L’éducation des jeunes à la citoyenneté guérira-t-elle la démocratie?

L’éducation est l’un des facteurs les plus importants pour favoriser l’engagement civique, soulignent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir L’éducation est l’un des facteurs les plus importants pour favoriser l’engagement civique, soulignent les auteurs.

À la suite de chacune des élections, il est toujours souhaitable, sinon essentiel, d’en évaluer les résultats à la lumière du niveau de la participation citoyenne, en particulier celle des jeunes gens. Malgré la non-disponibilité des données de 2022, il semble bien que nous devions anticiper à nouveau un taux d’abstention encore important de la part des 18 à 24 ans, et il nous paraît intéressant de se pencher sur cette réalité en analysant les statistiques des cinq dernières élections (2007 à 2018) pour mieux comprendre l’évolution du taux d’abstention des jeunes dans cet exercice fondamental de la démocratie.

Afin d’être en mesure de bien cerner la dynamique et l’ampleur de ce comportement déconcertant chez les jeunes citoyens, nous avons eu recours à certaines données officielles. Toutes les données de base nous ont été fournies par Élections Québec et par la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval. Quant au tableau des abstentions préparé aux fins de cette réflexion, il a été constitué à partir de ces données d’origine.

 

Cela posé, quelles conclusions devons-nous retenir concernant les jeunes de 18 à 24 ans ?

D’abord, le taux d’abstention des jeunes (femmes 44,80 % et hommes 50,75 %) est toujours en moyenne nettement supérieur à celui de l’ensemble des citoyens (31,77 %).

Ensuite, le taux d’abstention des jeunes hommes est, à chaque élection, toujours supérieur à celui des jeunes femmes.

Enfin, quand le taux d’abstention de l’ensemble des citoyens inscrits a tendance à fluctuer, positivement ou négativement, ceux des jeunes femmes et des jeunes hommes évoluent systématiquement dans le même sens.

Nous sommes assurément justifiés de nous préoccuper sérieusement de l’avènement de conséquences négatives quand environ la moitié de nos jeunes s’abstiennent d’aller voter, ce qui est pourtant le premier geste fondamental en démocratie représentative. Doit-on rappeler que le premier devoir citoyen est d’assumer la responsabilité de désigner ceux et celles qui représenteront la population et gouverneront en son nom ?

Si de trop nombreux citoyens (31,77 %) ne se sentent pas suffisamment responsables et interpellés quant au rôle qu’ils doivent assumer en démocratie, il est encore plus malheureux de devoir constater que plus de la moitié de la relève citoyenne (50,75 %), les jeunes, ne juge pas pertinent d’aller voter. Dans un tel contexte, n’est-il pas difficile d’entrevoir avec optimisme l’avenir de notre démocratie ?

Les causes de l’abstention chez les 18 à 24 ans

Parmi les causes invoquées par les jeunes pour tenter d’expliquer ou de justifier leurs comportements d’abstention, on peut penser au peu d’intérêt à participer à la vie politique dans le cadre d’institutions formelles qui suscitent méfiance, désillusion, cynisme et frustration. S’ajoute également la faible motivation à adhérer à des partis politiques dans lesquels ils ne se reconnaissent pas facilement et dont la partisanerie excessive les rebute, de même que la perception de combats politiques peu efficaces quant à l’amélioration de la société.

On peut aussi citer le traitement souvent désinvolte de sujets fondamentaux par des leaders en place qui sont en déficit de crédibilité, qui inspirent peu confiance et qui sont plutôt incapables de proposer des visions d’avenir emballantes. Cela, sans compter que les jeunes sont les plus grands utilisateurs des réseaux sociaux qui ne constituent pas, très souvent, des sources d’information fiables et équilibrées.

Il ne faudrait cependant pas conclure que les jeunes se désintéressent par un excès d’individualisme des divers problèmes qui affectent la vie de nos concitoyens et de nos communautés. Au contraire, beaucoup ont des préoccupations ou des intérêts pour des causes particulières qui peuvent les inciter à s’impliquer activement dans le but de faire pression sur la collectivité et sur les responsables politiques. Avec leur désir et leur volonté de pouvoir se projeter dans l’avenir, ils cherchent à inventer diverses modalités d’action, hors des institutions politiques traditionnelles, pour pouvoir concrétiser leurs besoins d’engagement et de militantisme.

Devant les attentes des jeunes et leur besoin de croire qu’il est possible de changer le monde et de faire la politique autrement, les dirigeants sociopolitiques devraient faire un sérieux examen de conscience. Une réflexion sociétale urgente s’impose sur les façons d’intégrer les jeunes dans nos délibérations démocratiques en profitant de leur désir de construire des lendemains meilleurs. La vitalité et la qualité de notre vie démocratique en ressortiraient assurément enrichies.

Un volet à privilégier, l’éducation à la citoyenneté

Il faut le dire et le redire sans détour : l’éducation est l’un des facteurs les plus importants pour favoriser l’engagement civique et aider tous les individus à donner un sens à leur vie ainsi qu’à leur statut de citoyens. « L’éducation est […] moins la conséquence de la démocratie que sa source », rappelle Cynthia Fleury dans Les pathologies de la démocratie (Fayard, 2005). Incidemment, c’était l’une des principales recommandations des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques au Québec tenus à l’hiver 2003. Malheureusement, on attend toujours le coup de barre prescrit.

Pour bien préparer tous les individus vivant en société et ceux qui devront demain prendre la relève, nous devons mieux préparer les jeunes et les moins jeunes à devenir des citoyens responsables et solidaires pour le bien commun. Une approche permettant la transmission des valeurs démocratiques et le sens des responsabilités pourra aider les jeunes à penser la réalité actuelle dans toute sa complexité en favorisant le développement d’une pensée plus nuancée et critique.

Améliorer le capital humain, c’est le socle pour pouvoir espérer que les jeunes de la prochaine génération puissent être mieux préparés pour faire face à l’avenir. Sans l’implication directe de l’ensemble de tous ses citoyens, une démocratie ne peut pas prétendre être en bonne santé.

En faisant ainsi grandir nos concitoyens, nous comprendrons qu’il s’agit de la meilleure stratégie pour combattre le fanatisme, la radicalisation excessive des opinions, le populisme et le décrochage citoyen. Ne négligeons surtout pas cet investissement dans le futur, car il est porteur d’avenir pour la démocratie.

C’est dans cet esprit que nous espérons susciter des réflexions et des débats sur ce que doit être une éducation à la citoyenneté et sur certaines expériences très intéressantes en cours aux échelles nationale et internationale, notamment en regard de l’usage de la philosophie auprès des jeunes.

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