gaza du reste du territoire. L'armée israélienne a utilisé des hélicoptères de combat et des missiles dans des combats qui ont été les plus violents depuis l'accord de cessez-le-feu de Charm el-Cheikh de février dernier.

De passage à Washington avant le président palestinien, Ariel Sharon a par ailleurs confirmé sa stratégie de «consolider» l'occupation de la Cisjordanie. «Nous ne négocierons jamais Jérusalem», a-t-il déclaré devant une assemblée publique à New York. Plus de 200 000 Palestiniens résident dans la partie est de la ville, occupée en 1967. Le premier ministre israélien semble très confiant puisqu'il dispose d'un appui américain à ce sujet.

Washington a répété que les «grands blocs d'habitations» israéliens en Cisjordanie devraient continuer sous souveraineté israélienne, quitte à démanteler des colonies plus petites et «illégales», selon le président Bush, qui se réfère aux initiatives spontanées de colons d'extrême droite. Ceci signifie, sans être explicite, que les colonies mises en place par le gouvernement sont «légales», comme les grandes colonies telles Maaleh Adumim, Ariel et Gush Etzion, qui encerclent les grandes villes palestiniennes comme Jérusalem, Naplouse et Ramallah. Entre-temps, les territoires occupés demeurent quadrillés par l'armée et les colons, ce qui rend la vie quotidienne des Palestiniens très difficile.

Contestation autour des élections

En fonction du plan entendu, des élections législatives doivent avoir lieu le 17 juillet prochain. Mais la Commission électorale nationale a demandé au président un report jusqu'à ce que le débat au chapitre du système électoral (représentation proportionnelle absolue ou mixte) soit réglé.

Mais derrière ces tractations se jouent d'autres jeux. Abbas, avec l'appui discret de Washington, tente d'empêcher le Hamas de marquer d'autres gains, comme cela a été le cas lors des élections municipales, début mai, lorsque le mouvement islamiste a obtenu près de 30 % des suffrages populaires (et la majorité dans plusieurs municipalités dans la bande de Gaza et en Cisjordanie).

Le Hamas est d'autant plus méfiant que l'Autorité nationale a demandé l'annulation des élections dans les trois municipalités qu'il a acquises à Gaza (Rafah, Breij et Beit Lahiya). Depuis, des manifestations contre cette mesure surviennent quotidiennement. Le Hamas accuse également les forces de sécurité palestiniennes d'être de mèche avec l'armée israélienne, comme lors de l'assassinat d'Ahmad Shahwan, un militant des Brigades Qassam (branche armée de Hamas) de Khan Tunis.

Bilan mitigé

Lors de son passage à Washington et à Ottawa, Abbas a demandé que l'appui à la Feuille de route soit réaffirmé, lui qui devait, si on s'en souvient, permettre aux deux parties de parvenir à une entente de paix basée sur la coexistence entre deux États indépendants, la souveraineté palestinienne devant s'appliquer aux territoires occupés par Israël en 1967. Mais le premier ministre Sharon ne manque pas sa chance de présenter le retrait annoncé de Gaza comme une stratégie pour contourner la Feuille de route et parvenir à un accord «final» alternatif qui inclurait l'annexion d'une grande partie de la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est) et le rejet définitif du droit au retour des réfugiés palestiniens.

Le président Bush, en affirmant que la mise en place d'un futur État palestinien indépendant devra se faire de manière «réaliste» (c'est-à-dire en acceptant le fait accompli des grandes colonies), reste ambigu face aux revendications d'Abbas. On ne peut pas dire que les rencontres de Washington ont été rassurantes à ce sujet du côté palestinien.

Par ailleurs, l'administration Bush a comme objectif principal de consolider la sécurité de l'État israélien, donc de désarmer les Palestiniens. Le Hamas, dans ce contexte, est la cible des néoconservateurs américains, dont l'influence est importante au sein de l'administration. Pour ceux-ci, la «réingénierie» du Proche-Orient exige l'«éradication» des dissidents et l'imposition d'un «ordre» régional ancré sur les intérêts des États-Unis et de l'État d'Israël. Ceci place le président palestinien dans une position inconfortable.

Même s'il est accepté (y compris par le Hamas) que la suspension des actions armées est une nécessité, ce désarmement ne peut être fait d'une manière unilatérale. Mahmoud Abbas l'a dit: on ne peut demander aux Palestiniens d'accepter la répression de mouvements de résistance comme le Hamas si, en même temps, on permet à l'État israélien de garder le droit d'intervenir à sa guise dans les territoires occupés.

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