Libre opinion: Santé mentale: accorder la primauté à l'usager

Le vendredi 1er avril, quelques professionnels et un psychiatre de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine signaient un article dans Le Devoir sur la réorganisation des services cliniques actuellement en cours à l'hôpital. Nous croyons important d'apporter certaines précisions.

Une étude menée récemment par la Direction de la santé publique de Montréal-Centre révélait notamment que 50 % des adultes montréalais aux prises avec des troubles mentaux n'utilisent aucun service et que seulement 20 % recevraient une réponse adéquate à leurs besoins. Il s'agit de données troublantes qui interpellent tous les intervenants en santé mentale.

Afin de relever ces défis et de favoriser l'accessibilité et la continuité des soins, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) a convié notre réseau de santé à des transformations majeures de son organisation de prestation de services. Au cours des derniers mois, 95 centres de santé et de services sociaux (CSSS) et quatre réseaux universitaires intégrés de santé (RUIS) ont été créés, couvrant ainsi l'ensemble du territoire québécois.

Face à un tel bouleversement, les établissements de santé sont appelés à s'adapter à ce nouveau contexte, et l'hôpital Louis-H.-Lafontaine n'y fait pas exception! [...]

Interdisciplinarité

Depuis quelques années, le MSSS se penche sur la meilleure façon de dispenser les soins et services en santé mentale. À l'hôpital Louis-H.-Lafontaine, cette réflexion est également à l'ordre du jour depuis près de deux ans. En janvier 2005, la direction déposait ses orientations, auxquelles se sont ralliés une majorité de médecins et de professionnels. De nombreuses personnes sont déjà engagées dans cette démarche de réorganisation.

Des consultations réalisées auprès des usagers et des partenaires (les organismes communautaires et les CSSS) ont également permis de constater que la réorganisation proposée recueille leur adhésion, notamment parce qu'elle offre de meilleures garanties pour ce qui est de l'amélioration de l'accès et de la continuité des services par la bonne personne et au bon moment.

Le modèle proposé n'est certes pas marqué, comme le prétendent les signataires, par une «empreinte médicale et un manque de soutien aux volets psychosocial et réadaptatif». En effet, les programmes de soins et services proposés s'appuient sur l'interdisciplinarité.

Le temps où un établissement ou certains de ses professionnels pouvaient ou croyaient pouvoir tout faire est révolu. Pour des professionnels possédant une formation, une compétence et une expérience spécifiques, ce concept d'interdisciplinarité consiste à oeuvrer ensemble à la compréhension commune d'une personne en vue d'une intervention concertée et complémentaire. La nécessité d'une collaboration interprofessionnelle constitue donc un incontournable.

Notre modèle préconise également la continuité des soins et vise à éviter la rupture de services dès qu'un usager sera pris en charge. Rappelons d'ailleurs que la qualité des soins et services de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine a été évaluée à plusieurs reprises au cours des dernières années par des organismes externes, notamment le Conseil canadien d'agrément des services de santé, qui reconnaît la qualité des pratiques cliniques et de gestion.

La première ligne

Par ailleurs, les signataires de l'article se montrent préoccupés par la capacité de la première ligne d'assumer les mandats qu'on prévoit lui confier. Il est vrai que le plan d'action en santé mentale du MSSS repose sur la mise en place d'une première ligne forte et sur un partage des rôles et responsabilités entre les différentes lignes de soins. Beaucoup reste à faire. Une période de transition est donc à prévoir, tant pour la première ligne que pour les établissements qui offrent des services de deuxième et troisième lignes.

À l'heure actuelle, les centres de santé et de services sociaux sont à définir leur projet clinique en santé mentale, auquel ils doivent accorder une priorité. Le ministère a par ailleurs préconisé la mise en place de facteurs structurants qui devraient soutenir le développement de la première ligne, notamment la création des groupes de médecine familiale et de cliniques médicales associées ainsi que la création d'activités médicales particulières pour les omnipraticiens en lien avec la prise en charge de clientèles vulnérables (dont la clientèle en santé mentale).

Nous aurons également à soutenir la première ligne en assurant notamment une réponse plus rapide aux demandes de consultation et en appuyant les partenaires, entre autres grâce à l'expertise professionnelle. Il s'agit d'un défi important, et l'expérience nous a démontré, notamment à notre module d'évaluation-liaison, que des liens plus étroits avec les omnipraticiens, selon une approche de soins partagés, facilitaient la prise en charge de clientèles aux prises avec des troubles de santé mentale.

Quant au risque de stigmatisation, il ne repose pas sur l'établissement d'un diagnostic mais davantage sur la perception des autres et sur le regard que nous posons sur les autres. En ce sens, peu importe le modèle d'organisation des services, le risque sera toujours là, et nous devons, au quotidien, oeuvrer à contrer la stigmatisation. [...]

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.