S’adapter à la crise climatique, c’est maintenant

«De nombreux pays vulnérables déjà matraqués par les pires effets de la crise climatique nous le répètent d’ailleurs depuis des années:
Photo: Asaad Niazi Agence France-Presse «De nombreux pays vulnérables déjà matraqués par les pires effets de la crise climatique nous le répètent d’ailleurs depuis des années: "Nous avons les deux pieds dedans. Bientôt, ce sera aussi votre cas"», écrivent les auteurs.

À quelques jours du début de la COP27, conférence internationale annuelle sur le climat, un enjeu ressort du lot plus que jamais : l’adaptation. Et les gouvernements doivent presser le pas pour affronter les défis liés à un climat déréglé, tant chez eux qu’ailleurs sur la planète.

D’abord, il faut souligner l’évidence : même si nous réussissons à réduire rapidement nos émissions de gaz à effet de serre (GES) — ce qui est loin d’être chose faite, il va falloir s’adapter au dérèglement du climat qui est déjà bien réel.

Nous sommes actuellement à 1,2 °C de réchauffement et, selon le plus récent rapport de l’ONU, les engagements actuels nous mènent vers une augmentation aux conséquences significatives de 2,4 à 2,6 °C d’ici la fin du siècle.

L’urgence de s’adapter

C’est pourquoi, lors des COP, on parle avec raison des cibles et des plans climatiques : du « comment ». Comment va-t-on s’y prendre pour limiter le réchauffement ? Sauf que de plus en plus de voix s’élèvent pour mettre en avant deux autres questions tout aussi essentielles : « de quelle manière se prépare-t-on à ces immenses défis ? » et « qui va payer pour les dégâts ? ».

Indissociables, ces deux dernières questions soulignent l’urgence de faire preuve de solidarité sur le plan international. De nombreux pays vulnérables déjà matraqués par les pires effets de la crise climatique nous le répètent d’ailleurs depuis des années : « Nous avons les deux pieds dedans. Bientôt, ce sera aussi votre cas. »

Et cet avertissement, teinté d’un peu plus d’amertume et de colère chaque année, se répète dans un contexte où les pays développés tardent toujours à respecter leur engagement de mobiliser chaque année 100 milliards de dollars américains pour aider les pays en développement à s’adapter au climat changeant et payer la facture des énormes dégâts qu’il entraîne chez eux. Et d’après un rapport publié la semaine dernière, nous avons atteint à peine à 83 % de cet objectif qui devait l’être… en 2020 !

Nous ne pouvons plus les ignorer ni refuser d’apporter notre contribution pour les aider, car leur destin climatique est intimement lié au nôtre. Les attentes envers Ottawa et Québec à la COP27 sont élevées sur ce plan.

À notre tour

 

Les questions d’adaptation et de réparation climatiques sont aussi des préoccupations que l’on devrait avoir chez nous. Nos gouvernements doivent bouger, car non seulement ils sont en retard, mais ils sont aussi responsables de corriger les erreurs du passé.

À la COP27, on s’attend à ce que le ministre Guilbeault et son gouvernement présentent la première Stratégie nationale d’adaptation du Canada. Pour être sérieux, ce plan doit être détaillé et inspiré des meilleures pratiques à l’international. Chaque dollar investi dès maintenant pour adapter nos infrastructures et nos milieux de vie nous permettra d’en épargner beaucoup plus lorsque nous serons de nouveau frappés par des événements météorologiques extrêmes de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants. C’est notre santé et notre sécurité qui sont en jeu.

Au Québec, lors des récentes inondations à Montréal, des puissantes tempêtes qui ont privé des milliers d’entre nous de courant au printemps et de l’ouragan Fiona aux Îles-de-la-Madeleine, on a réagi en urgence plutôt que d’avoir une vision et une stratégie d’ensemble pour en limiter les conséquences. Tout ça a coûté cher sur le plan des infrastructures, des assurances. Ce sont des milieux de vie qui ont été lourdement perturbés ou carrément détruits. Qui plus est, le sujet n’a presque pas été abordé lors de la dernière campagne électorale, et aucun plan n’est prévu.

Seule lueur d’espoir ? Les maires et mairesses des grandes villes du Québec ont proposé un pacte financier pour faire face à un climat plus violent et imprévisible que jamais. Le milieu municipal a les yeux grands ouverts : on voit les défis s’accumuler et la facture augmenter. Le gouvernement du Québec doit prendre acte de cela et travailler conjointement avec les villes pour planifier la suite, ce qui implique nécessairement de revoir nos choix en matière d’aménagement du territoire et de mobilité, par exemple.

À l’aube d’une nouvelle série de négociations climatiques en Égypte, exigeons donc de nos gouvernements qu’ils soient proactifs et ambitieux, tant ici que sur la scène internationale. Les solutions existent, mais la volonté politique et l’argent sont nécessaires pour les mettre en oeuvre. L’attentisme n’est pas une option. L’adaptation, c’est maintenant.

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