Un cas d’école de «faux allié»

« Il est drôlement hypocrite pour une organisation de se prétendre alliée de la communauté LGBTQ+ et de défendre Provorov contre les réactions à sa prise de position », écrit l’auteur.
Photo: Tim Nwachukwu Getty Images via Agence France-Presse « Il est drôlement hypocrite pour une organisation de se prétendre alliée de la communauté LGBTQ+ et de défendre Provorov contre les réactions à sa prise de position », écrit l’auteur.

Vous avez suivi la saga des Flyers et de Provorov ? Vous avez vu ce joueur qui a décidé de boycotter l’avant-match de son équipe pour la soirée « Pride Nights » parce qu’il ne voulait pas porter un chandail aux couleurs de l’arc-en-ciel, chandails ensuite vendus à un encan pour une oeuvre de charité ? Vous avez entendu ce joueur invoquer la liberté de religion comme défense et l’organisation des Flyers le défendre ?

Cela, mesdames et messieurs, est un cas d’école de « faux allié ».

Qu’est-ce qu’un faux allié ? Dans le cas des droits LGBTQ+, on parle de quelqu’un qui prend plaisir à s’afficher comme un allié de la communauté pour profiter des bienfaits de cela pour son image, mais sans prendre la peine de changer ses comportements qui heurtent cette communauté. Aux États-Unis, les exemples sont légion de ces faux alliés qui se précipitent pour se draper des couleurs de l’arc-en-ciel dès que la saison des Fiertés arrive tout en continuant à donner de l’argent à des politiciens farouchement anti-LGBTQ+ (UPS, Home Depot, FedEx et Pfizer, pour ne nommer que ceux-là).

Ce genre d’hypocrisie nuit à l’avancement des droits LGBTQ+ en se servant de cette communauté à des fins de marketing.

Même chez nous, au Québec, on peut nommer plusieurs exemples de ces faux alliés. Pensez à ces entreprises qui clament être des alliées, mais qui partagent des idées et des opinions transphobes. À ces entreprises médiatiques qui se disent alliées, mais qui engagent des chroniqueurs qui attaquent la communauté au moindre prétexte, que ce soit au sujet des toilettes non genrées ou au sujet d’une drag queen qui lit des histoires à des enfants. À ces personnes qui prétendent être des alliées, mais qui vont sélectionner certaines parties de la communauté qu’ils vont appuyer.

Hypocrisie

Dans le cas des Flyers, l’hypocrisie est d’organiser ce genre d’événement (aussi louable soit l’intention derrière) en s’affichant comme un allié de la communauté… tout en gardant au sein de l’équipe quelqu’un qui s’oppose aux droits de cette communauté.

Est-ce qu’on aurait dû empêcher Provorov de s’exprimer ? Bien sûr que non. Personne ne doit l’empêcher d’exprimer son opinion. Mais il est drôlement hypocrite pour une organisation de se prétendre alliée de la communauté LGBTQ+ et de défendre Provorov contre les réactions à sa prise de position.

Provorov a entièrement le droit d’agir en fonction de ses croyances religieuses, mais en ce qui concerne les Flyers, garder quelqu’un qui agit à l’encontre des valeurs qu’ils prétendent défendre est un choix qui en dit long.

Après autant de luttes et de discriminations, la communauté LGBTQ+ mérite de vrais alliés. Pas des opportunistes qui s’affichent comme des alliés seulement pour le coup de marketing et les retombées que cela leur donne. La communauté LGBTQ+ mérite qu’on s’intéresse à ses droits et non seulement à son portefeuille en affichant une image sympathique. La communauté LGBTQ+ mérite mieux que d’être utilisée pour une simple opération de communications.

Les couleurs de l’arc-en-ciel de nos drapeaux (et des autres de notre communauté) représentent nos luttes, nos espoirs, nos aspirations. Elles doivent être plus qu’une seule occasion d’explorer de nouveaux marchés et de se donner une bonne conscience sans jamais se questionner sur nos actions.

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