L’anglais en science n’est pas un détour obligé

«Il est temps de mettre fin à l’hégémonie anglo-américaine sur les publications scientifiques de toutes sortes», écrit l’auteur.
Photo: Annik MH De Carufel Archives Le Devoir «Il est temps de mettre fin à l’hégémonie anglo-américaine sur les publications scientifiques de toutes sortes», écrit l’auteur.

Récemment, dans Le Devoir, le directeur de l’Institut national de la recherche scientifique, Luc-Alain Giraldeau, se désolait avec raison de la quasi-disparition de cette grande langue internationale qu’est le français dans le domaine des publications scientifiques.

Nous comprenons tous que cette situation résulte des actions soutenues du monde anglo-saxon pour y imposer l’anglais. Dans son texte, il mentionne d’ailleurs que deux vice-recteurs de l’Université de Montréal appellent le gouvernement canadien à « contrer le déclin du français en sciences ». Toutefois, ne peut-on pas douter de l’efficacité de cette démarche quand on connaît le moindrement l’histoire ?

Il précise avec raison que ce n’est pas un problème canadien. En 2023, selon M. Giraldeau, on ne pourrait plus que « se désoler de voir l’anglais occuper tout l’espace de la publication scientifique ». Or, si l’on croit le moindrement qu’il est possible de vivre et exister en français, il faut plutôt agir avec les puissants moyens du monde actuel, qui permettent de prendre sa place quand on en a la volonté et la capacité.

Dans un premier temps, nos directeurs et recteurs devraient s’assurer que leurs établissements font honneur à notre culture, à notre vocation et à notre langue dans tout leur fonctionnement, car l’incohérence est funeste en toutes choses. Par exemple, en s’assurant que tous leurs programmes, à tous les degrés, sont en français — et qu’ils en font la promotion comme il se doit. Deuxièmement, en voyant à ce que tous leurs départements et autres organismes fonctionnent en français. Troisièmement, en ayant comme règle essentielle que toutes les thèses de maîtrise et de doctorat soient rédigées en français, la langue officielle du Québec, langue internationale par excellence.

Hélas, ce n’est pas ce que nous apprennent les dernières nouvelles dans nos milieux universitaires !

De plus, on a été particulièrement choqués en apprenant que Québec a accordé près de 200 millions de dollars aux universités québécoises anglophones au cours de la dernière année pour leurs étudiants du Canada et d’autres pays, et ce, sans grande réaction de nos responsables universitaires. Or, chaque année, ces mêmes établissements anglophones bénéficient déjà de près de 28 % du budget de fonctionnement des universités attribué par le gouvernement québécois, alors que la proportion des anglophones d’origine britannique au Québec — les ayants droit normaux — n’est que d’environ 7 %, selon les statistiques fédérales, et les anglophones déclarés, d’environ 14 %.

N’y a-t-il pas là une très sérieuse anomalie, cause parmi d’autres de l’anglicisation du Québec ? Une situation très anormale dénoncée depuis longtemps par divers auteurs et un sujet prioritaire d’action pour tous nos recteurs et directeurs d’établissements de haut savoir aux prises avec des problèmes budgétaires quasi insolubles ? On aimerait bien que nos responsables universitaires agissent en conséquence.

Maintenant, en ce qui concerne la langue de publication des résultats de la recherche, en science et dans tous les domaines, il n’y a plus vraiment d’excuses pour tous les chercheurs — de tous les pays — de se soumettre à l’impérialisme anglo-américain et de ne pas publier dans leur langue. C’est ce qu’il faut admettre actuellement si on connaît le moindrement les puissants moyens de traduction automatique d’une langue à une autre par l’informatique. En effet, toute publication faite dans au moins l’une des dix principales langues de la planète peut être traduite très fidèlement en toute autre, avec un minimum de retouches, en quelques secondes. Des retouches que tout scientifique fera de lui-même en toute compréhension du fond de l’article dans son domaine.

Par conséquent, chaque chercheur qui partage l’une des dix principales langues (et plus) rédige son article dans sa langue, lequel est évalué par un comité international. L’article accepté est ensuite publié dans sa langue d’origine. Il appartient ensuite à chaque lecteur intéressé d’insérer le texte de l’article dans son traducteur automatique pour le lire dans sa langue. On comprendra alors que ce n’est pas à l’État canadien qu’il faut faire appel, pas plus qu’aux seuls francophones de la planète plus ou moins écrasés par l’assaut anglo-américain, mais aux universitaires et aux chercheurs de tous les pays et de toutes les langues qui sont conscients de l’effacement qu’ils subissent.

Il est temps de mettre fin à l’hégémonie anglo-américaine sur les publications scientifiques de toutes sortes. Il faut, par conséquent, espérer que tous nos recteurs, vice-recteurs à la recherche, directeurs de recherche et chercheurs se projetteront sur la scène internationale pour inviter leurs collègues de tous les pays à se solidariser afin que, dorénavant, les publications de leurs chercheurs soient faites dans leur langue, et ce, dans toutes les publications scientifiques de la planète.

N’est-ce pas la moindre des démarches à faire pour promouvoir l’usage du français à l’échelle internationale ? Pouvons-nous compter sur le statut de nos élites intellectuelles dans cette démarche ? C’est la question de fond : si leur action espérée donne des résultats, on pourra revoir avec plaisir les textes de la revue Comptes rendus,de l’Académie des sciences, de la Revue de l’Institut Pasteur et autres, et poursuivre le développement des sciences dans tous les domaines — en français — pour notre plus grande prospérité, en tant que Québécois et citoyens de cette planète.

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