Laïciser les écoles ou les esprits?

Le gouvernement du Québec s'apprête à faire connaître ses intentions à propos du renouvellement des clauses dérogatoires qui soustraient temporairement l'enseignement religieux catholique et protestant à d'éventuelles contestations juridiques. Valides pour cinq ans, les clauses arriveront à échéance le 1er juillet prochain et l'Assemblée des évêques du Québec demande qu'elles soient reconduites.

Bien qu'il soit de bon ton d'être anticlérical aujourd'hui, force est de reconnaître que le clergé se fait l'écho de la volonté des parents. En effet, 80 % des parents choisissent encore l'enseignement religieux pour leurs enfants inscrits à l'école primaire. Le pourcentage baisse au niveau secondaire parce que le choix relève davantage des enfants. Devant la perspective d'avoir à justifier leur choix, plusieurs préfèrent opter pour l'enseignement moral. La religion n'est pas à la mode, et les jeunes le savent très bien.

Dans la foulée du rapport Proulx, plusieurs, dont le Mouvement laïque québécois, réclament que soit enfin sorti le Bon Dieu des écoles, dernière étape du processus de laïcisation amorcé avec la Révolution tranquille mais aussi dernière étape de déchristianisation de la société québécoise. Ils sont littéralement partis en mission, souhaitant répandre la bonne nouvelle de l'athéisme.

Or il est révélateur de constater que les convictions des personnes athées se fondent sur des croyances comparables en tout point à celles qui animent les mouvements religieux. (Ils croient que Dieu n'existe pas.) Le hic, c'est qu'eux n'en ont pas conscience. Convaincus de posséder la vérité, certains intellectuels s'arrogent le droit de décider à la place des parents. Ils savent ce qui est bon pour le peuple et veulent l'imposer, suivant une logique toute soviétique. [...]

S'en laver les mains

Craignant de prendre clairement position, le gouvernement québécois pourrait choisir de «s'en laver les mains» (Mt 27,24). Dans les écoles publiques du Québec, la religion serait dorénavant vidée de sa substance pour n'en faire plus qu'une curiosité anthropologique dans un éventuel cours d'introduction aux cultures religieuses. Les cours d'enseignement religieux ne sont pourtant plus des cours de catéchèse depuis longtemps.

Il faut en outre tenir compte du fait que la baisse de la pratique religieuse est beaucoup plus marquée ici qu'en France, par exemple. Appliquer d'une façon aussi rigoureuse le principe de la séparation de l'Église et de l'État porterait sérieusement atteinte à la vitalité de la foi au Québec. Pour tenir séparés deux entités, encore faut-il que les deux demeurent bien vivantes...

Pour illustrer le noeud du problème, on pourrait comparer la situation de l'enseignement religieux avec le traitement qu'on réserve à la langue d'une communauté. Le point tournant dans un processus d'assimilation est la fermeture des écoles de la minorité linguistique par les autorités, comme ce fut le cas en Louisiane, par exemple. À l'inverse, la principale mesure pour assurer la pérennité d'une langue a été au Québec d'interdire aux francophones l'accès aux écoles publiques de langue anglaise.

L'école est le lieu où se jouent le début et la fin de l'assimilation. Il en va de même de l'enseignement religieux et de l'enseignement moral. Les parents ont maintenant le choix. C'est un scénario neutre qui ne favorise aucune des deux tendances. Autrement, on court tout droit à l'assimilation des esprits.

Dans ce dossier, l'enjeu dépasse largement l'application aveugle du sacro-saint principe de la laïcité. Le danger qui guette notre société est l'uniformisation de la pensée car les jeunes seraient privés de ce côté de la médaille qui fait contrepoids à l'idéologie dominante. Maintenir la possibilité de choisir l'enseignement religieux est vital pour assurer à long terme une diversité dans la manière d'appréhender le monde.

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