Réduire les angles morts des critères d’excellence en recherche

« Il peut être difficile d’évaluer la qualité d’un projet de recherche si la façon de prendre en compte la diversité de la population n’est pas directement abordée dans la description de celui-ci », notent les autrices.
Photo: Sigrid Olsson Getty Images « Il peut être difficile d’évaluer la qualité d’un projet de recherche si la façon de prendre en compte la diversité de la population n’est pas directement abordée dans la description de celui-ci », notent les autrices.

Plusieurs textes d’opinion ont été publiés dans les journaux concernant les critères d’évaluation des demandes de bourses d’excellence aux Fonds de recherche du Québec (FRQ). Or, des nuances s’imposent pour offrir une autre perspective de la situation.

Traditionnellement, ces critères d’évaluation traitent d’abord du dossier scolaire, puis du projet de recherche proposé.

En portant un regard critique sur les critères d’évaluation traditionnels de l’excellence du dossier scolaire, peut-on affirmer qu’ils sont neutres ? Les critères traditionnels d’évaluation peuvent exclure des candidatures de haut potentiel et ne sont donc pas neutres.

Ces critères prennent en compte le relevé de notes, les reconnaissances obtenues, les réalisations scientifiques ainsi qu’au doctorat, le leadership. Leur évaluation par le comité d’attribution des bourses peut comporter des biais envers un cheminement atypique ou non linéaire (p. ex., grossesse, proche aidance, maladie, retour aux études), l’origine ethnoculturelle et le genre de la personne évaluée, la composition des équipes de supervision ou le niveau de prestige de l’établissement de formation.

Et qu’en est-il de l’évaluation traditionnelle de la qualité du projet de recherche proposé ?

Les critères traditionnels d’évaluation, soit la méthodologie, l’impact de la recherche et son aspect novateur, semblent neutres. Toutefois, il arrive que leur application ne le soit pas.

En effet, la science elle-même est teintée de différentes manières. L’une d’elles est la prise en compte ou non de la diversité de la population dans la méthodologie de recherche. De nombreux exemples existent. Entre autres, en intelligence artificielle, des systèmes de reconnaissance faciale discriminaient encore récemment des personnes en fonction de leur genre, de leur couleur de peau et de leur intersection. Ce type de biais provient des modèles utilisés, des algorithmes programmés et des données utilisées pour les entraîner.

Diversité

On constate ainsi qu’il peut être difficile d’évaluer la qualité d’un projet de recherche si la façon de prendre en compte la diversité de la population n’est pas directement abordée dans la description de celui-ci.

Nul besoin de faire des contorsions pour intégrer la diversité à un projet. Si la prise en compte de celle-ci n’a pas lieu d’être, il suffit de l’expliquer dans la description du projet. Il importe toutefois d’y réfléchir pour éviter tout angle mort.

Parfois, l’impact sur la population peut nous surprendre. Par exemple, la conception d’infrastructures peut sembler uniquement technique. Pourtant, le ministère des Transports du Québec considère les différences, notamment entre les genres, dans les pratiques de mobilité lorsqu’il fait la gestion et la planification des transports. En effet, les différentes réalités des hommes et des femmes (ex., salaire, type d’emploi, responsabilités familiales) créent des disparités dans les habitudes de déplacements.

Devrait-on aspirer à faire mieux en ce qui a trait à l’évaluation de l’excellence des candidatures ?

Le FRQ a le devoir d’améliorer l’évaluation de l’excellence en recherche, notamment parce qu’il utilise des fonds publics. C’est pourquoi, en 2021, il ne pouvait pas s’en tenir aux critères traditionnels pour soutenir la relève étudiante sachant qu’ils comportaient des failles. Dans un processus d’amélioration continue, il a intégré l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) aux critères d’évaluation. Puis, à la suite de la rétroaction des membres des comités d’évaluation, les nouveaux critères apparus en 2021 ont été revisités en 2022. Par exemple, pour les bourses de maîtrise et de doctorat, le critère de mobilisation sociale a été supprimé.

Enfin, est-ce que la prise en compte de l’EDI est une imposition morale et une atteinte à la liberté universitaire ?

La prise en compte de l’EDI permet d’améliorer l’évaluation de l’excellence. Des textes d’opinion ont associé la prise en compte de l’EDI à une exigence morale imposée par le FRQ et ont mentionné une atteinte à la liberté universitaire. Dans ce texte, il a été argumenté que les critères traditionnels d’évaluation pour les bourses peuvent exclure des candidatures de haut potentiel et ne pas être optimaux pour évaluer la qualité de projets. Quand les bourses proviennent de fonds publics, peut-on faire autrement que de viser un processus d’évaluation équitable ?

En terminant, dialoguons ensemble, avec le FRQ, plutôt que de nous confronter pour continuer à améliorer nos processus. Le Réseau interuniversitaire québécois pour l’équité, diversité et inclusion organise au printemps un forum lors duquel tout le monde sera le bienvenu pour prendre part à la discussion.

Et, même si la tradition est rassurante, faisons preuve de créativité et d’ouverture à la nouveauté.

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