Libre opinion: Mariages homosexuels: l'imposture

Le projet de loi C-38 sur le mariage de personnes de même sexe est une imposture qui tente d'imposer aux Canadiens une définition matrimoniale comprenant les couples de même sexe sous le couvert noble et incontestable de la Charte canadienne des droits de la personne.

L'un des arguments les plus frappants des supporteurs de la normalisation du mot «mariage» pour les couples de même sexe affirme qu'on ne saurait tolérer au Canada un régime de droits disparates, différents d'une province à l'autre, à la suite des jugements des tribunaux de quelques provinces. Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, a-t-il oublié de les informer qu'avec la nouvelle loi C-38, le régime matrimonial (par exemple, les droits, les effets d'un mariage civil ou religieux) continueront à être différents d'une province à l'autre?

Le meilleur exemple est le suivant: les époux de droit commun dans les provinces régies par ce système, soit la grande majorité au Canada, jouissent des droits des époux mariés alors que les couples unis par le mariage ou l'union civile au Québec ont tous les droits reliés à leur état (soutien alimentaire, droits successoraux, etc.).

Par ailleurs, les couples vivant en union libre n'ont que quelques droits reconnus dans des lois bien précises mais aucun des droits reconnus aux couples mariés légalement. Bref, ce régime est totalement différent et ne saurait être modifié après l'adoption de la loi C-38 pour les couples vivant en union libre, de même sexe ou de sexe différent.

À ma question de savoir de quels droits additionnels jouiront les couples de même sexe après l'adoption de la loi C-38, le ministre Cotler a affirmé: «Aucun.»

De là mon affirmation que la loi C-38 est une imposture.

Au Québec, combattant depuis des décennies la thèse séparatiste, je vis depuis toujours avec l'imposture des mots. Par exemple: assemblée nationale au lieu de législature provinciale, capitale nationale (heureux que nous sommes, nous en avons deux, l'une à Québec, l'autre à Ottawa!).

Intimidation

Qui plus est, on nous oblige à faire des «arrêts» au lieu de «stop», mot reconnu internationalement par les pays francophones pour indiquer l'obligation d'arrêter aux intersections, et on a aussi poussé l'imposture à vouloir nous faire ingurgiter des «hambourgeois» pour des «hamburgers». Qu'est-ce que l'idéologie séparatiste n'inventerait pas?

Au Québec, la loi sur l'union civile est passée inaperçue. Elle reconnaissait une réalité de vie de couple hétérosexuel ou homosexuel et octroyait les mêmes droits aux deux.

Aujourd'hui, il faut se demander pourquoi on doit souscrire aux mariages de personnes de même sexe au risque d'être qualifié d'homophobe en s'y opposant. Le puissant lobby homosexuel, qui a ses tenants dans les médias, tente d'intimider et de ridiculiser tous ceux qui contestent le nouveau projet de loi.

Ce projet de loi est une imposture. Il tente de nous faire croire que des droits fondamentaux sont en jeu. Le mariage et son pendant, le divorce, sont de compétence fédérale uniquement parce que, historiquement, au moment de son adoption, la province de Québec, dominée par le clergé, ne voulait pas accepter le concept du divorce.

Il n'y a pas si longtemps, soit peu après la Révolution tranquille, le Québec a permis aux couples mariés québécois de divorcer autrement que par une loi privée présentée au Sénat, accessible seulement à une classe privilégiée, la solution de rechange étant de recourir à l'annulation du mariage par la province devant les tribunaux pour cause principale de maladie mentale!

Finalement, la raison pour laquelle je prétends que le projet de loi C-38 est une imposture en alléguant que seul le mariage civil sera reconnu entre couples de même sexe et que le mariage religieux pourra continuer à appliquer la règle du mariage traditionnel «d'un homme et d'une femme» est que cette interprétation n'a aucun fondement juridique assuré.

Pensez-vous vraiment, par exemple en droit du travail, que les chefs religieux pourraient mettre à pied des enseignants athées dans des écoles confessionnelles? Vous savez bien comme moi que les Églises ne peuvent pas faire de discrimination au nom de la religion. Ces derniers ont bien raison de douter de la protection que la loi leur accordera.

Ne jouons pas sur les mots, n'usurpons pas nos pouvoirs législatifs pour affirmer une réalité que la grande majorité des Canadiens n'accepte pas. Aurions-nous oublié nos engagements d'intégrité et de respect de l'électorat? Ce n'est pas une question de droits fondamentaux, c'est une question politique qui demande du courage, celui de prendre des décisions justes, sans céder aux pressions et au chantage d'une minorité.