Les doctorants en psychologie soutiennent la suspension des stages au public

«Les psychologues du réseau, débordés et surchargés, vont malheureusement devoir suspendre la supervision des stages des doctorants pour l’année 2023-2024», écrivent les auteurs.
Photo: iStock «Les psychologues du réseau, débordés et surchargés, vont malheureusement devoir suspendre la supervision des stages des doctorants pour l’année 2023-2024», écrivent les auteurs.

Nous sommes des étudiants au doctorat en psychologie qui ont choisi de s’investir dans le réseau public. Aujourd’hui, nous craignons toutefois que notre contribution dans le secteur public soit compromise puisque le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, a écarté la demande des psychologues sur le terrain de créer un syndicat qui leur est propre afin de freiner l’exode de ces professionnels vers le privé.

Les psychologues du réseau, débordés et surchargés, vont malheureusement devoir suspendre la supervision des stages des doctorants pour l’année 2023-2024. D’un côté, nous appréhendons les conséquences de cette mesure sur notre parcours universitaire. D’un autre côté, nous comprenons et soutenons les psychologues dans leurs revendications. D’ailleurs, 95 % des doctorants soutiennent la formation d’un syndicat de psychologues (CPRPQ, 2022). Écoutons nos psychologues pour que nous puissions faire nos stages et, surtout, pour que la population ait accès à leurs services !

Qui sont les doctorants en psychologie ?

Alors que certains peuvent confondre les professionnels psychosociaux, la formation de psychologue est unique et exige de 7 à 10 ans d’études universitaires, dont un doctorat. Au-delà des cours théoriques, des publications scientifiques et de la rédaction d’une thèse, 2300 heures de stages cliniques sont nécessaires. Ces stages s’étalent sur deux à quatre années, à la suite desquels nous pouvons travailler à titre de doctorant en psychologie dans le réseau public sous la supervision d’un psychologue sur le terrain. Toutefois, cela devient de plus en plus difficile étant donné les départs des psychologues vers le secteur privé.

Les doctorants veulent travailler dans le réseau public

 

Bien qu’encore aux études, nous prodiguons déjà des services d’évaluation neuropsychologiques et de psychothérapie directement à la population, sous supervision. Ainsi, il devient clair que si nous choisissons le secteur public pour réaliser nos stages et pour travailler comme doctorants, nous contribuons à diminuer la liste d’attente pour des services en santé mentale, qui se situe actuellement à plus de 21 000 personnes.

De plus, 85 % des doctorants désirent travailler dans le réseau public après leur diplomation (CPRPQ, 2022). Or, il est estimé qu’uniquement 25 % le feront, d’après le rapport de la Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie (FIDEP, 2020). Les deux raisons principales sont simples : les conditions salariales très désavantageuses comparativement au privé et l’autonomie professionnelle limitée.

Ces deux éléments correspondent d’ailleurs aux problèmes qui expliquent l’exode des psychologues vers le secteur privé et auxquels la Coalition des psychologues du réseau public québécois (CPRPQ) tente d’apporter des solutions depuis plus de trois ans. Le ministère de la Santé et des Services sociaux révèle que d’ici 2024, plus de 40 % des postes de psychologue seront à pourvoir dans le réseau public de la santé.

Ainsi, depuis plusieurs années, la CPRPQ a mené de nombreuses discussions auprès du ministre Carmant. L’établissement d’un syndicat des psychologues est rapidement devenu la solution déterminée par les psychologues, solution soutenue par 95 % de ceux-ci. Il s’agit du seul moyen d’éviter l’extinction de la profession dans le milieu public. Pourtant, la création de ce syndicat a malheureusement été balayée par le ministre Carmant. Devant cette fermeture et la pénurie de psychologues qui s’aggrave dans le réseau public, ces derniers sont exténués et contraints de choisir, en majorité, la suspension de la supervision des stages en 2023-2024.

M. Carmant, nous faisons appel à vous

Il n’est pas surprenant de constater que la majorité des doctorants appuient cette mobilisation, et ce, même si plusieurs d’entre eux avaient prévu de faire leur stage en 2023-2024. Comprenons-nous bien : nous ne nous en réjouissons pas, mais nous percevons la nécessité de cette suspension.

Nous aurions préféré ne pas nous retrouver dans cette situation, mais nous croyons qu’il s’agit du meilleur moyen de pérenniser une accessibilité de l’expertise des psychologues pour la population. Nous pressons le ministre Carmant de reconsidérer la demande de création d’un syndicat propre aux psychologues. Nous craignons pour nos stages, pour l’extinction de notre profession dans le réseau public et pour la population, qui a plus que jamais besoin de nos services.

Chers lecteurs, si l’accès aux services des psychologues dans le réseau public vous préoccupe, nous vous invitons à nous rejoindre lors d’une marche, le jeudi 3 novembre prochain, à 16 h 30, en face du Palais des congrès de Montréal (place Jean-Paul-Riopelle). Restons en action !

À voir en vidéo