Lettres: Ces honnêtes gredins

Plus je regarde ces honnêtes personnages débiter leur baratin devant le juge Gomery, plus j'ai l'impression qu'on me prend pour un imbécile heureux. Je dois me satisfaire de leurs ténébreux et brumeux témoignages pour expliquer comment un quart de milliard de dollars s'est volatilisé dans le but de m'informer que le Canada existe. Et cette somme n'est que la pointe de l'iceberg, comme l'a déclaré la vérificatrice générale, Sheila Fraser.

Toutefois, ce qui me révolte le plus, c'est d'entendre Paul Martin et Lucienne Robillard affirmer sans s'esclaffer, sur un ton presque convaincant et avec la plus indicible désinvolture, qu'ils n'étaient au courant de rien. Pendant dix ans, le premier était le grand argentier des finances du Canada et vice-président du Conseil du trésor, dont la responsabilité première était la gestion rigoureuse des deniers publics. La seconde était présidente du Conseil du trésor et signait les chèques à tour de bras pour plusieurs centaines de milliers de dollars, sans jamais se poser la moindre question. À supposer qu'ils disent vrai, on pourrait aisément soutenir que s'ils ne savaient pas ce qui se passait ou ce qu'ils faisaient, alors ils sont deux parfaits incompétents irresponsables à qui il est dangereux de confier la direction du pays.

En analysant le tout, l'envie me prend de paraphraser Émile Zola et de conclure en disant simplement: «Ces gredins sont au fond d'honnêtes gens.» Surtout la nouvelle équipe composée des Coderre, Frulla, Pettigrew et autres, sous la direction du sympathique chef d'orchestre Jean Lapierre. Avouons que c'est rassurant!