Les gestionnaires de la santé, des boucs émissaires?

« Une prise de conscience autour de la situation globale est la première étape menant vers des actions concrètes et des solutions durables », fait valoir l’autrice.
Photo: Marie-France Coallier archives Le Devoir « Une prise de conscience autour de la situation globale est la première étape menant vers des actions concrètes et des solutions durables », fait valoir l’autrice.

Dans le conflit qui sévit à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, il semble que l’on ait encore une fois pansé la plaie avec un diachylon et simplement tassé la gestionnaire en guise de règlement.

C’est à croire que les défis auxquels le réseau de la santé et des services sociaux fait face — la pénurie de main-d’oeuvre, le cloisonnement des ordres professionnels, l’image négative projetée par les médias, le manque de collaboration des syndicats, les innombrables employés en absence maladie et le volet politique omniprésent, pour ne nommer que ceux-là — reposent principalement sur le dos de ses gestionnaires.

En tout cas, c’est le message qui a été envoyé haut et fort. Et c’est malheureusement celui que les gestionnaires de la santé ont reçu.

Ils n’ont pas une cote populaire favorable, et cela s’avère bien pratique pour plusieurs. Connaître leur réalité est cependant important. Ils sont présents et s’intéressent aux soins et services offerts à la population. Ils sont engagés, collaboratifs et dévoués à leur organisation. Ils sont sensibles à l’évolution de leurs équipes. Ils travaillent dans l’ombre pour que tout roule. Mais ils ne sont pas le département des miracles.

L’attrait de la fonction de gestionnaire en santé a considérablement — et dangereusement — diminué avec le temps. Pourquoi ? Parce que les conditions de travail s’effritent de plus en plus, surtout depuis la dernière décennie. Parce qu’on demande aux gestionnaires de faire toujours plus avec toujours moins. Parce qu’on aime leur casser du sucre sur le dos. Parce que la reconnaissance à leur égard est plus que laconique.

Tout cela contribue au maintien du climat malsain qui règne dans le réseau.

Volonté politique et questionnement collectif

Lorsqu’un problème survient, nous répétons toujours les mêmes gestes en espérant des résultats différents. On applique des solutions superficielles sans jamais sérieusement réfléchir aux façons de faire autrement. On omet de débattre des questions de fond que la société québécoise est en droit de se poser devant la répétition des crises dans le réseau.

Or, faire autrement implique une volonté politique — notamment de véritablement décentraliser les pouvoirs décisionnels et d’augmenter l’influence des organisations (et de ceux et celles qui les gèrent) dans le système — et un réel désir de collaboration de la part de toutes les parties. Il importe d’ailleurs d’améliorer les conditions de travail du personnel de la santé, y compris celles des gestionnaires, afin d’attirer la relève et de garder nos ressources humaines en santé. Le réseau souffre grandement, et un regard neuf est nécessaire pour qu’on évite de foncer dans un mur. C’est urgent.

En tant que citoyens, contribuables et usagers du système de santé, nous devons nous demander si nous avons encore les moyens de nos ambitions. Doit-on réviser l’offre  de nos organisations sociosanitaires ? Sommes-nous prêts à modifier ou à délaisser certains soins et services qui ne cadrent pas avec nos moyens actuels ? Comment peut-on faire autrement pour que la population reçoive des soins de qualité ? Comment préserver le système public de santé, et quels sont les compromis nécessaires à sa pérennité ?

Ainsi, j’avance que nous sommes encore bien loin de ce qui est nécessaire au dénouement de la crise à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Prendre conscience de la situation d’ensemble est la première étape menant vers des actions concrètes et des solutions durables. Autrement, nous ne sommes qu’à l’aube d’une longue série de « déplacements de gestionnaires » boucs émissaires.

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