Nouvelle ministre de la Famille, même rengaine usée

« Ce sont 24 000 places qu’on a perdues dans les milieux familiaux dans le premier mandat de la Coalition avenir Québec », rapporte l’autrice.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir « Ce sont 24 000 places qu’on a perdues dans les milieux familiaux dans le premier mandat de la Coalition avenir Québec », rapporte l’autrice.

À la suite des dernières élections, François Legault a décidé de remplacer Mathieu Lacombe par Suzanne Roy au poste de ministre de la Famille. En tant que fondatrice du mouvement citoyen #maplaceautravail et mère d’un garçon de deux ans qui a perdu son milieu de garde, j’espérais que ce changement amènerait un vent de fraîcheur. À la lecture de l’article publié le 20 janvier dans Le Devoir, je vousavoue que mon espoir en a mangé un coup, et ce, pour plusieurs raisons.

De cet article, qui résume une entrevue réalisée avec notre nouvelle ministre de la Famille, je fais plusieurs constats. Le premier étant qu’encore une fois, on se concentre plus sur le recrutement de nouvelles éducatrices que sur la rétention de celles qui tiennent actuellement notre réseau à bout de bras. On y fait la proposition de régler la question de la pénurie de main-d’oeuvre par l’embauche massive de travailleuses immigrantes qui n’entreront pas en poste demain matin.

Pendant ce temps, les éducatrices compétentes continuent de tomber comme des mouches, surtout en milieu familial. Ces mêmes éducatrices à qui on a refusé d’offrir des primes COVID, alors qu’elles prenaient le risque d’accueillir de nombreux enfants dans leur foyer. Si vous saviez combien de fois j’ai supplié l’équipe de Mathieu Lacombe de reconnaître ce risque et de le compenser. Elle a fait la sourde oreille, et le bilan des pertes de places en milieu familial parle de lui-même.

Ce sont 24 000 places qu’on a perdues dans les milieux familiaux dans le premier mandat de la Coalition avenir Québec (CAQ), près du double du nombre de places qu’elle aura créées si l’on se fie aux chiffres obtenus par Le Devoir. Or, selon la ministre Suzanne Roy, ce serait plutôt 12 000 places qui auraient été perdues en quatre ans. Ce qui m’amène à un autre constat : encore une fois, on a une ministre de la Famille qui joue avec les chiffres et qui cherche à camoufler ce désastre sans nous expliquer la logique de son calcul. Je rappelle que les données obtenues par Le Devoir proviennent de son ministère.

En tant que mère qui suit ce dossier de très près depuis deux ans, je suis outrée que le gouvernement cherche encore à minimiser l’ampleur des dégâts au lieu de regarder la réalité en face. Le fait est que ce gouvernement contredit ce que ses propres données disent, soit que ses stratégies n’ont pas fonctionné. Quand ça ne fonctionne pas, je crois que la chose intelligente à faire est de changer nos façons de faire et d’aider celles et ceux qui payent le gros prix pour nos erreurs.

C’est dans cet esprit que, depuis deux ans, #maplaceautravail demande une aide temporaire d’urgence pour les parents qui, sans place en garderie, ne peuvent retourner travailler. Arrivées au bout des ressources, des mères célibataires se tournent actuellement vers le bien-être social comme aide de dernier recours. Vous trouvez ça normal ? Moi, je trouve ça aberrant. Encore une fois, la CAQ refuse d’aider ces familles en prétextant un manque de moyens.

Or, quand on peut donner un chèque de 500 $ à des gens qui n’en ont pas vraiment besoin, on devrait avoir les moyens d’aider des familles qui doivent se priver d’un salaire avec de jeunes enfants à charge. C’est un non-sens et, encore une fois, c’est le bon développement des enfants qui pâtira de cette pauvreté à long terme. Pendant ce temps, le prix du lait maternisé augmente, et l’inflation frappe de partout.

Madame Roy, il est encore temps de changer d’idée. Au contraire de votre prédécesseur, vous semblez plus ouverte à rencontrer les femmes à la tête de #maplaceautravail. Or, vous continuez de refuser leur demande la plus urgente. Votre réponse est tranchante : pas question d’offrir une aide financière aux dizaines de milliers de parents qui payent les frais du manque de places en garderie. Finirez-vous par les entendre ?

Je continue de garder espoir, même si j’ai l’impression que c’est perdu d’avance. J’espère sincèrement me tromper. J’espère que vous porterez les voix des parents auprès de vos collègues et du premier ministre. L’argent, vous l’avez. Non seulement vous avez reçu six milliards du fédéral pour compléter le réseau, mais vous savez aussi que chaque dollar investi en petite enfance est un investissement. En effet, Pierre Fortin, économiste émérite, a fait la démonstration que, pour chaque dollar investi dans les services de garde, les gouvernements encaissent 1,50 $ en rentrées fiscales. Des excuses pour ne pas mettre les bouchées doubles, vous n’en avez pas.

Finalement, vous dites dans cette entrevue que vous ne pouvez pas faire deux choses en même temps, c’est-à-dire à la fois créer des places et offrir une aide temporaire d’urgence. Eh bien, savez-vous quoi, nous les parents, on en fait des dizaines de choses en même temps. Passer des jours et des nuits à angoisser à l’idée de ne pas trouver un milieu de garde et de ne pas arriver à subvenir aux besoins de nos enfants, on s’en passerait.

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