Le point sur C-21 et les armes de chasse prohibées

«On retrouve dans cette liste de vénérables carabines de chasse à verrou classiques, comme en utilisent présentement des milliers de Canadiens», précise l’auteur.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «On retrouve dans cette liste de vénérables carabines de chasse à verrou classiques, comme en utilisent présentement des milliers de Canadiens», précise l’auteur.

Le débat sur le projet de loi C-21, relancé bien involontairement par le gardien de but Carey Price, met en évidence deux phénomènes intéressants : le peu de sérieux et l’incohérence de la préparation d’amendements au Code criminel, rien de moins ; et la couverture de presse souvent partiale, incomplète et souvent peu rigoureuse de plusieurs médias.

Le gouvernement fédéral et le premier ministre Trudeau lui-même ont affirmé avec véhémence que leur projet de loi ne visait pas l’activité de chasse, et encore moins, quoiqu’indirectement, les chasseurs-électeurs.

Pourtant, très peu de médias ont d’abord vérifié les faits par une lecture attentive du projet de loi C-21 dans lequel on retrouve effectivement des dizaines d’armes de chasse conventionnelles, dont certaines parmi les plus sécuritaires et les moins intéressantes pour quiconque veut les utiliser à des fins illégitimes.

Extrêmement pertinent

Mais il faut reconnaître d’entrée de jeu que C-21 est extrêmement pertinent, car plus de 98 % des armes qu’il interdit sont des versions militaires, paramilitaires, de forces policières ou de groupes d’intervention armée. En somme, des armes faites pour tuer des humains, qui n’ont pas leur place à la chasse, ni même sur les champs de tir, où on devrait, en principe, retrouver des adeptes du tir de précision, et non, comme ces armes le font, des tireurs à la mitraille.

Mais un simple chasseur aura de la difficulté à admettre que des dizaines d’armes de chasse à la sauvagine comme les modèles Benelli Beccaccia Supreme, Bimilionnaire, Centro, Colombo ou Legacy Limited Edition ont pu se retrouver dans la telle liste des armes à prohiber, pourtant élaborée par des experts… Et ce ne sont là que quelques exemples.

D’ailleurs, c’est à se demander si un des auteurs de ces amendements proposés au Code criminel avait des motifs de s’en prendre à l’armurier Benelli, la société dont les armes de chasse sont les plus systématiquement ciblées par C-21. En effet, plusieurs armes équivalentes des concurrents de Benelli, comme Beretta ou Franqui, pour ne prendre que deux exemples du même pays, ne sont pas visées alors qu’elles ont les mêmes caractéristiques. Question intéressante à élucider par les parlementaires.

Dans la liste

De plus, on retrouve dans cette liste de vénérables carabines de chasse à verrou classiques, comme en utilisent présentement des milliers de Canadiens. Un bel exemple : la Weatherby Classic Mark 1 ou le Montana Rifle 1999 DGR. On y retrouve aussi des modèles à deux canons, comme la Parker Brothers CHE, le magnifique Purdey Double Barrel Rifle et le Famars Africa Express.

De telles armes à deux canons, fusils ou carabine comme le Zanardini Bristol 409 Express, sont à la fois les moins rapides en cadence pour un tireur fou, parce qu’elles ne contiennent que deux cartouches, mais elles sont parmi les plus efficaces pour la chasse aux plus gros gibiers, dont les prédateurs les plus dangereux.

Ce sont par contre les armes les plus fiables en situation de chasse critique en raison de la sécurité de leur maniement et de leur puissance. Que font-elles dans cette liste qui n’est pas censée viser l’activité de chasse ?

Enfin, il est intéressant de noter que dans ce débat, beaucoup de journalistes et d’émissions, voire de grands bulletins d’information se sont contentés de mettre en évidence les déclarations des groupes anti-armes et du premier ministre qui prétend ne pas vouloir s’en prendre à la chasse alors que son projet de loi tente effectivement de bannir des armes de chasse classiques.

Mais alors qu’on dit qu’il y a de l’autre côté un puissant lobby pro-armes, on en voit rarement des porte-parole éloquents, hormis quelques armuriers ou vendeurs dont le métier, à l’évidence, n’est pas de défendre un tel enjeu sur la place publique…

L’opposition à C-21 a aussi été souvent réduite dans ce domaine aux prises de position du chef conservateur, Pierre Poilievre, en qui beaucoup d’adversaires de C-21 dans sa forme actuelle ne se reconnaissent pas, même si plusieurs journalistes tendent à le présenter comme le porte-parole des opposants.

Véhéments ou mielleux

J’ai aussi vu des émissions où les animateurs et animatrices s’en prenaient avec véhémence à ceux qui défendent le point de vue des chasseurs alors qu’ils devenaient soudainement mielleux devant les porte-parole anti-armes. D’un point de vue professionnel…

Et surtout, pas de vérification des faits, comme confronter le discours gouvernemental en évaluant la présence et l’importance du nombre d’armes de chasse effectivement ciblées par C-21 dans un processus d’amendement à une loi aussi importante que le Code criminel, un exercice visiblement bâclé à certains égards.

À voir en vidéo