Encyclique Hamanae Vitae - Le pape qui ne voulait pas de changement

Il existe une abondante littérature sur l'encyclique Humanae Vitae. Le meilleur livre que j'aie lu sur le sujet est celui de Robert Blair Kaiser: The Politics of sex and religion (Leaven Press, Kansas City, USA, 1985).

Je citerai quelques passages de cet excellent journaliste, gagnant d'un prix du Overseas Press Club pour ses reportages dans Time Magazine sur le concile Vatican II.

Ouvrons son récit au douzième chapitre (traduction libre). «À l'automne de 1980, le pape Jean-Paul II a ouvert un synode général des évêques sur le thème: "Le rôle de la famille dans le monde moderne". Pour un bon nombre des 161 évêques élus par leurs pairs pour participer à ce synode, c'était un événement. Ils savaient que l'encyclique Humanae Vitae était la doctrine officielle de l'Église. Mais peut-être auraient-ils l'occasion de revoir cette situation ? Ils réalisaient que beaucoup de croyants avaient déjà décidé de leur option sans attendre que les dirigeants de l'Église s'entendent entre eux. Certains évêques virent le synode comme une occasion d'aider Rome dans l'adoption d'une position plus crédible pour le bien de l'Église et de l'humanité. [...]

«Peut-être les évêques (venant des diverses régions du monde) pourraient-ils faire contrepoids à ceux de Rome, qui souhaitaient maintenir l'attitude historique, "impériale", du "c'est à prendre ou à laisser". C'était manifester trop d'optimisme. Les évêques diocésains firent de leur mieux pour ouvrir la porte. Mais le pape Jean-Paul II et son équipe la fermèrent à clef! Ce pape a vraiment exercé le pouvoir des clefs! [...]

«Le Vatican avait pourtant créé l'impression de souhaiter un synode ouvert à la discussion. On avait fait parvenir aux participants un document de travail sur la famille. On leur recommandait de consulter les prêtres et surtout les laïcs. Plusieurs conférences épiscopales prirent cette invitation très au sérieux. En mai, l'archevêque de Liverpool, Derek Worlock réunit 10 000 catholiques pour un congrès pastoral national qui fut très populaire dans toute l'Angleterre. [...] On demandait une révision fondamentale de l'enseignement de l'Église sur le mariage, la sexualité et la contraception. [...]

«Le synode devait se dérouler sous l'oeil attentif de Jean-Paul II. Il ne voulait pas de changement (à Humanae Vitae). Parmi les 161 évêques participants, beaucoup désiraient que l'Église proclame une nouvelle théologie de la sexualité, fondée sur des valeurs plutôt que sur des préceptes. Concrètement, ils voulaient jeter un nouveau regard sur le bannissement de la contraception et ramener à la table de la communion les divorcés réengagés. Ils se sont butés aux 20 cardinaux de la curie romaine et sur un bon nombre des 24 évêques choisis par le pape (en dehors du groupe des délégués de la base). [...]

«L'archevêque Worlock mentionna que les couples de catholiques qui vivent un deuxième mariage souhaitent le retour à la communion eucharistique avec l'Église et avec le Seigneur et demanda au synode: «Ce désir sera-t-il frustré pour toujours'? Même si sept des 11 comités du synode ont appuyé le point de vue de l'archevêque Worlock, la réponse du synode a été «oui» parce que ce fut la réponse du pape en clôturant le synode, le 25 octobre 1980.»

Un schisme

Le livre de Kaiser est une mine de renseignements sur le drame et le schisme objectif provoqué par la publication de l'encyclique Humanae Vitae, en 1968, sous le pontificat de Paul VI, et largement amplifié par le règne de plus d'un quart de siècle de Jean-Paul II.

Cette encyclique, non «reçue» dès sa publication, constitue la pierre d'angle de l'ensemble des positions du pape Jean-Paul II et du Vatican en matière d'interprétation de la loi naturelle. Ces diverses interprétations sont maintenant incorporées dans le Code de droit canonique proprement dit ou dans divers documents signés par le pape... motu proprio et autres, qui ont le même effet.

L'adhésion à la «doctrine» définie dans Humanae Vitae est une condition formelle pour que le nom d'un prêtre soit placé sur une liste d'éligibilité à l'ordination épiscopale depuis le début du pontificat de Jean-Paul II.

Je reconnaîtrais volontiers à Jean-Paul II un comportement très près de l'infaillibilité... dans ses interventions politiques. En matière de sexualité, je demande la clémence de la cour appropriée, mais je crois que le sensus fidelium doit avoir préséance. Le refus de Rome d'inculturer la foi dans le contexte moderne ne laisse derrière lui, en terre de liberté, qu'un immense vide spirituel.

Il faut espérer que son successeur soit aussi un grand voyageur. Qu'il refasse le parcours de Karol Wojtyla... pour écouter la voix du Peuple de Dieu et de ses collègues du collège épiscopal. Après un pape qui monologue, il nous faut un pape qui dialogue. Il n'existe pas, sur notre planète, un seul humain qui peut, à lui seul, interpréter l'humanité. Dieu parle aussi à travers elle.

*Ce texte est tiré du livre La liberté dans la foi, disponible pour consultation et téléchargement gratuit sur le réseau Internet: http://www.lalibertedans-lafoi.org/. On y trouvera des témoignages sur l'avenir du christianisme de la part de plusieurs personnalités engagées depuis longtemps dans l'Église.

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