Encore la peur des mots!

« Au fil du temps, une nouvelle génération de féministes a mis davantage l’accent sur les violences vécues par d’innombrables femmes », écrit l’autrice.
Photo: Christophe Ena Associated Press « Au fil du temps, une nouvelle génération de féministes a mis davantage l’accent sur les violences vécues par d’innombrables femmes », écrit l’autrice.

J’ai été ahurie de lire ce matin, 23 février, dans Le Devoir que Martine Biron, ministre de la Condition féminine du Québec, refusait d’appuyer une motion rédigée par le Collectif 8 mars, Québec solidaire, le Parti libéral et le Parti québécois. Pourquoi ? Parce que la perspective intersectionnelle évoquée dans la motion « n’est pas la vision du féminisme » (je cite) de la ministre. Renversant !

Donc, si je comprends bien, le féminisme québécois et les féministes, dont je suis, ne devraient pas prendre en compte toute la diversité des femmes dans leurs analyses, leurs revendications et leurs moyens d’action. Pourtant, et c’est élémentaire, le féminisme du XXIe siècle doit être inclusif. Ou alors, il ne sera pas, car nous ne sommes plus en 1950 !

Nous le disions déjà en 1995, au moment de la marche Du pain et des roses : « comme féministes, nous devons nous préoccuper en priorité des femmes les plus vulnérables, celles qui n’ont pu embarquer dans la locomotive du féminisme. Les femmes appauvries, les aînées seules et démunies, les femmes racisées, les femmes autochtones, celles qui vivent avec un handicap, etc. C’est avec elles et pour elles, d’abord et avant tout, que nous marchons. » Nous ne connaissions pas, à cette époque, le mot intersectionnalité. Mais nous avions de bons réflexes, même si nos analyses souffraient de quelques manques et omissions.

Depuis ce temps, bien des débats ont émergé dans le mouvement féministe québécois. Au fil du temps, une nouvelle génération de féministes a mis davantage l’accent sur les violences vécues par d’innombrables femmes. Le mouvement #MoiAussi en témoigne, et ses répercussions sont fulgurantes.

Les féministes ont convenu aussi que le temps était venu de nommer clairement l’analyse qui permet d’inclure celles qui souffrent le plus de l’exclusion sociale, politique et économique, de leur donner la parole et, surtout, de leur ouvrir les coeurs et les esprits. Cette analyse se nomme intersectionnalité. Elle oblige à écouter les principales concernées, à comprendre leurs réalités diversifiées et à apporter des réponses appropriées.

Je soutiens donc de tout coeur la démarche du Collectif 8 mars. À l’approche de la Journée internationale des femmes, je suggère que la ministre Biron et son personnel rencontrent ces féministes québécoises, qui se feront certainement un plaisir de l’informer sur l’intersectionnalité.

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