Lettres: Extrême droite

En réaction à l'article «Une étiquette qui tue?», publié samedi dans Le Devoir

Au Québec, la droite est partout. Elle maîtrise totalement le Parlement: le PQ, l'ADQ et le PLQ sont tous néolibéraux; elle a ses vedettes: Jeff Fillion, Gilles Proulx, Stéphane Gendron; ses penseurs influents: l'Institut économique de Montréal, Alain Dubuc, Joseph Facal; ses journaux à grand tirage: La Presse, Le Journal de Montréal; etc.

À l'opposé, la gauche est confinée à la marge: elle n'a pas de représentant au Parlement, pas de grand syndicat, pas de journaux à grand tirage, peu d'organisations rassembleuses, peu de porte-parole connus, etc. Force est d'avouer qu'ici, à l'exception d'une gauche marginale et fragmentée — qui fait d'ailleurs surtout parler d'elle lorsqu'elle se fait matraquer —, la gauche est presque totalement absente du paysage politique. Même les grandes centrales syndicales, avec le tournant néolibéral qu'elles avaient pris lors des sommets socioéconomiques (1996), ne peuvent être étiquetées comme étant authentiquement progressistes.

La confusion, sagement entretenue, provient du fait que peu de dirigeants se définissent comme étant à droite. Or c'est dans la nature même de la droite de ne pas énoncer clairement ses objectifs. La droite a tout à gagner de la confusion. C'est pourquoi même le PQ, qui a coupé des milliards de dollars en santé et en éducation, continue de nous endormir avec ses fables social-démocrates. Et c'est bien là tout le problème: en effet, ce silence n'est aucunement un indice de la faiblesse de la droite mais bien, au contraire, de sa force. Sa maîtrise du système est si intégrale qu'elle peut désormais nier sa propre idéologie. Maintenant, elle contrôle jusqu'aux cadres mêmes du débat.

Son discours est le seul possible, le seul réaliste, le seul pragmatique. Maintenant, tous ceux qui ne souscrivent pas aux aléas du capitalisme sont considérés comme des «radicaux»; le traitement médiatique réservé à la CASSEE pendant la grève étudiante en est une belle preuve. À l'opposé, et l'article de samedi du Devoir le prouve, les libertariens, les ultranationalistes, les masculinistes et autres petits adorateurs de Groulx font pour leur part figure de modérés.

Il y a longtemps que l'extrême droite a troqué la chemise brune pour le complet-cravate. Il y a aussi longtemps qu'elle ne s'oppose plus à la démocratie libérale et à ses institutions qui la servent trop bien. À l'heure du consensus néolibéral et de la frénésie patriotique, lorsque de petits esprits tordus dénoncent l'«unanimisme de gauche» et la «domination des valeurs féminines», ce n'est plus la droite qu'on entend mais bien sa faction la plus extrême et, par le fait même, la plus fanatique et la plus dangereuse.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.