Vivre sur la Lune?

L’ambition déclarée de la mission Artemis 1 est d’installer une base permanente sur la Lune et d’y faire vivre des astronautes pendant de longues périodes, explique l'auteur.
Photo: ESA L’ambition déclarée de la mission Artemis 1 est d’installer une base permanente sur la Lune et d’y faire vivre des astronautes pendant de longues périodes, explique l'auteur.

L’auteur est astronome, communicateur scientifique et professeur de didactique des sciences à l’UQAM.

Le lancement de la capsule spatiale Orion vers la Lune, le 16 novembre dernier, dans le cadre de la mission Artemis 1, marque le retour de la NASA dans la course à la Lune, dans laquelle est également engagée l’agence spatiale chinoise. L’objectif ultime de cette vaste entreprise n’est plus, comme à l’époque des missions Apollo, de faire un court séjour sur notre satellite. L’ambition déclarée est bel et bien d’installer une base permanente sur la Lune et d’y faire vivre des astronautes pendant de longues périodes, une forme de répétition générale en vue d’un éventuel voyage vers la planète Mars. Ce qui soulève une question importante : est-il possible de vivre sur la Lune ?

Rappelons qu’en l’absence d’atmosphère, les nouveaux habitants de la Lune devront constamment vivre dans une bulle étanche, qu’il s’agisse de leur combinaison spatiale ou de la base elle-même. Ils devront se prémunir contre les écarts de température lunaire, qui oscille entre 130 degrés Celsius le jour et -170 degrés Celsius la nuit. Il leur faudra également un approvisionnement constant en oxygène, en eau et en nourriture, sans compter l’énergie nécessaire pour faire fonctionner divers systèmes. Heureusement, plusieurs solutions s’offrent à eux.

Par exemple, on est à peu près convaincus qu’il y a de l’eau, sous forme de glace, sous la surface lunaire, en particulier près des pôles. Si l’on est en mesure d’y accéder, cette eau pourrait étancher la soif des astronautes et, en séparant l’oxygène de l’hydrogène par électrolyse, leur fournir tout l’oxygène dont ils ont besoin. Avec de l’eau, on peut également faire pousser des plantes par hydroponie, ce qui règle aussi en partie la question de la nourriture. Et bien sûr, la Terre n’est jamais bien loin si un ravitaillement est nécessaire…

L’électrolyse de l’eau demande de l’énergie électrique, ce qui ne fera pas défaut pendant la moitié d’une journée lunaire, grâce aux panneaux solaires que l’on ne manquera pas d’installer à proximité de la base. Mais que faire durant la longue nuit lunaire, qui dure 14 jours ? C’est là que l’hydrogène produit lors de l’électrolyse de l’eau devient utile, si on arrive à le stocker et à s’en servir dans des piles à hydrogène. Sinon, une minicentrale nucléaire serait une autre solution, mais il faudrait d’abord l’installer à bord d’une fusée et la faire décoller de la Terre, avec tous les risques que cela comporte.

Lors de leurs courts voyages vers la Lune, les astronautes des missions Apollo ont été relativement peu exposés aux radiations mortelles dont nous sommes protégés, ici sur Terre, par l’atmosphère et le champ magnétique terrestres. La Lune ne possédant ni l’un, ni l’autre, sa surface est constamment bombardée par des rayons UV, X et gamma, sans compter les rayons cosmiques, des particules chargées se déplaçant à très grande vitesse. Toutes ces formes de radiation ont le pouvoir d’endommager les tissus vivants et de provoquer des cancers, sans parler des dommages qu’ils peuvent infliger aux surfaces et aux équipements exposés sur la Lune.

Les protons, des particules chargées que l’on retrouve au coeur des atomes et qui sont abondants au sein des rayons cosmiques, sont les plus préoccupants, car ils peuvent endommager les cellules, briser les brins d’ADN et, à des niveaux d’exposition élevés, tuer les cellules et causer des dommages irréparables aux organes. Une bonne façon d’en protéger les astronautes sera d’enfouir la base sous une épaisse couche de sol lunaire, à défaut de transporter sur la Lune de lourdes plaques de métal pour agir comme boucliers antiradiations. Cette enveloppe de sol lunaire protégera également les astronautes des micrométéorites qui bombardent constamment la surface lunaire.

Un mot enfin sur le sol lunaire lui-même, le régolithe, qui recouvre la surface sur plusieurs centimètres d’épaisseur. Il s’agit d’une fine poudre de dioxyde de silicium, semblable à de la farine, mais avec un important pouvoir d’abrasion et une forte attraction statique. Les astronautes des missions Apollo ont rapporté en avoir vu collé partout sur les équipements et leur combinaison, et ont dit être incapables de s’en débarrasser une fois qu’elle s’était infiltrée à bord de leur vaisseau. Bien que la toxicité de la poussière lunaire ne soit pas encore clairement établie, les astronautes des missions Apollo se sont souvent plaints d’irritation des yeux, du nez et des poumons.

Quiconque a déjà passé une journée ensoleillée sur une plage sait que le sable fin a la fâcheuse habitude de s’infiltrer absolument partout. On n’ose imaginer de quoi aura l’air l’intérieur d’une base lunaire après quelques mois d’utilisation continue !

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