Le chaos ontarien sous influence américaine

«Le gouvernement ontarien qui favorise le conservatisme sectaire a provoqué par son comportement un climat de chaos social», écrit l’auteur.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne «Le gouvernement ontarien qui favorise le conservatisme sectaire a provoqué par son comportement un climat de chaos social», écrit l’auteur.

Le gouvernement conservateur ontarien s’inspire-t-il du chaos américain ? Difficile de ne pas faire de parallèle entre le chaos de l’assaut du Capitole à Washington de la part de militants extrémistes et celui de la manifestation des camionneurs partis à l’assaut du Parlement canadien. Est-ce un hasard ? Peut-on faire des liens avec l’actuelle suspension du droit de grève des travailleurs de l’éducation ontarien et l’utilisation de la disposition de dérogation avec le jugement de la Cour suprême américaine abolissant le droit à l’avortement et la répression des femmes qui désirent mettre fin à leur grossesse ?

La vague d’extrême droite américaine qui atteindra son point culminant cette semaine lors des élections de mi-mandat aura-t-elle une influence sur notre propre démocratie ? La prochaine élection fédérale canadienne annonce-t-elle une dérive de nos acquis sociaux et un chaos à l’américaine, sachant que le nouveau chef conservateur fédéral, Pierre Poilievre, a appuyé en personne les camionneurs occupant la colline du Parlement et la ville d’Ottawa ? Je m’en inquiète et voici pourquoi.

Les audiences de la Commission sur l’état d’urgence décrété par Ottawa pour contrer l’occupation des camionneurs sur la colline parlementaire fédérale ont révélé l’absence de participation du gouvernement ontarien lors de réunions stratégiques de sécurité. Son silence fut interprété par les citoyens d’Ottawa comme un appui tacite aux manifestants qui empoisonnaient jour et nuit la vie des habitants du centre-ville pendant près d’un mois.

Mais, encore plus étonnant, le refus du premier ministre ontarien Doug Ford de témoigner devant cette commission semble confirmer une complicité indirecte à la manifestation chaotique des camionneurs, ceux-ci faisant partie de sa base électorale conservatrice. À l’instar du premier ministre ontarien, il est fort probable que l’ex-président américain Donald Trump refuse lui aussi de comparaître devant une Commission du Congrès américain chargé d’enquêter sur l’assaut du Capitole ? Des comportements similaires de défiance des institutions, curieux non ?

Le conservatisme sectaire

Le gouvernement ontarien qui favorise le conservatisme sectaire a provoqué par son comportement un climat de chaos social. Pensons au laisser-faire des camionneurs face aux « droits et libertés » brimés des citoyens d’Ottawa et à l’écrasement des « droits et libertés » des travailleurs du secteur scolaire ontarien. Interdire la grève par une loi spéciale est une chose, mais adopter une disposition de dérogation face à la Charte des droits et libertés canadienne empêchant toute contestation judiciaire du droit de grève me semble disproportionné.

Sous prétexte de gouverner de façon responsable, le gouvernement ontarien sort la matraque contre ses propres employés sous-payés et encourage par son silence le chaos de l’occupation de la ville d’Ottawa par des manifestants qui prennent en otage ses propres concitoyens. Cette dérive de deux poids, deux mesures contribuent à briser la paix sociale. Le gouvernement du Québec résistera-t-il au chant des sirènes du chaos conservateur ontarien et américain dans la négociation avec ses propres employés ?

Résister au chaos conservateur ontarien et américain ?

Le chef conservateur québécois, Éric Duhaime, a déjà menacé d’organiser des manifestations devant le Parlement québécois s’il n’obtient pas une reconnaissance officielle de la part de l’Assemblée nationale même s’il n’a fait élire aucun député. Est-ce un prélude au changement de valeurs fondamentales de la société canadienne ? En considérant la dangereuse montée du conservatisme sectaire à travers le Canada souvent inspiré par des idéologies extrémistes américaines, pourrons-nous préserver le « modèle » actuel de gouvernance québécois inspiré par le consensus social ?

Nos politiques de partage équitable de la richesse et d’accessibilité à des programmes sociaux uniques résisteront-ils à la vague conservatrice favorisant avant tout l’individualisme et le chacun pour soi ? Sommes-nous à la veille de vivre une période de grande noirceur de chaos social ? Les prochaines élections américaines et canadiennes risquent de nous révéler le côté sombre d’idéologies d’extrême droite. Espérons que nos institutions politiques et juridiques résisteront à cette menace.

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