Libre opinion: Le tabac dans les restaurants, une affaire de santé d'abord!

Selon un article de la Presse canadienne qui a été récemment publié dans plusieurs quotidiens du Québec, l'Institut économique de Montréal (IEDM) affirme que les interdictions de fumer dans les restaurants et les bars entraînent des conséquences négatives sur le chiffre d'affaire des établissements.

C'est le même argument qui est mis en avant chaque fois qu'une municipalité, une province, un État ou même un pays songe à adopter une loi pour protéger la santé des non-fumeurs dans les milieux publics. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Philippe Couillard, n'y échappera pas non plus, compte tenu de son intention de réviser la Loi québécoise sur le tabac.

De fait, l'Institut n'est qu'un parmi de nombreux groupes québécois représentant des intérêts économiques qui ont répété (et qui répéteront encore et encore pendant les prochains mois) les mêmes vieux arguments afin d'empêcher les interdictions de fumer dans les restaurants et les bars. Entre autres, le Conseil des chaînes de restaurants du Québec, la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec et l'Association des restaurateurs du Québec ont tous vociféré contre la perte de clientèle dans leurs mémoires dans le cadre de la consultation sur la révision de la Loi.

Pourquoi entend-on encore aujourd'hui ces mêmes cris d'alarme, alors que le mythe des pertes de clientèles a été réfuté à maintes reprises par toutes les études indépendantes, non seulement au Canada mais également dans bien d'autres pays? Alors que les Québécois appuient à 79 % un projet du gouvernement qui interdirait l'usage de la cigarette dans tous les lieux publics, incluant les bars et restaurants? (Sondage Léger Marketing, janvier 2005, commandé par le Conseil québécois sur le tabac et la santé.)

La même conclusion

De sérieuses études examinant la législation de plus de 35 pays du monde, y compris l'Afrique du Sud, l'Australie, le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, ont tous abouti à la même conclusion: l'interdiction de fumer dans les bars et restaurants n'engendre pas d'impacts négatifs à moyen ou à long terme sur le chiffre d'affaires des établissements (www.otru.org/special_reports.html).

Les méthodes employées pour ces études sont publiques et ratifiées par la communauté scientifique — contrairement aux études financées ou dirigées par l'industrie du tabac ou par des organismes qu'elle subventionne, les seules études qui trouvent un impact économique négatif aux restrictions sur l'usage du tabac, selon une étude du British Medical Journal!

Regardons par exemple le modèle le plus près de chez nous, à Ottawa. Une étude du Ontario Tobacco Research Unit de l'Université de Toronto a analysé les reçus de ventes pour les 41 mois avant et les 11 mois suivant la mise en vigueur de l'interdiction complète de fumer dans les restaurants et bars en août 2001. Conclusion: aucun impact économique négatif. (The Economic Impact of a Smoke-free Bylaw on Restaurant and Bar Sales in Ottawa, Canada - Juin 2003, Unité de recherche sur le tabac de l'Ontario.)

Même résultat pour les études scientifiques de la ville de New York et de San Francisco: au contraire, elles disent que le seul impact sur le chiffre d'affaires est positif.

Plus loin de nous mais plus récemment, l'Irlande vient d'interdire de fumer dans tous les lieux intérieurs, y compris les bars, depuis mars 2004. Un an après l'entrée en vigueur de l'interdiction, il y a eu une baisse de revenus des bars d'à peine 0,2 % comparé à l'année précédant l'interdiction..., une tendance à la baisse qui se manifestait depuis 2001 en raison de l'augmentation du prix de l'alcool.

De plus, il n'y a eu aucun changement dans le nombre d'employés oeuvrant dans ce secteur et, notamment, un accroissement significatif du tourisme.

Santé publique

En dépit de tout ce débat, la fumée secondaire dans les lieux publics demeure une question de protection de la santé publique. On ne permet pas aux commerces la discrétion d'offrir ou non de la viande périmée ou de l'eau contaminée à leurs clients, selon le gré du marché: il y a des lois qui contrôlent la sécurité des aliments. Le même principe devrait s'appliquer à l'air ambiant.

Mais ce motif ne satisfait aucunement l'Institut économique, qui qualifie le problème de la fumée secondaire comme étant «relativement petit», en comparant les 359 non-fumeurs québécois tuées chaque année par la fumée secondaire aux 414 qui meurent du SIDA ou aux 685 qui décèdent à la suite d'un accident de la route! Pour l'Institut, les craintes non fondées d'un petit nombre de restaurateurs et de tenanciers de bars au sujet de leur chiffre d'affaires seraient bien plus importantes que toutes les maladies, la souffrance et même la mort causées par la fumée secondaire.

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