Le français comme langue vivante d’une science ouverte

En 2021, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, est devenu le premier francophone à présider l’INGSA.
Photo: Annik MH de Carufel archives Le Devoir En 2021, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, est devenu le premier francophone à présider l’INGSA.

Le 3 novembre dernier, le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a lancé un tout nouveau dispositif de coopération internationale : le Réseau francophone international en conseil scientifique. L’objectif de cette communauté de pratique est de favoriser l’usage de la science en français, en soutien à la décision et aux politiques publiques, afin, entre autres, d’appuyer les États francophones dans la perspective de l’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD).

En effet, dans le monde francophone, peu de modèles de structures pérennes et solides de ce type existent. Au moment où les démocraties régressent et deviennent vulnérables partout dans le monde, il est impérieux de disposer d’informations scientifiques reposant sur des données probantes. Il y va de la vitalité de nos systèmes démocratiques afin de rendre ces informations accessibles dans l’espace public, et ce, dans la ou les langues officielles du pays ou de la région.

Leur pertinence a d’ailleurs été démontrée lors de catastrophes, tels le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima ou la pandémie de COVID-19. Les scientifiques et les médias ont un rôle à jouer pour rendre à la science sa juste place dans l’espace public. Il s’agit d’un impératif démocratique : les citoyens bien informés sont mieux à même de participer de manière éclairée aux affaires de la cité.

En 2021, Rémi Quirion est devenu le premier francophone à présider l’International Network for Governmental Science Advice (INGSA). Cette plateforme collaborative, fondée en 2014, dispose d’antennes régionales en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Elle joint et met en lien plus de 5000 personnes et institutions de 130 pays.

En prenant ses fonctions, M. Quirion a proposé d’ajouter une journée de débats consacrée à la francophonie. Il a également annoncé sa volonté de créer une antenne francophone. En effet, au fil de son mandat, le scientifique en chef a pu constater le recul constant et rapide du français dans les domaines scientifiques et de l’innovation, au profit de l’anglais, ainsi que le manque de structures pérennes existantes en conseil scientifique dans le milieu francophone.

Une étude financée par son bureau a permis de constater, d’une part, notre manque de connaissances quant à l’utilisation des données scientifiques par les décideurs politiques dans la Francophonie et, d’autre part, les défis auxquels les décideurs font face pour accéder aux données. De plus, une étude menée actuellement par l’Université Laval et l’Assemblée des parlementaires de la Francophonie devrait offrir un état de la situation plus précis au sein des parlements. Le même exercice auprès des élus municipaux serait certainement très éclairant.

La Francophonie étant diverse, le scientifique en chef a rassemblé des représentants de plus de 20 pays, ainsi que les responsables de toutes les institutions de la Francophonie institutionnelle, au sein d’un comité d’orientation. Celui-ci, présidé par le Burkinabé Lassina Zerbo, directeur du programme atomique du Rwanda, a veillé à ce que cette initiative réponde concrètement aux besoins de ses futurs utilisateurs. Des membres de ce comité se sont exprimés à plusieurs reprises dans Jeune Afrique sur l’importance d’une science multilingue et accessible à tous.

Ainsi, le tout nouveau Réseau francophone international en conseil scientifique sera dirigé par Mathieu Ouimet, professeur en science politique de l’Université Laval. Il réunit d’ores et déjà les universités Laval, de Montréal, de Niamey (Niger), HEC Montréal, Polytechnique ainsi que le Secrétariat général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (regroupant 73 parlements membres et associés). Résolument établi au Québec, le réseau disposera dans un avenir proche d’antennes en Europe, mais surtout en Afrique, zone prioritaire d’intervention du nouveau réseau. Pour mener à bien sa mission, le réseau bénéficiera d’un budget de 1,5 million de dollars sur cinq ans accordé par les Fonds de recherche du Québec.

Un tel réseau francophone est devenu essentiel, et la pandémie a démontré plus que jamais l’impérieuse nécessité d’un tel appui scientifique. Ce réseau sera en parfaite synergie avec l’action menée par l’Université Senghor d’Alexandrie ou l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), dont le siège est à l’Université de Montréal et qui regroupe aujourd’hui plus de 1000 universités d’une centaine de pays.

L’AUF vient d’ailleurs de réunir au Caire une quarantaine de ministres chargés de l’enseignement supérieur et de la recherche autour d’un manifeste pour une diplomatie scientifique francophone, et de tenir ses 2es Assises internationales de la francophonie scientifique, qui donnent force à cette priorité.

Au moment où les chefs d’État et de gouvernement se réunissent à Djerba, en Tunisie, notre premier ministre sera fier de partager ces nouvelles initiatives québécoises qui donnent à la Francophonie une dimension concrète et solidaire. La force de la Francophonie s’est toujours révélée par ces réseaux véritables qui produisent des résultats au bénéfice des peuples.

Ce projet, dont la pandémie a démontré l’impérieuse nécessité, vient confirmer une fois de plus le souci militant du Québec de maintenir le français comme langue vivante d’une science ouverte pour des sociétés plus résilientes, par leur intelligence, face aux crises mondiales.

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