L’AUF patronnée par un président qui bafoue la liberté universitaire!

Plus grave que l’absence de quelques mots en français est le fait que cet ex-maréchal qui gouverne l’Égypte bafoue depuis des années la liberté universitaire, sans parler des droits de l’homme, écrit l’auteur.
Ludovic Marin Agence France-Presse Plus grave que l’absence de quelques mots en français est le fait que cet ex-maréchal qui gouverne l’Égypte bafoue depuis des années la liberté universitaire, sans parler des droits de l’homme, écrit l’auteur.

Ouvrant mon Devoir comme chaque matin depuis plus de quatre décennies, j’ai failli m’étouffer avec mon café samedi matin, le 5 novembre, en lisant le « Cahier spécial F » sur la « francophonie scientifique ». En première page, on y vante bien sûr « la force d’un réseau » mondial d’universités francophones ; en page deux, on n’est pas surpris d’apprendre que le thème choisi pour ses « assises internationales de la francophonie scientifique » tenues au Caire, en Égypte, était l’intelligence artificielle, tant ce domaine de recherche a réussi à faire croire à ceux qui aiment les mots à la mode qu’une « révolution » était en cours. En page trois, on met en avant l’incontournable « jeunesse francophone connectée ». C’est en page F4 que je sursaute en voyant qu’une demi-page (payée par qui ?) nous annonçant que le prochain rendez-vous de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) sera à Québec en 2023, en profite pour remercier « le haut patronage de S.E.M. Abdel Fattah Al-Sissi, président de la République arabe d’Égypte ».

De plus, le sigle du « Ministry of Higher Education and Scientific Research » d’Égypte apparaît en bas à droite en langue arabe bien sûr, mais aussi en anglais… Bonjour la francophonie !

Plus grave que l’absence de quelques mots en français est le fait que cet ex-maréchal qui gouverne l’Égypte bafoue depuis des années la liberté universitaire, sans parler des droits de l’homme. D’autres ont dénoncé la tenue de la COP27 en ce pays, activité qui, note Le Monde, était « une aubaine » pour un pouvoir autoritaire désirant redorer son image.

Je comprends que l’idée d’un beau voyage au pays des pyramides puisse faire oublier bien des soucis à de hauts dirigeants universitaires et à la jeune et encore naïve « relève » du « Club de leaders » que l’AUF a emmenée avec elle. On peut cependant se demander comment des personnes censées incarner la mission fondamentale des universités peuvent s’aveugler au point de garder silence sur le fait que le gouvernement égyptien est aujourd’hui parmi les pays qui briment le plus les libertés d’enseignement et de recherche, qui sont au fondement de l’institution universitaire.

L’indice des libertés académiques 2022, produit par l’Institut de science politique de l’université Friedrich-Alexander en Allemagne, qui classe les pays selon le niveau de liberté dont jouissent les universités de tous les pays du monde, positionne en effet l’Égypte au plus bas de son classement, au même rang que l’Iran et l’Arabie saoudite, mais — consolation ? — au-dessus de la Corée du Nord  soit 164e sur 177 pays classés.

Si l’AUF veut vraiment être utile et surtout être crédible, elle devrait commencer par réaffirmer qu’elle entend avant tout promouvoir la liberté universitaire partout dans le monde et n’admettre comme membre que les pays qui la respectent — et dont les universités sont vraiment francophones, car j’ai déjà assisté à une réunion et constaté que certains représentants ne parlaient qu’anglais ! Bien sûr, il est possible que cela doive se faire au prix de renoncer à visiter certains pays ensoleillés.

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