Libre opinion: Bannir le tabac a un impact important

D'abord et avant tout, je suis d'accord avec M. Louis Gauvin, à la suite de son texte publié dans Le Devoir du mardi 12 avril 2005 («Le tabac dans les restaurants, une affaire de santé d'abord!»), à savoir que les gens au Québec et l'industrie de l'hospitalité seraient en bien meilleure position et en santé si personne ne fumait. Mais la réalité est autre, et encore 25 % des Québécois fument. Notre industrie est prise en otage dans ce débat entre la volonté de combattre le tabagisme et les besoins de nos clients.

M. Gauvin souligne qu'il n'y aura pas d'impact économique sur les restaurants et les bars si on bannit le tabac. Son argument défie la raison et repose sur des prémisses peu scientifiques. La source même qu'il cite dans son argumentaire, l'Ontario Tobacco Research Unit (OTRU), a utilisé la même méthode douteuse employée dans d'autres études pour illustrer qu'il n'y aurait pas d'impact économique. L'impact qu'il dit négligeable est noyé dans un ensemble de données qui reflète peu la réalité des établissements étudiés et fausse les résultats.

Les données utilisées dans cette étude de 2004 ont été reprises par l'Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires du Canada (CRFA) et, contrairement à l'étude de l'ORTU, la CRFA a séparé les ventes dans les bars, tavernes et autres établissements licenciés de l'ensemble des établissements détenant un permis d'alcool.

Il est important de différencier les établissements dont la majorité des revenus sont générés par la vente d'alcool comme les pubs et tavernes, de ceux dont l'alcool n'est qu'un complément à leur volet nourriture comme dans les restaurants. Ce sont les premiers qui seraient les plus touchés si on interdisait le tabac.

Baisse des ventes

En se basant sur l'étude revue et corrigée par la CRFA pour la ville d'Ottawa, on a constaté une baisse de leurs ventes de 5,8 %. Lorsque la croissance de l'économie de cette ville a été prise en compte, les ventes dans les bars, tavernes et établissements licenciés ont été de 10 % plus basses qu'elles auraient été si le tabac n'avait pas été interdit.

Au Québec, nous avons aussi une catégorie d'établissements appelés resto-bars dont les ventes d'alcool constituent une bonne partie des revenus et la nourriture un complément. Ces formats d'établissements subiraient aussi un impact important.

Une solution

La bonne nouvelle est qu'il existe une solution, utilisée avec succès ailleurs au Canada: des Salons désignés fumeurs (SDF). Ces salons éloignent la fumée des non-fumeurs et sont érigés avec des normes de construction et de protection de la fumée secondaire pour les employés. Ils offrent ainsi une solution de rechange aux établissements qui ont une clientèle de fumeurs et qui risquent de subir l'impact d'une décision unilatérale.

Nous pouvons tous rêver au jour où tous les Québécois cesseront de fumer. Alors l'impact économique de bannir le tabac dans l'ensemble dans notre industrie sera pratiquement nul. Mais, en attendant, l'industrie a besoin d'une solution de transition.

Nos gens comprennent la volonté du gouvernement de combattre le tabagisme. Mais ce sont des gens en affaires. Et personne ne pourra, sachant qu'une bonne partie de leur clientèle fume, les convaincre de mettre une croix sur 1,2 million de personnes. La solution pour toutes les parties : les Salons désignés fumeurs.

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