Libre opinion: Ce que veulent les enseignants

Il me paraît nécessaire de répondre à l'éditorial du 15 avril sur les revendications des enseignantes et enseignants représentés par la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ). Nous accordons à tous le droit à leur opinion, mais l'article fait l'étalage de différents faits erronés que nous sommes dans l'obligation de rectifier.

En voulant faire état des revendications des enseignantes et enseignants, M. Sansfaçon mentionne une «importante augmentation de salaire» dont ils bénéficieraient depuis trois ans. J'ose croire que, en faisant de telles affirmations, M. Sansfaçon a oublié que le règlement sur la durée du temps de travail est un règlement préliminaire de l'équité salariale. L'enseignement étant une profession à nette prédominance féminine, il s'agissait là de la correction d'une erreur historique faite sur le dos de milliers de femmes et d'hommes qui pratiquent cette profession. On se rappellera que cette entente est le fruit d'une lutte de dix ans et qu'elle découle de l'adoption de la Loi sur l'équité salariale, en 1996. Rien à voir, donc, avec la négociation en cours. Pas plus que le règlement sur l'échelle unique. Pourquoi vouloir mêler les genres et s'acharner à mettre sur le dos des femmes la responsabilité d'un règlement préliminaire sur l'équité, obtenu de bon droit?

Deux éléments sont mis en avant et ciblés comme étant notre revendication principale: l'amélioration des services aux élèves en difficulté et la réduction de la taille des groupes. La première passe par différentes mesures, mais également par l'ajout de ressources au niveau du soutien à l'apprentissage.

M. Sansfaçon affirme que c'est une revendication qui concerne les professionnels et non les enseignants. Il semble ignorer que près de 90 % de ces ressources sont en fait des enseignantes et enseignants en appui aux élèves qui ont des retards d'apprentissage. Évidemment, notre demande est compatible et complémentaire avec celle des professionnels. Il n'en demeure pas moins que c'est notre demande et qu'elle est fondée. Nous souhaitons également que le personnel enseignant qui offre des services aux élèves en difficulté soit réparti selon les besoins dans les écoles. Nous ne sommes pas dans le paradigme du «mur à mur», mais dans celui des ressources qui doivent correspondre aux besoins des élèves.

Quant à la réduction de la taille des groupes, notre demande consiste à poursuivre le mouvement amorcé sous le précédent gouvernement pour le préscolaire et les deux premières années du primaire. Considérant les disparités socio-économiques des écoles du Québec, nous voulons réduire de cinq le nombre d'élèves par classe dans les écoles situées en milieu défavorisé et de trois par classe dans les autres milieux. Rappelons que le système scolaire le plus performant au monde, celui de la Finlande, applique le principe des groupes à 20 élèves. Il va de soi que le fait d'avoir moins d'élèves par classe permet d'avoir plus de temps à consacrer à chacun des enfants.

Notre demande vise également à restreindre les dépassements du nombre d'élèves par groupe, tandis que la partie patronale nous offre une multitude de motifs permettant les dépassements. De qui sert-on les intérêts ici? Des élèves ou des gestionnaires?

L'éditorial de M. Sansfaçon laisse entendre que la réduction de deux (sic) élèves par groupe nécessiterait l'embauche de 9000 enseignantes et enseignants. Les faits sont tout autres: c'est l'ensemble de notre demande, y compris une réduction de cinq élèves par groupe, de même que l'ajout de ressources pour soutenir les élèves en difficulté, qui nécessiterait environ 9000 postes, la plupart de ceux-ci n'étant que maintenus dans un contexte de décroissance démographique.

Je me permets d'inviter M. Sansfaçon à visiter les classes, afin de partager le quotidien des 80 000 enseignantes et enseignants des commissions scolaires. Il sera probablement surpris des exigences énormes que représente l'enseignement dans une classe où, trop souvent, les enseignantes et enseignants n'ont pas les moyens d'aller au bout de leur mission. Il peut aussi aller discuter avec nos nombreux membres qui sont sur les lignes de piquetage. Ils lui parleront de leur quotidien, de leurs élèves. Je me permets de croire que cela le fera changer d'idée.

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Réponse de l'éditorialiste

Vous devrez admettre que votre lettre confirme la plupart des propos de l'éditorial, à quelques détails près dont votre demande de réduction de cinq et de trois élèves par classe au lieu de deux, ou cette façon que vous avez de présenter les importantes augmentations obtenues dans le cadre du «règlement préliminaire» sur l'équité comme... n'étant pas des augmentations. Quant à votre invitation, je vous en remercie, mais il me semble que les quinze années passées dans l'enseignement m'autorisent à commenter vos revendications et à lire entre les lignes d'un discours syndical qui m'est très familier. D'ailleurs, n'est-ce pas ce discours et surtout les pratiques qui l'accompagnent qui sont pour une bonne part à l'origine du drame qui frappe aujourd'hui nos écoles publiques au profit de l'école privée?