Les dangers d’un antisémitisme incontrôlé

Alors que les propriétaires profitent des ventes associées à la performance prévue de Diakhaté, l’historique de ses commentaires haineux ciblant les juifs est un affront aux 90 000 juifs qui vivent à Montréal, estime l'auteur.
Photo: Facebook Alors que les propriétaires profitent des ventes associées à la performance prévue de Diakhaté, l’historique de ses commentaires haineux ciblant les juifs est un affront aux 90 000 juifs qui vivent à Montréal, estime l'auteur.

En tant que grande ville cosmopolite, Montréal accueille de nombreux musiciens et artistes de haut niveau dont les performances apportent énergie, dynamisme et diversité à la plus grande ville du Québec. Fait alarmant, un chanteur qui doit se produire à Montréal au début de décembre a la réputation de semer la division, de promouvoir la haine et de propager l’intolérance.

Issa Lorenzo Diakhaté, qui est connu sous le nom de Freeze Corleone et qui se produira le 4 décembre à L’Olympia, une salle de spectacle du centre-ville, a l’habitude de faire de la musique contenant des paroles antisémites.

Ses chansons incluent des phrases le comparant au leader nazi Adolf Hitler et à son principal propagandiste, Joseph Goebbels, ainsi que des déclarations telles que « Chaque jour RAF [rien à foutre] de la Shoah » (Holocauste).

En 2020, les autorités françaises ont ouvert une enquête officielle sur Diakhaté pour des allégations selon lesquelles ses paroles feraient la promotion de l’antisémitisme, et, la même année, Universal Music France, qui représentait le rappeur, a rompu tous les liens avec lui malgré sa popularité croissante, ajoutant que « la sortie de l’album a révélé et amplifié des propos racistes inacceptables ».

Auparavant, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, la plus ancienne organisation antiraciste de France, avait appelé YouTube, Spotify et Apple Music à retirer ses chansons de leurs catalogues d’écoute, citant son antisémitisme, ses théories du complot ainsi que la glorification d’Hitler, du Troisième Reich et du mollah Omar, ancien chef taliban.

Les propriétaires de L’Olympia, qui sont juifs, se sont défendus, notamment au Devoir, de présenter le spectacle, affirmant que ce n’était pas leur rôle de filtrer les artistes et qu’ils n’avaient pas l’intention d’annuler sa venue, tout en ajoutant que les ventes de billets pour son spectacle étaient bonnes et que la salle se remplissait « très bien ».

Alors que les propriétaires profitent des ventes associées à la performance prévue de Diakhaté, l’historique de ses commentaires haineux ciblant les juifs est un affront aux 90 000 juifs qui vivent à Montréal.

Il y a un moyen des plus élémentaires et fondamentaux que L’Olympia — et en fait les élus municipaux de Montréal — peut prendre pour à la fois de préserver la liberté d’expression et exprimer son opposition aux paroles de Diakhaté.

Les propriétaires de salles, ainsi que d’autres représentants locaux, peuvent s’exprimer et ajouter leur voix à celles des personnes qui l’ont fait auparavant. En 2020, 50 politiciens du parti du président français, Emmanuel Macron, ont publiquement condamné le rappeur.

Bien qu’il y ait un équilibre à trouver entre garantir la liberté d’expression et éviter les discours de haine, ignorer simplement toutes les critiques des paroles de Diakhaté n’est pas la solution.

Après tout, les dangers d’un antisémitisme incontrôlé ne sont pas sans conséquence.

Selon Statistique Canada, les juifs représentent la plus grande cible de crimes haineux à motivation religieuse au pays. Aux États-Unis, les juifs sont systématiquement le groupe religieux le plus ciblé du pays, selon les données du FBI.

Et bien que les actes manifestes et violents d’antisémitisme puissent sembler rares, ils se poursuivent sans relâche et augmentent particulièrement en période de conflit au Moyen-Orient. Par exemple, lors du conflit de mai 2021 entre Israël et le Hamas, le groupe terroriste basé à Gaza, il y a eu de multiples cas où des juifs ont été battus. Plus récemment, deux hommes juifs âgés ont été attaqués avec des extincteurs à New York.

Chose effrayante, l’antisémitisme n’est pas relégué à la marge comme on pourrait s’y attendre. Dans les dernières semaines, Kanye West — l’un des artistes musicaux les plus influents de la planète — a fait une série de commentaires antisémites, à la fois sur les réseaux sociaux et dans des entrevues. Peu de temps après, Kyrie Irving, un basketteur des Nets de Brooklyn, une équipe de la NBA, a fait la promotion d’un film antisémite auprès de ses millions d’abonnés.

Dans les deux cas, après les explosions antisémites de West et d’Irving, les commanditaires se sont dissociés des deux hommes, considérant qu’ils terniraient la réputation de leur entreprise.

Alors qu’Issa Lorenzo Diakhaté se prépare pour sa visite à Montréal, L’Olympia a une décision à prendre : reconnaîtra-t-elle les dangers d’un antisémitisme incontrôlé dans la société contemporaine et agira-t-elle en conséquence, ou continuera-t-elle simplement à profiter des ventes rapides à court terme que le fait d’ignorer ces actions lui procure ?

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