Pour un NPD qui assume pleinement sa vocation sociale-démocrate

« Jagmeet Singh revendique le droit de chaque Canadien, sans égard à son origine ethnique ou à sa classe sociale, à s’engager pour son pays », écrit l’auteur.
Adrian Wyld La Presse canadienne « Jagmeet Singh revendique le droit de chaque Canadien, sans égard à son origine ethnique ou à sa classe sociale, à s’engager pour son pays », écrit l’auteur.

En Italie, j’ai une longue expérience de militance de gauche. Mon père y fut un député régional et ma tante, officière partisane de la résistance antifasciste. Elle fut torturée par les milices de Mussolini.

Les 19 et 20 novembre derniers, j’ai participé au congrès provincial du NPD qui s’est tenu à Montréal. Le leader du parti, Jagmeet Singh, a également pris la parole. Il a rappelé les acquis sociaux obtenus au Parlement et arrachés au Parti libéral du Canada. Il a également réaffirmé que le NPD a un rôle à jouer dans un avenir proche afin de guider le pays vers une grande saison de réformes sociales et économiques.

Aucun Canadien, de quelque génération que ce soit, n’a vu le NPD au pouvoir sur la scène fédérale et, somme toute, assez peu l’ont vu en action sur la scène provinciale. J’espère ne pas avoir émigré au Canada, où j’ai bâti une famille, pour n’être jamais gouverné et représenté par un gouvernement fédéral de gauche.

Le fait que le NPD n’a jamais dirigé le pays est en soi une anomalie dans le monde démocratique. Au Canada, l’alternance se fait entre le Parti conservateur et le Parti libéral. Même au provincial, le NPD, quand il est dans la course, est souvent relégué au statut de troisième parti, sinon à un statut encore plus marginal.

Cette anomalie ne s’explique que partiellement par la nature du système électoral canadien, purement majoritaire et uninominal, qui conduit plusieurs électeurs progressistes à opter pour ce qu’on appelle le vote utile. Comprendre, ici, voter pour un libéral plutôt que donner la victoire à un conservateur. Au Royaume-Uni aussi il y a un système uninominal et majoritaire, mais l’alternance se fait plutôt entre les conservateurs et les travaillistes.

Une autre raison probable de ce déséquilibre se trouve sans doute inscrite dans la tradition politique nord-américaine, le Canada ayant inévitablement subi une certaine influence des États-Unis, pays où les valeurs et les partis socialistes ont été victimes de nombreux préjugés et persécutions (il suffit de penser au maccarthysme).

 

Un autre élément à prendre en considération se trouve dans le fait qu’une partie des électeurs québécois souverainistes de gauche ne votent pas pour le NPD aux élections fédérales, mais pour le Bloc, parce que le NPD n’est pas souverainiste.

Je crois que QS et le NPD devraient, d’une certaine manière, s’allier. Le NPD devrait présenter dans ses rangs quelques personnalités souverainistes proches de QS pour siéger au parlement fédéral. Ces dernières pourraient se présenter en tant que candidats indépendants. Ils devraient partager la ligne du parti, tout en gardant une liberté d’opinion totale sur la question de l’indépendance et celle de l’organisation d’un éventuel référendum.

Jagmeet Singh est bien conscient du fait que de nombreux Québécois sont méfiants à son égard parce qu’il est anglophone et porte un signe religieux. Je suis pour la laïcité de l’État. Mais je crains le gouvernement Legault et sa vision trompeuse de la laïcité. En fait, un chrétien peut porter des signes religieux non visibles, comme une croix attachée à une chaîne, cachée sous sa chemise.

En revanche, les signes religieux des juifs, musulmans et sikhs sont inévitablement visibles. Il faut faire attention à ne pas utiliser la laïcité comme une arme contre les autres religions. Jagmeet Singh revendique le droit de chaque Canadien, sans égard à son origine ethnique ou à sa classe sociale, à s’engager pour son pays. Son élection à la direction du parti est un signe d’un pays civilisé.

Pourtant, son soutien sincère et déterminé à la communauté LGBTQ+, au droit au divorce, ainsi qu’à l’avortement, ne semble pas convaincre pleinement de nombreux électeurs potentiellement progressistes. Une chose est sûre. Cette anomalie explique pourquoi l’état social au Canada est plus faible que dans d’autres pays occidentaux.

Qu’est-ce que devrait faire le NPD, alors ?

1. Il ne devrait pas cacher sa vocation sociale-démocrate comme il le fait. Au contraire, il devrait se déclarer ouvertement comme un parti social écologiste. Imaginons un instant ajouter au sigle du NPD le sigle suivant : SE, c’est-à-dire social écologiste. Nous sommes tous préoccupés par les changements climatiques et par le coût de la vie. Ce serait fédérateur.

2. Le NPD doit devenir le parti de groupes sociaux et culturels variés, voire éloignés les uns des autres, mais qui en réalité partagent un point commun : la perte ou la menace d’un droit fondamental. Les familles ont du mal à trouver une place dans un CPE, les femmes sont sous-payées, les personnes âgées sont abandonnées dans des structures vétustes et négligentes, le coût d’une maison et d’un loyer est de plus en plus prohibitif, la paix dans le monde est mise sérieusement en danger.

Le NPD doit être le parti des travailleurs, des femmes, des étudiants, des artistes, des enseignants, des scientifiques, des ONG, des Autochtones, de la diversité culturelle et de la « paix dans le monde ».

3. Pendant les travaux du congrès du NPD, j’ai pu discuter avec une femme membre de l’association de Laval. Elle se posait la question suivante : « Notre parti aurait besoin d’un hymne, d’une chanson. » C’est une chose à laquelle je pense depuis un moment. Ainsi, je lui ai récité People Have the Power de la poétesse du rock et progressiste Patti Smith.

La chanson possède un rythme agréable et une mélodie facile. Les paroles et le message sont plus que pertinents, justes et toujours d’actualité, peut-être maintenant plus que jamais (la chanson a été composée en 1988). Ce titre pourrait également devenir le slogan du parti. Je peux très bien l’imaginer chantée lors d’un défilé ou d’un congrès. Avec son accord, bien entendu.

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