Solutions carbone zéro pour des villes de nouvelle génération

«Pour réaliser une telle transition et mettre fin à la domination de l’automobile, nous devons parvenir à faire en sorte que de 65 à 80% des utilisateurs prennent les transports en commun ou se déplacent en transport actif», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Pour réaliser une telle transition et mettre fin à la domination de l’automobile, nous devons parvenir à faire en sorte que de 65 à 80% des utilisateurs prennent les transports en commun ou se déplacent en transport actif», écrit l'auteur.

Le Canada, comme beaucoup d’autres pays, dispose d’un plan de réduction des émissions pour 2030 consistant en une feuille de route pour que l’économie canadienne réduise ses émissions de 40 à 45 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030. Nous avons également la Loi sur la responsabilité en matière de carboneutralité, en vigueur depuis 2021, qui aide à tracer la voie à suivre pour parvenir à la carboneutralité d’ici 2050. Cependant, les objectifs, les politiques et les systèmes financiers en matière de climat du Canada sont toujours considérés comme « hautement insuffisants » par le Climate Action Tracker. De 1990 à 2020, les émissions de gaz à effet de serre du Canada ont même augmenté de 13,1 %.

Au Canada, 81,65 % des gens vivent dans une ville (2021). Afin de parvenir à la carboneutralité, nous devons apporter des changements draconiens à la façon dont nous construisons, dont nous déplaçons les personnes et les biens, et dont nous gérons les matériaux et les déchets.

L’écart entre les ambitions climatiques à l’échelle locale et la mise en place de plans climatiques urbains et de mesures d’atténuation demeure considérable. Encourager les solutions locales exige des fonds supplémentaires, des capacités administratives, de la recherche et des collaborations plus étroites entre les différents ordres de gouvernement — à l’échelle locale comme nationale, régionale ou mondiale — pour mener à un changement systémique plus vaste. Bien souvent, les fonds publics locaux ne parviennent pas du tout à recueillir le capital nécessaire pour mettre en oeuvre des solutions carboneutres dans les villes.

C’est ainsi que le déficit d’investissement climatique urbain est estimé à des sommes faramineuses. Des ressources additionnelles peuvent provenir d’un partage accru des recettes des revenus directs avec les gouvernements régionaux et nationaux, comme l’impôt sur le revenu et les taxes de vente, le partage des recettes de la tarification du carbone, l’accroissement de transferts intergouvernementaux ou de nouvelles sources de revenus à l’échelle des gouvernements locaux, comme les taxes de péage urbain.

Il apparaît de plus en plus clairement que les réformes législatives et les législations avant-gardistes constituent un domaine dans lequel une coopération entre les différents ordres de gouvernement est primordiale. Cette collaboration aidera les villes à instaurer des politiques climatiques urbaines novatrices, comme des zones à très faibles émissions et des normes du bâtiment à carbone zéro, ou à rendre les plans d’action climatique urbaine aussi contraignants que possible.

Que doit faire désormais le Canada pour ouvrir la voie dans ce domaine ?

En vue de parvenir à la décarbonation, d’importants investissements en infrastructures vertes sont nécessaires. Le Canada a besoin de grands projets phares pour accroître la production, la transmission et la conservation d’énergies renouvelables. Nous devons investir dans les transports en commun et dans les logements abordables et écoénergétiques par l’intermédiaire d’un programme modernisé à grande échelle. Cela permettra de créer des emplois et de conserver les 34 milliards de dollars que le Canada dépense chaque année pour importer des combustibles liquides fossiles au pays.

Les conceptions de villes en ayant la densité à l’esprit sont nécessaires afin de faciliter la mobilité active comme la marche, le vélo et les autres options en matière de micromobilité. Dans le concept de « ville du quart d’heure », les infrastructures sont si proches du domicile que l’automobile devient inutile. Pour réaliser une telle transition et mettre fin à la domination de l’automobile, nous devons parvenir à faire en sorte que de 65 à 80 % des utilisateurs prennent les transports en commun ou se déplacent en transport actif.

Pour rendre cela possible sans perte de commodité majeure, il faut établir des zones à très faibles émissions, supprimer les quotas de stationnement pour les nouveaux bâtiments, mettre en place des services complets de partage de véhicules ainsi que des concepts de logistique novateurs pour le « dernier kilomètre ».

Alors qu’il ne nous reste que quelques décennies pour parvenir à la carboneutralité totale, il est surprenant de ne voir au Canada que très peu de projets pilotes d’écoquartiers montrant comment les solutions à carbone zéro peuvent fonctionner dans la pratique. Bien souvent, des écoquartiers carboneutres ne sont pas construits de nos jours en raison des investissements initiaux substantiels qu’ils exigent, et qui ne deviennent rentables qu’après dix ans ou plus.

Dans le cadre du Partenariat Climat Montréal, une nouvelle initiative dirigée par l’Institut des villes nouvelle génération de l’Université Concordia a été mise sur pied afin de créer un accélérateur de projets de bâtiments durables. Cette initiative met en relation les parties prenantes concernées de la ville avec les secteurs financier, immobilier, énergétique et de la recherche, ainsi qu’avec des consultants, pour réduire les obstacles à la construction de logements écologiques et abordables. Bien plus d’actions et de structures locales comme celles-ci seront nécessaires afin d’augmenter la vitesse d’exécution.

La densité est la clé pour créer des quartiers plus durables proposant une meilleure qualité de vie. Si une portion considérable de la population se déplace vers la campagne, comme nous avons pu le voir pendant la pandémie, notre étalement urbain augmentera la pression exercée sur notre biodiversité actuelle, déjà soumise à une pression considérable à cause de notre mode de vie et de notre production de nourriture, de marchandises et de biens de consommation.

Dernier point, mais non le moindre, un environnement sain, inclusif et équitable est essentiel pour parvenir à bâtir une véritable ville nouvelle génération. La vie dans de tels quartiers pourrait devenir notre nouveau rêve urbain ainsi qu’un indispensable moteur de transformation durable.

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