Climat et santé, une bombe à retardement

«L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes constitue une sérieuse menace qui n’épargne pas la population canadienne et québécoise», rapportent les auteurs.
Frank Gunn La Presse canadienne «L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes constitue une sérieuse menace qui n’épargne pas la population canadienne et québécoise», rapportent les auteurs.

Les impacts des changements climatiques sont néfastes pour la biodiversité, le climat, les bâtiments, les communautés côtières, la production agricole, la faune et la flore, mais aussi pour la santé humaine. Chaleur extrême, feux de forêt, inondations, maladies respiratoires, zoonoses : l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes constitue une sérieuse menace qui n’épargne pas la population canadienne et québécoise.

La résurgence des feux de forêt et des maladies causées par des germes pathogènes liés au climat illustre justement les dangers potentiels résultant des bouleversements climatiques. En effet, entre 2009 et 2021, le nombre de cas diagnostiqués de la maladie de Lyme est passé de 144 cas à 2800 au Canada, ce qui représente une augmentation de 1844 %. De leur côté, les feux de forêt altèrent la qualité de l’air que nous respirons et nous exposent à des polluants qui aggravent les maladies cardiovasculaires et respiratoires et qui accroissent le risque de cancer.

Certes, tous les individus ne sont pas touchés de la même manière par les changements climatiques. Nos concitoyens les plus vulnérables, en particulier ceux qui subissent déjà des inégalités au sein de la société, sont injustement ceux qui sont les plus touchés. En plus d’exacerber les inégalités existantes, les changements climatiques sont vecteurs de nouvelles inégalités. Pensons par exemple aux personnes âgées ayant un état de santé fragile qui les rend particulièrement vulnérables aux vagues de chaleur, et aux enfants, dont la capacité de protection face aux catastrophes naturelles est limitée.

Pensons aussi aux bambins et aux jeunes enfants, que l’exposition à des événements climatiques extrêmes peut blesser gravement, voire rendre orphelins. De façon concrète, les vagues de chaleur qui ont touché l’Ouest canadien en 2021 ont causé 619 décès, parmi lesquels l’écrasante majorité des victimes étaient des sexagénaires.

De plus, les changements climatiques mettent sous tension nos systèmes de santé et influent sur leur capacité à fournir des soins de santé adéquats. Pourtant, peu de précautions sont prises en ce sens à l’heure actuelle. La déprogrammation de gestes chirurgicaux comme l’évacuation forcée des patients en lien avec les inondations et les feux de forêt sont des illustrations éloquentes des conséquences désastreuses que subissent nos hôpitaux.

Des mesures de protection

Il devient urgent de prendre des mesures pour protéger les systèmes de santé ainsi que la santé des populations canadienne et québécoise. Par exemple, la mise en place d’une cellule de veille spécialisée en risques climatiques liés à la santé, la formation du personnel du milieu sur la résilience climatique et l’adoption de nouvelles technologies à faible impact environnemental sont des mesures d’adaptation possibles.

L’Organisation mondiale de la santé recommande que les États se dotent d’un plan national d’adaptation sanitaire dans lequel sont détaillées les actions prévues dans ce secteur. Le gouvernement fédéral a donc publié une stratégie nationale d’adaptation au climat qui comprend un volet santé. Même si ce plan est très pertinent, notamment grâce au programme ADAPTATIONSanté, il gagnerait à être plus précis sur les objectifs en lien avec chaque risque identifié ainsi que sur les moyens humains et financiers à mobiliser pour atteindre chaque objectif.

De leur côté, les municipalités, tout comme les provinces et les entités gravitant autour du système de santé, ont commencé à mettre en place progressivement des mesures d’adaptation, mais les actions concrètes peinent pour l’heure à émerger. Il est nécessaire, au niveau local, de mettre en place des politiques afin de verdir nos milieux de vie et de déminéraliser les surfaces.

Pour le reste, le secteur de la santé du Canada représente 5 % de nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui correspond à un des chiffres les plus élevés dans le monde. Il s’agit là d’un paradoxe, car le système de santé, qui est censé nous soigner lorsque nous tombons malades, contribue par ses émissions au réchauffement climatique, qui affecte ultimement notre santé. Il utilise aussi une quantité importante de produits à usage unique.

Il est vrai à bien des égards que des mesures fortes et ambitieuses seront nécessaires afin de réduire les risques sanitaires et de protéger la santé physique et mentale des Canadiens et Canadiennes. Elles permettront également de transformer les systèmes de santé pour les rendre plus résistants aux changements climatiques.

Après la salve des voeux de bonne année, au cours de laquelle nous nous sommes souhaité la santé, il est temps que nous soyons conséquents avec nos paroles.

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