Difficile rapport du Canada avec l’Indo-Pacifique

Justin Trudeau et le président chinois, Xi Jinping, au sommet du G20 en 2019 à Osaka
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau et le président chinois, Xi Jinping, au sommet du G20 en 2019 à Osaka

L’état lamentable dans lequel se trouve le Canada dans son rapport à l’Indo-Pacifique est largement le résultat d’un gouvernement incapable de comprendre la réalité du rapport de force dans cette région et de ses propres maladresses vis-à-vis de la Chine. […]

Il est difficile de trouver une explication à cette série de cafouillages du gouvernement Trudeau dans ses rapports avec la Chine. Ce gouvernement, qui se targue d’être un modèle de transparence, selon les propos que Justin Trudeau a tenus à son homologue chinois au sommet du G20 à Bali en Indonésie, ne l’est pas. Alors qu’il annonçait son intention de rédiger une politique sur la Chine après son élection en 2015, il ne s’est jamais ouvert au public sur ses plans jusqu’à ce qu’il accouche finalement d’une stratégie l’automne dernier. Plus tôt, les médias anglo-canadiens avaient rapporté que la politique chinoise du gouvernement Trudeau était élaborée dans le bureau du premier ministre et que le ministère des Affaires étrangères (Affaires mondiales Canada) en était essentiellement tenu à l’écart. Cette révélation a eu l’avantage de préciser que la responsabilité des mésaventures de Justin Trudeau relève bien de lui.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue L’Action nationale, janvier 2023, volume CXIII, no 1.

Pour bien comprendre l’état des relations Canada-Chine, il serait utile de rappeler la genèse des maladresses du gouvernement Trudeau. Il sera ainsi plus facile de comprendre le dédain et l’impatience du gouvernement de Xi Jinping pour son homologue canadien. Nous pourrons également mieux apprécier le déficit intellectuel qui a présidé à l’élaboration de cette « stratégie de l’Indo-Pacifique ».

Le premier exemple d’une série de maladresses du gouvernement Trudeau s’est déroulé en décembre 2017, soit deux ans après sa prise du pouvoir. Au cours d’une visite qui devait mener à la signature d’une entente pour le début de négociations sur un traité commercial global, Justin Trudeau avait rencontré un mur face aux Chinois qui ne voulaient rien entendre d’inclure des dispositions portant sur les travailleurs et les droits des femmes. Nous ne savons toujours pas pourquoi la délégation canadienne n’avait pas prévu une telle issue avant d’entreprendre ce voyage. Après quelques jours à se tourner les pouces en Chine, Trudeau est revenu au Canada bredouille.

En 2018, une conférence du G20 se tient en Argentine. Justin Trudeau et Xi Jinping s’y retrouvent pour ce sommet de deux jours du 30 novembre au 1er décembre. Alors que Xi Jinping côtoie les grands de ce monde à Buenos Aires, le Canada procède à la détention de Meng Wanzhou lors de son passage à Vancouver à la demande expresse des États-Unis. On peut imaginer l’humiliation qu’une telle détention pouvait représenter pour le président Xi Jinping à ce moment précis. Selon une enquête du quotidien The Wall Street Journal publiée en septembre dernier, le président Xi a fait des pieds et des mains pour faire libérer ce membre de l’élite. Sans succès. Selon le quotidien new-yorkais, les fonctionnaires chinois étaient particulièrement frustrés du fait que la loi canadienne d’extradition permet justement de passer outre aux procédures d’extradition si l’intérêt national l’exige. Deux douzaines de pays, dont le Mexique, ont refusé d’obtempérer à la demande du gouvernement américain. Seul le Canada s’est activé à détenir Mme Meng. Quand on sait que l’affaire Meng a fini essentiellement en queue de poisson, on peut comprendre que la Chine voie le Canada comme un valet du gouvernement américain. Deuxième maladresse. […]

À l’insistance de Trudeau, le président chinois cède et lui accorde dix minutes dans les couloirs du site du G20 le 15 novembre. Malgré le caractère délicat de la relation, Trudeau s’empresse de révéler aux médias le contenu de ce court échange sous la forme d’un compte rendu (readout en anglais) qui aurait porté sur les activités alléguées de la Chine dans l’élection fédérale de 2019 ainsi que la guerre en Ukraine et la Corée du Nord. Premier faux pas. Le lendemain, Trudeau en rajoute lors d’une rencontre « impromptue » avec le président chinois, lui rappelant que le Canada est une démocratie où les gens ont l’habitude de discuter de manière ouverte même s’ils sont en désaccord sur certains points. Compte tenu des gaffes du premier ministre depuis 2017, Trudeau pouvait-il vraiment donner des leçons ? Deuxième faux pas.

À ce sommet du G20 à Bali, les médias n’ont retenu que ce court échange entre Trudeau et Xi au cours duquel ce dernier reproche au premier ministre canadien d’avoir révélé aux médias la teneur de leur conversation la veille. […]

Nous ne saurons peut-être jamais si cette rencontre dite « impromptue » n’avait pas été en fait montée de toutes pièces par l’équipe Trudeau. Le fait qu’une caméra se trouvait sur place devant Trudeau et Xi à ce moment précis peut laisser songeur. Trudeau, lui, s’en est servi pour vendre au public canadien l’image qu’il savait se tenir debout devant le colosse chinois. Nous verrons plus tard ce qu’il nous en coûtera. La dernière fois que Trudeau a tenu tête à la Chine, en 2018, les fermiers canadiens et québécois ont écopé à coups de centaines de millions. […]



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