Sobriété énergétique ou austérité?

Le projet du ministre Fitzgibbon s’inscrit «dans une longue tradition de planification économique libérale pour faire admettre des mesures d’austérité à la population», estime l’auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le projet du ministre Fitzgibbon s’inscrit «dans une longue tradition de planification économique libérale pour faire admettre des mesures d’austérité à la population», estime l’auteur.

Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, nous apprenait récemment qu’un projet de loi serait déposé en 2023 pour « pousser le Québec vers la sobriété énergétique ». Cela impliquerait que les Québécois et les Québécoises devraient réduire leur consommation quotidienne d’énergie.

Le but de ce projet de loi serait de « décarboner le Québec et atteindre ses cibles climatiques ». Cette initiative est même présentée comme bénéfique pour l’économie québécoise. Néanmoins, ce genre de projet, peu importe sa présentation, cache toujours son objectif principal : l’austérité.

L’emballage du gouvernement

Décarbonation du Québec, cibles climatiques, bonification de l’économie. Voilà quelques éléments de l’emballage enjoliveur de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Précisons que le projet réduirait de 37,5 % les émissions de gaz à effet de serre pour 2030, et que s’ensuivraient l’installation de champs d’éoliennes dans le nord de la province et la potentielle construction de nouveaux barrages électriques.

Nous risquons de voir apparaître de plus en plus le terme « consommations superflues », consommations qu’il faudrait limiter au maximum pour se restreindre à l’essentiel

 

À première vue, nous devrions nous réjouir des prouesses présagées dans les prochaines années par le gouvernement en place, mais, en réalité, le portrait de la situation est tout autre. Depuis quelques années, ce genre d’emballage de la « sobriété énergétique » s’inscrit dans une longue tradition de planification économique libérale pour faire admettre des mesures d’austérité à la population.

Les promoteurs de la « sobriété » cherchent à entretenir le flou entourant le concept. Ils entretiennent une confusion planifiée qui cache les conséquences réelles de la sobriété que sont les mesures d’austérité. Ces mesures beaucoup moins séduisantes peuvent s’exprimer ainsi : « consommer moins, un point c’est tout ». Néanmoins, est-ce possible pour tous ?

Qui va trinquer ?

Il faut être clair sur la situation à venir : le gouvernement cherchera à faire passer sous le terme de « sobriété » une baisse de la consommation d’énergie.

Et cette formulation fera accepter une dégradation générale des conditions de vie. Cette dégradation pourra s’apercevoir sur plusieurs plans : promotion de la cohabitation (souvent précaire), réduction de la consommation de produits alimentaires sains, réductions maladives du chauffage ou de l’eau pour la douche, réduction du transport en commun en région et autres.

Nous risquons de voir apparaître de plus en plus le terme « consommations superflues », consommations qu’il faudrait limiter au maximum pour se restreindre à l’essentiel, pour faire preuve de sobriété. Dans le cas échéant, qui va juger de ce caractère superflu ? Qui écopera le plus lors de l’établissement de ces mesures d’austérité ?

Comme toujours, les plus démunis, ceux qui ne peuvent pas nécessairement se permettre de réduire leur consommation d’énergie. Ils ne peuvent pas pour des raisons de santé, économiques ou de planification quotidienne. Malheureusement, ces « détails » n’apparaîtront pas dans l’emballage sur la sobriété énergétique de la CAQ.

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