Un possible remaniement ministériel à Ottawa

« Si une élection fédérale anticipée est déclenchée en 2023 ou en 2024, ce sera parce que Justin Trudeau aura décelé quelque part dans les oracles politiques la possibilité de gagner », écrit l’auteur.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne « Si une élection fédérale anticipée est déclenchée en 2023 ou en 2024, ce sera parce que Justin Trudeau aura décelé quelque part dans les oracles politiques la possibilité de gagner », écrit l’auteur.

En 2022, on a fait des conjectures sur la possibilité que Justin Trudeau ne termine pas son mandat ou qu’il ne se représente pas en octobre 2025. On se demandait à quel moment il allait « prendre une marche dans la neige », comme son père l’a fait, en 1984, pour orchestrer son départ. Remporter une quatrième élection est un prodige en politique canadienne, le dernier en date remonte à Wilfrid Laurier, en 1908.

L’arrivée de Pierre Poilievre dans le fauteuil du chef de l’opposition à l’automne a, d’une certaine façon, ragaillardi M. Trudeau. On a remarqué que le premier ministre était plus combatif à la Chambre des communes durant la session de l’automne dernier. Il a également démontré de l’assurance lors de son témoignage à la commission Rouleau sur l’état d’urgence. Reconnu pour ses bonnes performances lors de campagnes électorales, M. Trudeau a maintenant un adversaire de taille qui le motive à rempiler. Le doute sur son départ s’est estompé.

Le jeu des prédictions se porte maintenant sur le calendrier du face-à-face électoral Trudeau-Poilievre. M. Trudeau va-t-il tenter le tout pour le tout avec une élection anticipée ou va-t-il attendre 2025 dans l’espoir de faire sa marque dans les livres d’histoire ? Difficile de prédire à quel moment les Canadiens seront appelés aux urnes.

L’espérance de vie d’un gouvernement minoritaire est de 18 mois à deux ans et demi. Une élection anticipée pourrait donc survenir dès avril 2023, ce qui coïncide avec la publication du budget fédéral. Si une élection fédérale anticipée est déclenchée en 2023 ou en 2024, ce sera parce que Justin Trudeau aura décelé quelque part dans les oracles politiques la possibilité de gagner, et au diable l’entente avec le Nouveau Parti démocratique (NDP) jusqu’en 2025 ! Mais il devra aussi se demander si l’ensemble de sa présente équipe ministérielle sera de la partie.

État des lieux

Force est de constater que plusieurs ministres du gouvernement Trudeau ont atteint un âge honorable. Loin de moi l’idée de rouvrir le débat sur la retraite à 65 ou à 67 ans ou de vouloir être accusé d’âgisme, mais notons qu’il y a actuellement cinq ministres qui ont plus de 68 ans.

Lawrence A. MacAulay, ministre des Anciens Combattants, est le doyen du cabinet, à 76 ans. Carolyn Bennett, ministre de la Santé mentale et des Dépendances, et Helena Jaczek, ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, ont toutes deux 72 ans. Bill Blair, ministre de la Protection civile, et Joyce Murray, ministre des Pêches et des Océans, ont 68 ans. On se rappelle que Marc Garneau avait été écarté de son poste de ministre des Affaires étrangères, en octobre 2021, à 71 ans.

Il faut noter que, si un député a été élu en 2015 et qu’il a 55 ans ou plus, il a maintenant droit à une pleine retraite, octroyée après six ans de service. C’est le cas pour plusieurs ministres, dont la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, ainsi que les ministres responsables des différentes agences de développement économique régional, Dan Vandal, Gudie Hutchings et Filomena Tassi. Se représenter avec la possibilité de siéger dans l’opposition penche toujours dans la réflexion.

Le cabinet Trudeau actuel, composé de 29 ministres, compte donc 9 membres susceptibles de ne pas se représenter. Il est de coutume que les ministres qui ne défendront pas leur siège de député cèdent la place à l’équipe ministérielle qui sera là pour les élections. C’est selon ce raisonnement que j’avance l’hypothèse d’un remaniement ministériel en 2023.

En raison des dossiers de ces ministres, cela ne sera pas un remaniement majeur. Dans ce jeu de chaises musicales, les piliers du gouvernement, soit les Finances, les Affaires étrangères, la Défense, la Santé ou l’Industrie, resteront inchangés. Reste que le cas de Chrystia Freeland est plus compliqué. On ne sait pas si la ministre et vice-première ministre a véritablement renoncé à l’OTAN cet automne, maintenant que la porte à la succession de Justin Trudeau est fermée. Va-t-elle quitter après le dépôt du budget 2023 ?

Un nouveau ministre a besoin de temps pour apprivoiser ses nouveaux dossiers. La logique veut donc qu’un remaniement se fasse avant la reprise des travaux parlementaires ou durant une pause. Si M. Trudeau ne fait pas de changement en janvier, la prochaine occasion de le faire sera le 20 février, au début avril ou après le budget.

Dans la constitution du Conseil des ministres, la parité et la répartition géographique sont des éléments clés. Si ce n’était de ce facteur, on peut imaginer que le député libéral québécois de Louis-Hébert, Joël Lightbound, aurait été ministre depuis longtemps. Un remaniement ministériel est également l’occasion de donner une promotion à des députés méritants et d’apporter du sang neuf pour lutter contre l’image d’usure du pouvoir. Cela aide aussi à donner de la visibilité à des députés en vue de leur réélection. Et c’est également une occasion de tempérer la grogne de membres mécontents de ne pas avoir plus de responsabilités dans le caucus.

Au-delà de la nécessité de faire de la place à l’équipe électorale, l’exercice pourrait aussi permettre à M. Trudeau d’évaluer la performance de ses ministres. Actuellement, aucun ministre n’a payé le prix politique pour les déboires aux bureaux des passeports et dans nos aéroports, pour les délais en immigration ou pour la gestion chaotique de la sécurité publique. Ce serait donc une bonne occasion de brasser les cartes pour préparer la bataille électorale à venir. Si remaniement il y a, élections il y aura.

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