Lettres: Candeur

Lettre à Michel Venne

Votre candeur m'émerveille. Vous vous extasiez du mouvement de grève étudiante en nous rappelant que «nous avons gagné» et qu'il ne sert à rien de dilapider notre «belle énergie» en rancoeur. Je vous rappelle que nous n'avons rien gagné du tout, la revendication principale des deux fédérations étudiantes étant le simple retrait des compressions. Il n'y a eu aucune conquête, aucun gain, seulement une action qui a visé à rétablir un ordre antérieur.

Les étudiants de la cohorte 2004-05 ont perdu plus d'une centaine de millions de dollars qui ne leur seront jamais remboursés. Pour ma part, ce sont 5000 $ d'endettement supplémentaire que je dois encaisser tout en étant censé me réjouir que le mouvement de grève auquel j'ai participé ait réussi à rétablir le financement précaire du régime de prêts et bourses d'ici deux ans et sur un horizon de cinq ans. Après cinq ans, qu'arrivera-t-il? Toujours cette médiocre mentalité de petits gestionnaires à contrat...

En entrevue, le premier ministre «avoue» (sans doute sous l'impulsion de son nouveau directeur des communications) que la conversation des prêts en bourses était une erreur. Si seulement il était cohérent!... Les choses ainsi dites, j'ai l'impression plutôt juste, me semble-t-il, que les étudiants ont payé pour l'improvisation du gouvernement et que leur mouvement n'a servi qu'à atténuer la portée de son incompétence. Est-ce à ce rôle que vous voulez réduire les mouvements sociaux? Colmater des brèches? Il y a de quoi être morose.