Les médecins plus âgés peuvent faire plus

Au Canada, plus de 15 % des médecins de famille et 16 % des spécialistes médicaux sont âgés de 65 ans et plus, rapporte l’auteur.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Au Canada, plus de 15 % des médecins de famille et 16 % des spécialistes médicaux sont âgés de 65 ans et plus, rapporte l’auteur.

« Ce que les plus âgés voient en étant assis, les plus jeunes, debout sur leurs deux jambes, ne le verront pas. » — Proverbe africain

Partout au Canada, des services d’urgence ont été fermés temporairement et des médecins et des infirmières ont pris leur retraite prématurément. Les infirmières sont « plus qu’épuisées », selon Rachel Muir, présidente de l’unité de négociation de l’ONA à l’Hôpital d’Ottawa. Certaines réduisent leurs heures de travail, d’autres passent par des agences privées pour obtenir un meilleur salaire et des horaires plus flexibles ; lorsque les hôpitaux sont ensuite obligés de les réembaucher, cela fait augmenter les coûts.

Dans de nombreuses provinces, 20 % des personnes n’ont pas de médecin de famille. Un nombre plus faible de diplômés d’école de médecine choisissent la médecine familiale comme spécialité, et les médecins existants abandonnent les soins primaires et se joignent à d’autres domaines spécialisés.

Que peut-on faire ? Il est vrai que les inscriptions dans les écoles de médecine et d’infirmières augmentent et que l’octroi de licences aux diplômés étrangers est accéléré. Terre-Neuve-et-Labrador offre même 100 000 $ aux médecins (et 50 000 $ aux infirmières) nés, formés ou qui ont pratiqué dans la province s’ils retournent au travail pendant au moins cinq ans.

La Dre Nancy Whitmore, p.-d.g. de l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario (CPSO) a annoncé à la mi-août que le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario encourageait les médecins récemment retraités à réactiver leur licence et à retourner à la pratique. Je lui ai écrit et lui ai suggéré de réduire considérablement les frais de licence annuels pour les médecins plus âgés, tout comme le font le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et le Collège des médecins de famille du Canada. Les frais de licence annuels s’élèvent à près de 2000 $ au Québec et dans la plupart des autres provinces. Lorsqu’un médecin plus âgé reçoit une facture de ce montant, cela peut bien provoquer une retraite.

Soyez créatifs

Cependant, nous avons besoin d’un autre incitatif pour que les médecins plus âgés travaillent aussi longtemps que possible. Je propose une stabilisation du revenu à court terme financée par le gouvernement.

Les médecins pourraient devoir s’absenter du travail pendant quelques semaines ou mois en raison d’un infarctus, d’une infection grave comme la COVID-19, de la résection d’une tumeur intestinale maligne, d’une chirurgie cardiaque, d’une dépression, d’une arthroplastie du genou ou de la hanche, etc. Surtout s’ils subissent des coûts indirects fixes, cette maladie ou cette intervention chirurgicale pourrait entraîner une retraite définitive. L’assurance-invalidité privée est habituellement inaccessible après l’âge de 65 ans.

Il existe des précédents. Rappelons qu’en 2003, le gouvernement de l’Ontario a mis en place un programme de stabilisation des revenus liés au SRAS qui versait jusqu’à 80 % de la facturation mensuelle moyenne des médecins s’ils étaient mis en quarantaine, s’ils étaient atteints du SRAS ou si leur pratique en milieu hospitalier ou en cabinet était affectée.

Les prestations de maternité offertes partout au Canada constituent un précédent plus important. Au Québec, les prestations sont payables pendant 12 semaines. Celles-ci comprennent un montant forfaitaire de 33 % du revenu hebdomadaire précédent, jusqu’à concurrence de 802 $ pour les médecins de famille et de 1000 $ pour les spécialistes médicaux / chirurgiens, ainsi que 67 % du revenu hebdomadaire précédent, jusqu’à concurrence de 1809 $ par semaine pour les médecins de famille et de 2400 $ pour les autres spécialistes.

L’Ontario dispose d’une politique sur les prestations de congé de maternité et de congé parental qui couvre la grossesse d’un médecin admissible (et souvent de la partenaire), l’adoption d’un enfant ou une entente de maternité de substitution. Toutes les provinces ont des régimes similaires. Les prestations sont habituellement versées pendant 17 semaines, sont imposables et varient de 1000 $ en Colombie-Britannique à 1500 $ en Nouvelle-Écosse. Elles sont de 1300 $ par semaine en Ontario.

Des mesures concrètes

Par conséquent, je propose que le Québec, l’Ontario et d’autres provinces et territoires, s’ils sont sérieux à l’idée d’utiliser autant que possible les médecins âgés, procurent le soutien suivant :

Les médecins et les chirurgiens en pratique seraient couverts de 65 à 80 ans, sans délai d’attente. Les médecins recevraient de 70 à 80 % de leurs factures mensuelles moyennes d’une période de 60 jours, ou de préférence de 90 jours.

Au Canada, plus de 15 % des médecins de famille et 16 % des spécialistes médicaux sont âgés de 65 ans et plus. Il y a une décennie, ils n’étaient que 10 %.

Karl Blackburn, président du Conseil du patronat du Québec, souligne qu’avec son nouveau mandat, le premier ministre Legault devrait se concentrer sur l’économie. Le Québec subit une forte pénurie de main-d’oeuvre qui touche tous les secteurs, des finances aux soins de santé. Cela est principalement dû au vieillissement de la population.

Nous en sommes maintenant à la troisième année de la « Décennie du vieillissement en bonne santé », sous l’égide des Nations unies. Environ 25 % des Canadiens auront 65 ans et plus d’ici l’année 2026. Comme l’écrit Helen Hirsh Spence, « il y a déjà une pénurie de talents dans tous les secteurs, et il n’y aura jamais assez de naissances ou d’immigrants au Canada pour pourvoir le bassin de talents pendant ce siècle ».

Par conséquent, nous devons être créatifs et faire tout ce qu’il faut pour retenir les professionnels de la santé plus âgés. Comme l’a déclaré récemment la critique en matière de santé du NPD de l’Ontario France Gelinas, « nous devons soutenir financièrement les travailleurs de la santé et les traiter avec le respect qu’ils méritent ».

Tout comme les infirmières, les médecins ont été nommés « les héros des soins de santé » par les politiciens. Il est temps pour tous les gouvernements provinciaux et tous les collèges de médecins et chirurgiens de traduire de telles platitudes en avantages financiers, comme la stabilisation du revenu à court terme et la réduction des frais de licence annuels. Cela aidera à garder les médecins plus âgés dans le milieu du travail, même à temps partiel. Ils peuvent ainsi continuer à offrir à leurs patients l’expertise indispensable que seules des décennies d’expérience peuvent procurer. Cela réduira le fardeau des services d’urgence.

Comme l’a écrit Chinua Achebe, « lorsque nous, les personnes âgées, parlons, ce n’est pas pour ressentir la douceur des mots dans nos bouches, c’est pour exprimer quelque chose que vous ne voyez pas ».

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