La lourde responsabilité du chef intérimaire

«Pour le bien du PLQ, le député de LaFontaine devrait décider rapidement s’il sera candidat ou non au leadership», écrit l’auteur.
Jacques Boissinot La Presse canadienne «Pour le bien du PLQ, le député de LaFontaine devrait décider rapidement s’il sera candidat ou non au leadership», écrit l’auteur.

Le député de LaFontaine, Marc Tanguay, a été choisi par ses pairs pour diriger le Parti libéral du Québec (PLQ) jusqu’à l’élection d’un nouveau chef permanent. M. Tanguay, un député d’expérience, hérite d’une très lourde responsabilité. Principalement, il doit s’assurer que, malgré les divisions que créera inévitablement la course à la direction, le PLQ reste uni et concentre ses énergies sur son rôle d’opposition officielle au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Si les libéraux ne s’acquittent pas bien de cette tâche, un autre parti comblera le vide, ce qui serait mortel pour le PLQ.

De plus, M. Tanguay doit faire en sorte que la « marque libérale », déjà amochée, ne soit pas davantage entachée par des luttes intestines. Enfin, M. Tanguay et son équipe doivent agir de sorte que le PLQ redevienne, dans l’esprit des Québécois, un parti digne de gouverner le Québec, LA solution de rechange au gouvernement Legault.

Pour mener ces tâches à bien, M. Tanguay ne jouit pas de la même autorité que celle d’un chef permanent. Les députés et les militants savent que le chef intérimaire ne fait que passer.

La crédibilité du chef intérimaire dépend donc de deux facteurs. D’abord, sa crédibilité personnelle, fondée sur son parcours politique et les relations qu’il a tissées avec les autres membres du caucus et avec les militants. Ensuite, la certitude qu’ont les députés et les militants que le chef intérimaire est là pour servir le parti, et non son ambition personnelle.

Pour ce qui est du premier point, M. Tanguay est député depuis dix ans et personne ne peut douter de son attachement aux valeurs libérales. Ses collègues l’ayant choisi pour assurer l’intérim, on suppose qu’il entretient de bonnes relations avec la plupart d’entre eux.

Quant au deuxième point, c’est là que le bât blesse. Profitant d’une curieuse décision de l’exécutif du parti, M. Tanguay n’a pas écarté une éventuelle candidature à la direction du PLQ. En conséquence, ses faits et gestes seront interprétés, à l’interne comme par le public, à la lumière de cette ambition. Il y aura toujours un doute, une ambiguïté. Une telle situation est malsaine pour le caucus et pour le parti.

Le député de Pontiac, André Fortin, a eu raison de renoncer à la chefferie intérimaire, estimant que cette fonction n’est pas compatible avec une participation à la course à la direction du parti.

Pour le bien du PLQ, le député de LaFontaine devrait décider rapidement s’il sera candidat ou non au leadership. Si la réponse est non, son autorité morale comme chef intérimaire en sera renforcée. Si la réponse est positive, il devrait laisser sa place à un autre député pour diriger la formation en attendant l’élection d’un nouveau chef.

La pitoyable « affaire Nichols » peut malheureusement être vue comme une première démonstration de la faiblesse du leadership de M. Tanguay (bien que le comportement de la députée de Vaudreuil soulève aussi des questions). La seule façon pour M. Tanguay de raffermir ce leadership est de dévoiler ses intentions dès que possible. Quelle que soit sa décision, les choses auront le mérite d’être claires.

Dans la situation actuelle, le PLQ a un urgent besoin de retrouver son unité. Seul un chef intérimaire ayant uniquement à coeur les intérêts du parti sera en mesure de rétablir la cohésion nécessaire. Cela dit, la responsabilité qui incombe à M. Tanguay est partagée par l’ensemble du caucus. Comme le chef intérimaire l’a souligné mercredi, les députés libéraux doivent à partir de maintenant consacrer toute leur attention aux dossiers qui préoccupent les Québécois.

À voir en vidéo