Deuxième anniversaire du gouvernement Charest - Le choix politique d'un Québec solidaire

La population du Québec vient de se prononcer: le gouvernement libéral de Jean Charest atteint des sommets d'impopularité à la veille du deuxième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Il faut dire que son élection s'est faite presque par défaut en raison de l'insatisfaction générale face à plusieurs politiques du Parti québécois, d'un mode de scrutin favorisant le bipartisme et d'un fort taux d'absentéisme, symptôme de la déception devant les partis traditionnels.

Monsieur Charest explique son échec par la difficulté à faire «passer son message». Il serait plus juste de reconnaître qu'une partie croissante de la population a compris son idéologie et sa vision à courte vue, mais lui oppose une cuisante fin de non-recevoir! Remanier le cabinet ou remplacer le responsable aux communications n'y changera rien.

Une première année de pouvoir brutale

Dès le discours inaugural de 2003, le premier ministre insiste pour mettre fin à l'intervention de l'État dans l'économie, soutient que la croissance entraîne automatiquement la redistribution de la richesse et promet des baisses d'impôt, garantes, selon lui, d'une relance économique. Il gèle les budgets de tous les ministères sauf ceux de l'éducation et de la santé, puis annonce un recours accru au secteur privé et à la sous-traitance pour offrir les services publics.

Les mois suivants, le nouveau gouvernement frappe vite et fort. Il fait adopter sous le bâillon, en décembre 2003, une série de lois qui visent surtout à mater le mouvement syndical. L'opposition officielle, empêtrée dans ses problèmes internes, n'est d'aucun secours pour les mouvements sociaux qui se battent vaillamment. En vain.

Il faut bien comprendre que le gouvernement péquiste avait largement pavé la voie à un gouvernement résolument de droite. L'obsession de Lucien Bouchard pour la lutte au déficit ne l'a-t-elle pas conduit à prendre des mesures dont nous payons encore collectivement le prix? Qui a oublié les coupes massives dans les fonds pour la santé et l'éducation, l'appauvrissement des personnes assistées sociales, l'amaigrissement de ministères aussi essentiels que l'environnement?

Les baisses d'impôt commencent d'ailleurs avant la venue de Jean Charest. Celles accordées par le gouvernement péquiste, de 2000 à 2002, privent aujourd'hui les finances publiques de 3,5 milliards par année. De quoi financer adéquatement les universités, acheter des livres pour les écoles primaires et secondaires, soutenir l'expansion des transports collectifs, nourrir toutes les familles pauvres du Québec, mettre mieux en valeur le milieu culturel, etc.

Un gouvernement hésitant?

La deuxième année du gouvernement Charest a été marquée par des décisions peu judicieuses, parfois suivies de reculs devant les fortes pressions populaires. Ce fut le cas notamment pour la centrale du Suroît, le financement des écoles juives, le choix du site du CHUM. L'obstination du gouvernement à refuser la volonté populaire a provoqué des valses-hésitations et soulevé l'exaspération dans la population comme dans les médias. Le gouvernement est apparu hésitant, frappé d'amateurisme.

Mais les apparences sont trompeuses. Le gouvernement Charest porte au contraire une vision néolibérale très claire qu'il tente d'imposer de façon autoritaire. En décembre 2004, il a fait adopter sous le bâillon la loi 61 qui dresse toute l'architecture nécessaire pour la «réingénierie de l'État». En clair, cela signifie un État réduit à sa plus simple expression qui dispose de faibles ressources financières, amoindries par les baisses d'impôt, et fait appel au secteur privé dans plusieurs domaines: la construction et la gestion de prisons, de grands établissements hospitaliers, de résidences pour personnes âgées, sans oublier la gestion de l'eau et des transports en commun.

Cet État néolibéral n'a plus pour objectifs de redistribuer la richesse et d'assurer le respect des droits fondamentaux de l'ensemble de la population. Il ne fait pas appel à la solidarité sociale mais plutôt à la charité, il mise sur l'individualisme. Et tant pis pour les personnes vulnérables, pauvres, tant pis même pour la classe moyenne, qui devra payer davantage pour les services de garde, l'électricité, le transport en commun, etc.

Maintenant que certains, dans le milieu des affaires prennent leurs distances, Jean Charest arrive peut-être en fin de parcours à la tête de son parti ou du gouvernement. Mais, ne nous y trompons pas, ses idées restent. Elles sont portées par une bonne partie des membres actuels de l'Assemblée nationale de même que par des économistes, des gens d'affaires, des chroniqueurs et des éditorialistes.

Une joyeuse tempête!

Le gouvernement Charest se préparait à une joyeuse tempête, il l'a eue. Et elle ne fait peut-être que commencer, comme le confirme le récent sondage CROP. La majorité de la population veut conserver ses services publics parce qu'elle a compris qu'il en va de sa qualité de vie. Elle valorise la solidarité et refuse des baisses d'impôt qui se feraient sur le dos des plus pauvres.

La grève étudiante a fait surgir la colère sourde qui grondait dans divers milieux. De plus en plus de gens ne sont plus dupes du dogme économique qui prêche les vertus d'un marché sans entrave, d'un État fantôme. Ils refusent une idéologie qui sacralise les libertés individuelles aux dépens des droits collectifs. Ils réclament un projet de société solidaire et un gouvernement responsable de la construire avec eux.

Le scandale des commandites, la corruption du monde politique révélée au grand jour et le mensonge érigé en système en découragent plusieurs. À nous de l'Union des forces progressistes et d'Option citoyenne, ils donnent envie de démontrer qu'«une autre politique est possible»!

Une étudiante en grève (Blanche Baillargeon) évoquait cet autre monde possible dans Le Devoir du 24 mars: «Une société qui tisse ensemble les liens de la solidarité est une société qui tient les rênes de l'avenir.» Ce Québec des solidarités, nous croyons qu'il est possible. L'Union des forces progressistes et Option citoyenne proposent une alternative politique et sociale qui repose sur la recherche du bien commun. Nous proposons à la population de la construire avec nous.

Nous revendiquons des impôts modulés selon la capacité de payer de chaque personne. L'entreprise doit assumer une part plus grande de la responsabilité fiscale, comme les contribuables à revenu élevé. Nous proposons de conserver et même d'améliorer nos services publics pour qu'ils soient accessibles à tout le monde, partout. Nous voulons un Québec résolument vert dont le développement économique et social est viable. Nous croyons qu'il faut s'attaquer à la pauvreté, pas aux pauvres. Nous exigeons enfin des trois partis présents à l'Assemblée nationale une proposition acceptable pour modifier le mode de scrutin afin de corriger entièrement les distorsions contraires à l'expression démocratique des tendances politiques qui traversent l'ensemble de la population.

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