La transition juste, cruciale pour nos travailleurs

«Les employés de tous les secteurs d’activité devront adopter de nouveaux comportements et accepter de s’améliorer pour le mieux», écrit l’auteur.
Andrew Vaughan La Presse canadienne «Les employés de tous les secteurs d’activité devront adopter de nouveaux comportements et accepter de s’améliorer pour le mieux», écrit l’auteur.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a déclaré que la communauté internationale était face à un choix existentiel : coopérer ou périr en ouverture de la 27e Conférence des parties (COP27). En vertu de l’Accord de Paris et des rapports du GIEC, il faut limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5 °C d’ici la fin du siècle et viser la carboneutralité d’ici 2050. Cet objectif implique donc la décarbonation de tous les secteurs économiques, et pas seulement celui des énergies fossiles. Oui, le Canada devra tôt ou tard écouter la science et mettre un terme à son secteur pétrolier et gazier. Le Québec, quant à lui, est nettement mieux positionné pour accélérer dès maintenant la décarbonation de son économie.

Or, la décarbonation ne doit surtout pas se réaliser au détriment de l’emploi. Certes, les travailleurs et travailleuses des industries à forte émission en carbone seront plus affectés par cette transformation, mais il n’en demeure pas moins que les employés de tous les secteurs d’activité devront adopter de nouveaux comportements et accepter de s’améliorer pour le mieux.

C’est alors qu’intervient le concept de transition juste, qui prend ici tout son sens. Il s’agit fondamentalement de ne laisser personne derrière en assurant un passage vers une économie verte aussi inclusive et équitable que possible, et ce, en offrant des emplois décents et de qualité. Elle offre la possibilité de procéder à une élimination ordonnée et complète des énergies fossiles qui ne laisse pas les travailleurs et travailleuses au pied du mur sans emploi et sans protection sociale, au contraire.

La transition juste suggère d’abord et avant tout une approche tripartite, c’est-à-dire de réunir autour d’une même table le gouvernement, les syndicats et les employeurs. Par ce dialogue, des politiques publiques équitables, socialement acceptables et inclusives permettront de répondre adéquatement à l’impératif climatique. De plus, cette approche pourrait se décliner par secteur économique et par région afin de pouvoir déployer les politiques les plus robustes qui soient pour le bien-être de la main-d’oeuvre et des communautés.

Ne nous faisons pas d’illusions, l’implication de ces trois groupes est essentielle dans le succès de la transition juste et de l’adhésion du plus grand nombre de personnes possible. C’est ainsi que peut émerger un puissant consensus pour l’action climatique.

Actuellement, l’impact sur la main-d’oeuvre des mesures énoncées dans le Plan pour une économie verte 2030 (PEV), dévoilé en 2020, est complètement évacué et encore moins documenté. Une façon d’y remédier est justement de favoriser cette approche tripartite, en plus de renforcer la protection sociale de la main-d’oeuvre, de même que le droit à l’emploi et le droit du travail.

Au Québec, même si notre économie est propulsée en bonne partie par de l’énergie renouvelable et que nous avons officiellement mis fin à l’exploration pétrolière et gazière, des milliers de personnes seront touchées de près ou de loin par la transition. On peut penser aux secteurs de l’agriculture, de la forêt, du raffinage, de la construction, de l’industrie et des mines. C’est sans parler de la présence d’entreprises très polluantes comme la fonderie Horne, la cimenterie McInnis, Rio Tinto, Kruger et Lafarge.

Bref, la transition juste est incontournable pour soutenir notre capital humain par des mesures de requalification et de perfectionnement de la main-d’oeuvre, de diversification économique, de soutien à la transition et de compensation des pertes et revenus. Il s’agit de prendre soin de nos gens dans une période charnière pour l’avenir du Québec. Osons.

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