Esprit de Bernard Landry, reviens!

L’industrie du jeu vidéo au Québec, dont Bernard Landry a favorisé les premiers pas, en 1996, a permis un fantastique développement de l’intelligence artificielle, avance l'auteur.
Photo: iStockphoto L’industrie du jeu vidéo au Québec, dont Bernard Landry a favorisé les premiers pas, en 1996, a permis un fantastique développement de l’intelligence artificielle, avance l'auteur.

Bernard Landry faisait le pari d’un Québec inventif, intelligent, créateur, innovateur… et souverain. Il a toujours encouragé et suscité le développement de l’imaginaire québécois, qu’il désirait pousser vers les nouvelles frontières humaines que sont en train d’établir l’intelligence artificielle et l’univers du métavers. Oui, dès 1982, au lancement de son « virage technologique », puis comme ministre des Finances, de l’Économie, de la Science et de la Technologie, de 1996 à 2001, il avait vu aussi loin. En tant qu’humaniste, l’ancien premier ministre avait saisi, dès sa prime jeunesse, que l’être humain était loin d’avoir atteint son potentiel de développement intelligent.

Sa vision de l’avenir pour le Québec misait sur le progrès technologique comme base permanente de son développement économique, social et culturel. Or, ce progrès ne pouvait se réaliser qu’en misant sur la recherche et le développement, sur l’éducation et sur l’inventivité québécoise.

Ces atouts en mains, il revenait à l’État québécois, seul lieu équitable de distribution de la richesse, de soutenir l’entreprise privée dans la commercialisation de ses créations intellectuelles. L’industrie du jeu vidéo au Québec, dont Bernard Landry a favorisé les premiers pas, en 1996, a permis un fantastique développement de l’intelligence artificielle, dont le métavers est un effet incroyable.

Ce 19 novembre, le Cercle des ami(e)s de Bernard Landry profitera de la quatrième édition de sa Journée Bernard-Landry pour faire l’état des lieux en la matière. Le Québec occupe une position de tête dans cet univers. Mais tout comme pour Bernard Landry à l’époque, il lui faudra créer ou recréer une alliance nationale pour vraiment réussir son pari.

Notre monde a beaucoup changé dans les dix à vingt dernières années. Le simple citoyen le sait, lui qui doit batailler pour se créer un avenir confortable pour lui et les siens. Bien au fait de cela, de nombreux chercheurs québécois qui oeuvrent dans une multitude de domaines cherchent des solutions au monde du travail afin qu’il enrichisse les individus, mais en cessant de massacrer la planète.

Les professeurs et enseignants, eux aussi, constatent que la montée des technologies de l’information a changé la nature même de leur enseignement. Les élèves et les étudiants, ouverts à l’information universelle et aux sources fiables — mais aussi non fiables —, sont au coeur des changements en cours. La liste des « lanceurs d’alerte » en la matière ne cesse de s’allonger. Celles et ceux qui semblent avoir le moins pris conscience de cette mutation profonde sont les hommes et femmes politiques et les patrons d’entreprises ! Pas tous, certes, mais encore un trop grand nombre d’entre eux.

Dès 1976, alors jeune ministre d’État au Développement économique dans un gouvernement ouvertement souverainiste, Bernard Landry cadrait le paysage d’une façon que ceux qui regardaient le doigt au lieu d’admirer la lune trouvaient simpliste : avant de distribuer la richesse, il faut la créer ! Lors de sa première apparition devant un Conseil du patronat plus qu’hostile, il avait reproché à ces capitalistes actifs leur frilosité et leur conservatisme. Sa philosophie, axée sur l’interventionnisme de l’État, gardien du peuple tout entier, naissait.

Il s’est d’abord tourné vers les PME, car leurs dirigeants avaient le courage d’oser. Puis, petit à petit, certaines grandes entreprises s’y sont mises elles aussi. Par la force des choses, le multilatéralisme augmentant, sont nés chez nous bien des secteurs porteurs : de la biotechnologie à l’aéronautique, de l’exploitation de la biomasse à une pétrochimie fine, de l’informatique à la robotique ou à la domotique. Revenu au pouvoir en 1994, Bernard Landry est allé plus haut et plus loin encore. Lui, l’homme de culture, avait très vite compris que la naissance du secteur industriel des jeux vidéo allait révolutionner la connaissance et mener à l’Intelligence artificielle.

Aujourd’hui, alors que l’inventivité québécoise ne fait toujours pas défaut, quels patrons comprennent vraiment ce que l’intelligence artificielle représente comme avancée, à la fois pour l’être humain et pour le producteur de richesses ? Moins de tâches répétitives, moins d’accidents du travail, de meilleurs salaires, une conciliation travail-famille réelle, etc. Quant à l’univers du métavers qui en est né, et dans lequel de jeunes pousses québécoises sont performantes et concurrentielles, il est déjà en train de s’imposer.

L’IA, à cause de son impact positif sur la productivité, est aussi cet outil qui permettrait de faire face à la pénurie de main-d’oeuvre, sans ouvrir inconsidérément les vannes d’une immigration multiculturelle à la façon du fédéral. Et comme pour toute avancée technologique, celle-ci doit absolument, dès ses origines, être encadrée éthiquement afin d’éviter tout dérapage regrettable.

Mais où sont ces entrepreneurs québécois capables de relever ces défis ? Qui sera ce ministre qui aura, par exemple, l’audace de dire que notre système de santé sera l’un des meilleurs au monde, dans le respect des patients et du personnel soignant, avec l’introduction de l’intelligence artificielle dans l’organisation du travail ? Quelle sera cette centrale syndicale qui aura le courage de dire à ses adhérents que leur propre bien-être en serait élargi dans les secteurs de développement social, culturel, environnemental et économique avec l’IA ? Esprit de Bernard Landry, es-tu là ?

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