Ce que cache la bonne note des bibliothèques montréalaises

La note qui s’applique au territoire de l’actuelle ville de Montréal n’est que de 71%, précise l’autrice.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir La note qui s’applique au territoire de l’actuelle ville de Montréal n’est que de 71%, précise l’autrice.

Le lundi 17 octobre, la présentation de BiblioQualité par l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) a généré un fort intérêt médiatique. Selon les résultats présentés dans cet exercice d’évaluation, Montréal se situerait au premier rang avec une note de 91 %, alors que la moyenne des villes québécoises est de 67 %. Cela amène à penser que seule Montréal obtient une note d’excellence.

Même si ce bulletin constitue un outil de qualité, pertinent et utile pour le développement des bibliothèques publiques dans l’ensemble des municipalités du Québec, il est tout de même nécessaire d’apporter au moins une précision à l’interprétation de ses résultats.

Cette précision concerne Montréal. Sa très haute note s’explique par le fait qu’elle s’applique à l’agglomération de Montréal, qui regroupe toutes les municipalités de l’île, incluant donc les villes défusionnées, dont certaines bibliothèques comptent parmi les meilleures au Canada. La note qui s’applique au territoire de l’actuelle ville de Montréal est plutôt de 71 %, note à peine plus élevée que la moyenne québécoise de 67.

Ces résultats pour la ville de Montréal et son agglomération font écho au Diagnostic des bibliothèques municipales de la Ville de Montréal publié en 2005. Ce document constatait un déficit majeur de personnel, un important manque d’espaces, une desserte inéquitable et la nécessité d’un important effort financier supplémentaire.

Ce même diagnostic effectuait également une analyse comparative avec les neuf villes canadiennes hors Québec ayant une population de 500 000 habitants et plus. Au-delà de fait que Montréal était largement en retard dans des catégories majeures comme le personnel (professionnel et technique) et l’espace disponible, l’indicateur où l’écart était le plus consternant était le taux de pénétration. En ne tenant pas compte des villes défusionnées, la situation se résumait ainsi : moins d’un Montréalais sur trois avait un historique de fréquentation de sa bibliothèque, alors que dans les autres grandes villes canadiennes, ça variait entre un citoyen sur deux et deux sur trois.

Cette situation a des racines profondes, qui remontent à la fin du XIXe siècle, à l’époque de la création du Public Library Movement, mouvement nord-américain auquel le Canada francophone, à l’instigation de l’Église, a refusé d’adhérer. Ce n’est que près d’un siècle plus tard, à la fin des années 1970, que le leadership du ministre Denis Vaugeois a permis de véritablement lancer le développement des bibliothèques publiques.

Quand on examine les choses en tenant compte de ce retard historique de près d’un siècle, la progression des bibliothèques québécoises est remarquable. Mais pour ce qui est du réseau montréalais de bibliothèques publiques en particulier, le retard à rattraper à l’échelle nord-américaine demeure considérable. Et il faut se réjouir du haut degré de collaboration, depuis 15 ans, entre la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications.

L’une des principales caractéristiques de la ville de Montréal est la diversité du profil socio-économique de sa population. On y retrouve des écarts abyssaux en matière de revenus, de parcours scolaire et de niveaux de littératie. Il appert que la distribution des bibliothèques et les ressources dont elles disposent sont également très diversifiées, et c’est d’autant plus navrant qu’elles peuvent contribuer à l’amélioration des compétences en littératie, à la francisation des nouveaux arrivants et à leur intégration (plus de 120 cultures qui se côtoient à Montréal), pour n’en nommer que quelques-unes.

Dans son ouvrage La littératie au Québec. Un regard local sur les enjeux paru en collaboration avec la Fondation pour l’alphabétisation en octobre 2021, l’économiste Pierre Langlois écrit : « Les grandes villes font mieux que la moyenne québécoise quant au nombre de répondants atteignant le niveau 3 du PEICA, soit le seuil jugé nécessaire pour comprendre des textes plus longs et plus complexes. Toutefois, les secteurs et quartiers défavorisés de ces grandes villes ont des résultats plus faibles. » C’est exactement le cas pour Montréal.

Considérées comme étant à l’agonie il y a 20 ans en raison de l’invasion numérique, les bibliothèques publiques sont pourtant plus pertinentes et présentes que jamais dans la vie des citoyens, car elles sont un instrument de savoir et de culture, mais aussi d’inclusion et de prospérité.

Mais s’il faut se réjouir des progrès réalisés, à Montréal et dans l’ensemble du Québec, en matière de lecture publique, la dernière chose à faire est de sauter trop vite aux conclusions, et surtout pas à Montréal.

Je suis désolée, mais on ne peut dire : mission accomplie ! Si je puis proposer une conclusion, c’est plutôt : nous allons enfin dans la bonne direction, ce n’est pas le moment de ralentir le mouvement !

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