Fin de la récréation parlementaire

Le gouvernement et les partis d’opposition se sont livrés à un triste spectacle depuis l’élection du 3 octobre.
Getty Images Le gouvernement et les partis d’opposition se sont livrés à un triste spectacle depuis l’élection du 3 octobre.

L’auteur est un ancien stratège conservateur. Il a été conseiller politique dans le gouvernement Harper ainsi que dans l’opposition.

La nouvelle session parlementaire débutera mardi. Et ce n’est pas trop tôt. Il y a des problèmes à régler et des questions dont il faut débattre au Québec. Au lieu de s’y atteler, le gouvernement et les partis d’opposition se sont livrés à un triste spectacle depuis l’élection.

Lors des élections fédérales de 1993, la première ministre, Kim Campbell, avait dit que les choses sérieuses ne se discutaient pas pendant les élections. Avec un peu de recul, que retient-on de l’exercice électoral au Québec ? Pas grand-chose.

Le gouvernement Legault a été réélu avec une majorité écrasante, mais il n’y a pas eu de débat d’idées, ou très peu. François Legault a été plébiscité pour la confiance qu’il a su inspirer à un certain segment de l’électorat durant la pandémie. Il a demandé un mandat pour « continuer », mais continuer quoi exactement, je n’en suis pas certain.

À part un chèque pour lutter contre l’inflation, qui est à la fois électoraliste et inflationniste, son parti n’avait pas de mesure économique phare. La Coalition avenir Québec (CAQ) a réussi l’exploit, pour la deuxième fois, de se faire élire sans avoir de plan environnemental, sauf de potentiels barrages hydroélectriques, si Sophie Brochu, la p.-d.g. d’Hydro-Québec, le permet.

On a beaucoup (trop) entendu parler du troisième lien à Québec, sans pour autant avoir une meilleure idée du projet. C’est tout un prodige politique de la part de la CAQ que d’avoir réussi à vendre cet éléphant blanc pour une deuxième campagne électorale de suite.

Personne au Québec ne peut ignorer la pénurie de main-d’oeuvre. Cela se ressent partout. Les manufacturiers exportateurs du Québec avancent le chiffre de sept milliards de dollars de revenus perdus à cause du manque de travailleurs, mais cela ne fait pas beaucoup réagir. Avec cette somme, on pourrait construire un nouveau CHUM par année, voire deux.

On a parlé d’immigration durant la campagne, mais pas sur les bonnes assises. Le gouvernement Legault n’a pas payé le coût politique de ses déclarations inacceptables. Ou si peu, car la CAQ n’a pas réussi à faire de percée sur l’île de Montréal. Avec 90 députés, c’est un mal pour un bien : la gestion du caucus est déjà ardue, avec la quasi-totalité des élus qui sont adjoints parlementaires.

Le privé en santé a été évoqué durant l’élection, mais sans trop de conviction ni de mesures concrètes. Les urgences débordent encore et toujours, et la cellule de crise du ministre Christian Dubé peine à montrer des résultats. Le gouvernement fait face aux questions des médias, mais on voit très peu les partis d’opposition faire leur travail.

Les Québécois ont réélu un gouvernement, mais ils ont aussi voté pour une opposition, et c’est exactement là que le bât blesse. Où sont les trois partis d’opposition depuis le 3 octobre ? Ce n’est pas comme si les sujets manquaient pour demander au gouvernement de rendre des comptes et d’agir.

Une campagne électorale est épuisante. Mais force est de constater que Gabriel Nadeau-Dubois est absent depuis l’élection. QS est la deuxième opposition avec 11 députés, ou la première opposition selon le nombre de votes, mais il reste sous le radar. Le parti a la responsabilité de former une opposition forte et crédible, et il est grand temps que ses députés se mettent au travail. D’un point de vue stratégique, QS aurait dû profiter de la saga du départ de Dominique Anglade pour se démarquer, mais il ne l’a pas fait.

Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) ont braqué les projecteurs sur le serment au roi, comme si c’était la solution à tous nos problèmes. Je doute que l’octroi de places en garderie dépende de notre allégeance à la couronne britannique. Durant ces heures perdues à consulter des constitutionnalistes, le PQ n’a pas demandé aux ministres combien de places en garderie ont été créées ou combien de permis de construire ont été octroyés.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) s’est déchiré à l’interne et a fait de la petite partisanerie sur la négociation des budgets et le nombre de questions. Le chef intérimaire, Marc Tanguay, a échoué à faire revenir Marie-Claude Nichols et a appris qu’il vaut mieux avoir tous les faits avant de se prononcer sur un possible scandale d’octroi de fonds. On peut s’attendre à ce que les libéraux soient distraits par leur course au leadership. Pour les prochains mois, leur regard sera focalisé sur leur nombril plutôt que sur les Québécois, pendant que le gouvernement, lui, « continuera ».

Très peu discuté durant la campagne, l’environnement aurait pu être remis à l’avant-scène avec la réunion de la COP27, en Égypte, à laquelle le gouvernement du Québec a assisté. Les partis d’opposition lui ont-ils demandé des comptes ? Si peu, et les ministres Pierre Fitzgibbon et Benoit Charette n’ont donc pas trop été inquiétés, y compris par les médias.

Ce ne sont pas les sujets qui manquent sur le front fédéral-provincial. La réunion des ministres de la Santé sur l’augmentation de la part du fédéral dans le financement s’est terminée sans résultat. Et sans trop de réactions des partis d’opposition. Je ne suis pas souverainiste, mais j’aurais vu là l’occasion pour le PQ de raviver la flamme devant le mépris manifesté par le gouvernement Trudeau, qui s’est présenté à une réunion sur le financement sans proposition chiffrée. Le Bloc a fait le travail à sa place.

Une petite visite des sites Internet des partis d’opposition montre que le PQ a diffusé huit communications, dont trois lettres aux chefs des autres partis sur le serment au roi. QS a fait un peu mieux, avec onze communications depuis l’élection, dont une sur la situation en Iran, une sur la pénurie de médicaments pour enfants, une sur les urgences, deux sur la COP27, une sur le serment au roi et une autre sur le profilage racial. J’exempte le PLQ de l’exercice pour cause de changement de chef.

Éric Duhaime a aussi échoué à utiliser le mode de scrutin pour démontrer que la démocratie perdait au change en n’ayant pas de voix conservatrice au Parlement. Il a perdu du temps à se plaindre des lieux pour tenir des points de presse plutôt que d’aborder le contenu tu par les autres partis. La sympathie envers lui a disparu, comme sa carte d’accès au parlement.

Il était grand temps que l’Assemblée nationale siège à nouveau et que les partis d’opposition focalisent leur attention sur les Québécois. Mon conseil aux députés : ne partez pas six semaines en vacances ; votre travail recommence le 4 janvier, comme pour tous les Québécois, et non pas à la reprise des travaux parlementaires, à la fin janvier.

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