Combien de temps encore allez-vous ignorer le #MeTooScolaire?

«Ce qu’on tend à oublier, c’est qu’il faut souvent plusieurs années, mais surtout plusieurs victimes, avant qu’une telle histoire ne se rende aux médias», déplorent les autrices.
Photo: Matty Symons Getty Images «Ce qu’on tend à oublier, c’est qu’il faut souvent plusieurs années, mais surtout plusieurs victimes, avant qu’une telle histoire ne se rende aux médias», déplorent les autrices.

Encore une fois, un nouveau scandale a éclaté dans les médias : un entraîneur de basketball aurait profité de sa position d’autorité afin de « groomer » (en français, on parle parfois de « pédopiégeage ») des joueuses, de les harceler et de les agresser. L’année dernière, la même histoire était arrivée, alors qu’on apprenait que trois coachs de l’école secondaire Saint-Laurent auraient « groomé » et agressé sexuellement des joueuses.

Comme d’habitude, le réflexe du gouvernement aura été de demander, vendredi dernier, une enquête administrative qui arrivera probablement à la même conclusion que celle qui s’est penchée sur les abus à l’école secondaire Saint-Laurent : aucun mécanisme adéquat n’existe pour protéger les jeunes. Le problème avec ce type d’enquête est qu’il individualise le problème, qu’il traite ces abus comme des exceptions, alors que le problème est systémique, car présent dans la plupart des écoles.

Des solutions ont déjà été proposées, mais elles ne sont pas mises en application. Il faut se demander quelles sont les motivations derrière un tel immobilisme. Ce qu’on tend à oublier, c’est qu’il faut souvent plusieurs années, mais surtout plusieurs victimes, avant qu’une telle histoire ne se rende aux médias. Avant que ces histoires soient connues du grand public — lorsqu’elles le sont —, ce sont les jeunes qui écopent et qui paient le prix de l’inaction des institutions. Est-ce qu’il faut se rendre à tout prix à J.E. pour être entendues et protégées ?

Demander à de jeunes victimes d’être « courageuses » en portant plainte par le biais d’un formulaire en ligne (dénué de chaleur humaine et qui contient plusieurs étapes superflues), tels que « Je porte plainte », ou encore les diriger vers le « protecteur de l’élève » démontre clairement l’amateurisme du gouvernement en ces matières. Ce sont là des mécanismes inadaptés aux situations de violences sexuelles.

L’absence de loi spécialisée, de protocoles et de filets de sécurité clairs, accessibles et adaptés aux réalités des jeunes ainsi que notre incapacité collective à les protéger efficacement contre les représailles et la revictimisation trahissent un échec flagrant de notre société en cette matière.

« En ce moment, nous sommes bombardées de messages nous incitant à dénoncer, comme si c’était facile [à faire], sans tenir compte de comment, nous, on se sent ou de ce dont on a besoin. On ne se sent pas à l’aise de dénoncer, on ne se sent pas en sécurité. Les rares fois qu’on essaie, c’est banalisé ou minimisé. »

Plus de transparence

Combien y a-t-il de personnes en autorité qui, délibérément, ferment les yeux sur les violences sexuelles afin de protéger la réputation de leur établissement ?

Dans le cas de Danny Vincent, un entraîneur de basketball sous le coup d’allégations de harcèlement et de violence physique et verbale (qu’il réfute en bloc), nous apprenions plus tôt que le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) avait reçu en 2007 au moins une plainte à son sujet sans prendre acte de ces informations.

Seules, les politiques internes contre l’intimidation ne permettent pas un encadrement adéquat des violences sexuelles puisque leur mise en application n’est pas obligatoire. Même lorsqu’elles sont appliquées, elles le sont à géométrie variable. Depuis cinq ans déjà, le collectif La voix des jeunes compte demande la création d’une loi-cadre visant à prévenir et à lutter contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires du Québec pour offrir les mêmes protections que celles accordées aux étudiants des cégeps et des universités.

La situation aurait pu être prévenue si les établissements d’enseignement primaire, secondaire, collégial et universitaire transféraient les dossiers de leurs employés lorsque ceux-ci changent d’employeur, dossiers qui incluraient les signalements de comportements sexuels inappropriés. Cette demande avait d’ailleurs été faite en 2020 lors de la modification de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

Cette revendication n’est pas anodine ; il est bien connu que les agresseurs dans le réseau scolaire ont tendance à changer d’établissement une fois que leurs comportements sont connus, car une fois qu’ils sont dans un autre établissement, le compteur repart à zéro.

Mettre fin à l’impunité

En d’autres mots, l’état actuel du droit permet à des agresseurs qui travaillent dans le réseau scolaire de potentiellement continuer à faire des victimes, et ce, pendant plusieurs années. Idem pour les athlètes et les étudiants qui, eux aussi, peuvent sévir dans plusieurs établissements en toute impunité, que ce soit parce qu’on les a transférés dans une autre école sans aucune forme d’encadrement ou simplement parce qu’ils ont terminé leurs études.

Quand allons-nous prendre le temps d’écouter les personnes principalement concernées par cette question, celles qu’on a continué d’abandonner à maintes reprises ? Grâce à l’inaction politique, d’autres abuseurs peuvent sévir en toute impunité dans nos établissements.

Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, quand allez-vous nous sortir de cette impasse ? Monsieur le Ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, allez-vous fermer les yeux comme votre collègue Jean-François Roberge l’a fait lors de son dernier mandat ? Madame la Ministre responsable du Sport, du Loisir et du Plein Air, Isabelle Charest, allez-vous continuer de nier que la loi qu’on revendique depuis déjà cinq ans est fondamentale ?

Monsieur le Premier Ministre François Legault, quand allez-vous accepter de nous rencontrer ? Il est temps que votre gouvernement cesse d’errer. La vie des élèves en dépend. En attendant, nos pensées sont tournées vers tous les jeunes qui auraient dû être entendus et protégés, qu’ils soient visibles dans l’espace public ou non. #OnVousCroit.

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