Il faudra beaucoup plus que le Fonds bleu pour assainir nos eaux usées

«Pour protéger nos cours d’eau et leurs écosystèmes, il faudra réaliser des modifications majeures et complexes à 14 grandes stations d’épuration d’ici 2030», soutient l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir «Pour protéger nos cours d’eau et leurs écosystèmes, il faudra réaliser des modifications majeures et complexes à 14 grandes stations d’épuration d’ici 2030», soutient l'auteur.

Le 26 novembre prochain, soit quelques jours avant la tenue de la COP15 sur la biodiversité, on soulignera les 20 ans de la Politique nationale de l’eau. Celle-ci devait nous permettre de retrouver la qualité de l’eau de nos lacs et de nos cours d’eau. Nous sommes loin encore du compte, mais, bonne nouvelle, l’intensité et le nombre de déversements d’eaux usées montrent une diminution depuis cinq ans. Plusieurs élus et gestionnaires municipaux ont réitéré leur ferme intention de réduire le nombre de déversements et de faire tous les efforts nécessaires pour mettre aux normes les stations d’épuration d’ici la fin 2030, comme s’est engagé à le faire le gouvernement du Québec auprès de ses homologues des autres provinces en 2014.

Or, des efforts, il en faudra beaucoup puisque nos stations d’épuration polluent encore trop ! Parlez-en aux résidents de Repentigny, de Lavaltrie et même de Trois-Rivières, qui ne peuvent toujours pas se tremper les orteils dans le fleuve Saint-Laurent parce que les stations d’épuration de Montréal, de Longueuil et de Repentigny, entre autres, rejettent des eaux contaminées à E. coli, faute de mécanismes de désinfection adéquats.

Pour protéger nos cours d’eau et leurs écosystèmes, il faudra réaliser des modifications majeures et complexes à 14 grandes stations d’épuration d’ici 2030 avec l’ajout de désinfection, l’augmentation des capacités de traitement et l’aménagement de bassins de rétention des eaux usées. Sans compter la mise aux normes de 86 stations d’épuration dont les rejets de matières en suspension et les demandes biochimiques en oxygène dépassent largement les limites permises. Il faut aussi équiper adéquatement des dizaines d’autres stations pour enlever le phosphore, désinfecter, réduire les débordements, et régler le cas des 81 municipalités qui rejettent encore des eaux sans traitement.

En annonçant la création du Fonds bleu en août dernier, le premier ministre Legault a rappelé que son gouvernement avait réservé sept milliards de dollars sur dix ans pour les municipalités afin qu’elles puissent intervenir sur leurs systèmes d’eau potable et d’eaux usées. Or, presque toute cette somme sera consacrée au remplacement de conduites d’aqueduc et d’égouts et de systèmes de traitement vétustes. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon, le « maintien d’actifs ».

Le Plan québécois d’infrastructures 2022-2032 ne prévoit qu’un seul milliard sur dix ans, donc environ 100 millions de dollars par année, pour améliorer la performance des systèmes de traitement d’eau. Ce montant est dérisoire quand on sait que l’implantation de la désinfection par ozonation à Montréal coûtera au bas mot 700 millions de dollars, dont environ le tiers sera payé par Québec. Si on tient compte de la contribution attendue du gouvernement fédéral, ce sont au moins quatre milliards de dollars qui manquent au Plan québécois.

Au moment où ces lignes sont écrites, des dizaines de municipalités s’échinent à évaluer leurs besoins financiers pour la mise aux normes de leurs installations. Elles savent toutes, pertinemment, qu’il n’y a pas d’argent prévu ni à Québec ni à Ottawa. Comment peuvent-elles faire leur travail ?

Que se passera-t-il le 31 décembre lorsque Québec recevra les 14 demandes financières totalisant plusieurs milliards de dollars alors qu’il n’y a pas d’argent prévu pour couvrir ces travaux ? Va-t-on, encore une fois, reporter les échéances, histoire de gagner du temps ? Ou va-t-on se contenter d’une réponse médiocre à un problème criant ?

Le gouvernement Legault se targue d’être prévoyant et pragmatique. Il doit inscrire immédiatement toutes les sommes nécessaires au Plan québécois des infrastructures et ainsi lancer un signal clair aux élus municipaux qui ont besoin de prévisibilité pour intégrer les investissements dans leurs budgets.

L’annonce de la création du Fonds bleu montre une nouvelle préoccupation gouvernementale pour la protection de l’eau. Mais à quoi bon mieux caractériser les rejets municipaux, nettoyer les berges, lutter contre les plantes envahissantes ou surveiller la qualité de l’eau des lacs si on continue à y déverser nos eaux usées sans traitement adéquat ? Il faut agir à la source du problème dès maintenant et montrer tout le sérieux porté à la situation en y investissant les montants nécessaires, à la hauteur des attentes des Québécoises et des Québécois.

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